Ébranlé par les révélations sur les notes de frais et les logements de fonction, le gouvernement français tente de mettre de l'ordre dans les dépenses des ministres. Et fait une croix sur la garden-party à 1 million de dollars du 14 juillet à l'Élysée.

Louis-Bernard Robitaille LA PRESSE

Cela ressemble à un sauve-qui-peut général.

Depuis un peu plus d'un mois, les révélations tombent chaque semaine, plus embarrassantes les unes que les autres pour le gouvernement français: un secrétaire d'État amateur de havanes a fait régler 15 000$ de cigares par son ministère; une autre utilise son appartement de fonction comme pied à terre pour des membres de sa famille... Et ainsi de suite.

Le feuilleton s'étale tous les jours dans les médias au moment même où le gouvernement entend faire accepter par les Français une réforme du système des retraites qui se traduira par un allongement des années de travail et une réduction de la valeur des pensions. Coupes draconiennes dans les ministères et dans les effectifs de la fonction publique: malgré la crise, la vie de château continue pour les notables aux frais de la République.

Malaise

Le malaise est tel que le premier ministre François Fillon ressemble à un pompier courant dans toutes les directions pour tenter d'éteindre les nouveaux incendies. Mercredi, il a dû consacrer une partie de son temps précieux au cas Christian Blanc, secrétaire d'État responsable du dossier (nébuleux) du «Grand Paris». M. Blanc, c'est l'homme aux 12 000 de cigares. Il proposait de rembourser le tiers de cette somme, correspondant à sa seule consommation personnelle. Fillon a dû trancher: Blanc remboursera la totalité de la somme.

Deux semaines plus tôt, autre alerte majeure: l'ancienne ministre Christine Boutin, après son éviction du gouvernement, a obtenu en lot de consolation une «mission» - fort discutable - sur «les conséquences sociales de la mondialisation». Salaire mensuel: 9500, soit plus de 12 000$ qu'elle cumulait avec sa retraite de parlementaire, supérieure à 6000. Scandale: Mme Boutin est obligée de renoncer à son salaire. Et, du coup, six membres du gouvernement qui pratiquaient ce cumul décident en catastrophe de renoncer à leur retraite.

Toujours cette semaine, un secrétaire d'État plutôt obscur, Alain Joyandet, secrétaire d'État chargé de la Coopération et de la Francophonie s'est retrouvé sur le gril. Dans le village très huppé de Grimaud, près de Saint-Tropez, il a obtenu de manière discutable un permis de construire (ce qui vaut de l'or) sur sa propriété. Mardi dernier, M. Joyandet a officiellement renoncé à ce permis de construire tout en protestant de sa bonne foi. En mars dernier, ce même poids léger du gouvernement s'était fait connaître du public pour un voyage express aux Antilles en jet privé - environ 150 000$ - sous prétexte d'un emploi du temps serré. L'utilisation sur une grande échelle des avions du gouvernement était jusque-là restée confidentielle.

Petit univers de privilèges dévoilé au grand jour

Les Français, à qui on demande de se serrer la ceinture, découvrent un petit univers de privilèges politiques dont ils n'avaient pas idée. Ainsi, la plupart des ministres ont droit à un logement de fonction, même s'ils ont déjà une résidence à Paris. Christian Estrosi, maire de Nice et ministre de l'Industrie, a un petit appartement à disposition dans son ministère. Mais aussi un modeste logement de fonction bien situé... dont on a appris en mars dernier qu'il en faisait profiter sa fille. Quant à Fadela Amara, sympathique secrétaire d'État à la Ville et issue des mouvements féministes, elle a choisi de ne pas habiter son appartement de fonction, mais le met à la disposition de sa famille.

Jets privés, appartements de fonction, cabinets ministériels pléthoriques, sans parler de notes de frais plus que généreuses: l'État est pris en flagrant délit de gaspillage. À l'image de la secrétaire d'État aux Sports, la très populaire Rama Yade. Après avoir dénoncé l'hébergement luxueux des Bleus en Afrique du Sud, on a constaté qu'elle y avait amené en classe affaires une partie de son cabinet et réservé pour elle une suite à 800$.

Face à cette avalanche de scoops désastreux, il fallait tenter de contre-attaquer autrement qu'en éteignant chaque début d'incendie. Du coup, on apprend que le concert géant de la tour Eiffel, qui se tient traditionnellement le 14 juillet, sera annulé: il coûtait plus de 3 millions d'euros. Autre symbole: la garden-party de l'Élysée le 14 juillet, instituée par Giscard d'Estaing en 1978, sera elle aussi supprimée. Pour 7500 invités, elle coûtait quand même environ 800 000 euros.

Ce ne sont pas des économies énormes, mais au moins c'est dans la bonne direction.