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La «police politique» en mène large en France

Les tout puissants Renseignements généraux, les RG dans le jargon, ne se... (Photo: AP)

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Louis-Bernard Robitaille
La Presse

(PARIS) Les tout puissants Renseignements généraux, les RG dans le jargon, ne se contentent pas de tenir le rôle de «police politique» en France. Ils tentent même d'infléchir le cours des événements, jusqu'à se mêler du choix du président de la République, selon la thèse développée par l'auteur Guy Birenbaum. Et tous les moyens sont bons pour y parvenir. Y compris l'intoxication et la manipulation.

Le 10 mai 2004, l'auteur et éditeur Guy Birenbaum a rendez-vous avec un grand personnage de l'ombre: Yves Bertrand, officiellement à la retraite depuis janvier de la même année, grand patron pendant 12 ans des Renseignements généraux. Cette police «politique» de 3500 agents, depuis Napoléon, se charge de «prendre le pouls» de l'opinion.

 

Éditeur depuis 1999 de documents d'investigation sur divers scandales politiques - dont plusieurs qui concernent Jacques Chirac -, Birenbaum est cette fois sur l'affaire Yvan Colonna. Colonna est l'assassin présumé du préfet de Corse Claude Érignac, abattu en pleine rue, à Ajaccio, en 1998. En «cavale» pendant quatre ans, il a finalement été arrêté en juillet 2003.

Or, des informateurs bien placés affirment à Birenbaum que Colonna lui-même avait en fait décidé de se rendre. Son arrestation aurait été une mise en scène montée par Nicolas Sarkozy - alors ministre de l'Intérieur - pour se donner le beau rôle et faire avancer sa carrière. Lors de cette rencontre du 10 mai 2004, c'est le toujours influent Yves Bertrand, l'ex-patron des RG, qui doit confirmer cette thèse du coup monté.

«Je me suis retrouvé, me raconte Birenbaum, en face d'un flic un peu fatigué à la Maigret, en compagnie d'un journaliste douteux et d'un modeste repris de justice qui mange à tous les râteliers. Outre l'affaire Colonna, il a passé le déjeuner à sortir des «révélations» croustillantes sur Sarkozy et sa femme. Yves Bertrand, dont les carnets personnels ont cet automne «fuité» dans la presse, se présente comme un serviteur de l'État. Oui, mais de l'État Chirac. Il fut, de 1992 à 2004 et au-delà, l'homme des basses oeuvres.»

Les 23 carnets d'Yves Bertrand, datés de 1998 à la fin 2003, que la police a saisis dans le cadre de l'affaire Clearstream, sont partiellement étalés dans les journaux. On y découvre que le patron des RG s'intéressait de près à la vie privée des personnalités politiques: Untel est «bisexuel», tel autre est «accro à la cocaïne», le troisième couche avec une «reine de la nuit». Les accusations - sans preuve aucune - fusent en direction de divers hommes politiques : cadeaux de dictateurs africains, pots-de-vin, fraude fiscale, etc. Bref, comme à l'époque de Fouché, au temps de Napoléon, on espionne la vie privée des amis et des adversaires politiques pour les tenir en main ou les détruire.

Salir la gauche

Ce que Guy Birenbaum met en lumière dans son livre, c'est l'autre versant, les «chantiers» du «cabinet noir» des RG: l'intoxication et la manipulation. Des affaires inventées de toutes pièces dans le but de discréditer.

«Ou plus exactement, dit Birenbaum, de nuire à tous les adversaires directs ou indirects de Jacques Chirac. Ennemis de gauche, comme Lionel Jospin, ou d'autres leaders du Parti socialiste avant la présidentielle de 2002. Mais aussi rivaux potentiels de droite, comme le libéral François Léotard. À partir de 2002, une obsession totale concernant Nicolas Sarkozy.»

Il y eut un projet de livre sur le passé trotskiste de Lionel Jospin - car celui-ci allait être en 2002 l'adversaire de Chirac - et sur le passé «collaborationniste» de son père. Un livre écrit mais jamais publié. Il y eut en 1997 l'affaire Yann Piat, un récit délirant, pratiquement dicté par les RG, sur l'assassinat de cette députée de droite - un meurtre que les auteurs attribuaient à François Léotard. Les auteurs et l'éditeur furent lourdement condamnés mais, comme le dit Birenbaum, «Léotard fut tout de même éliminé de la vie politique». En 1999, c'est un rival de droite autrement dangereux, Charles Pasqua, qui est écarté de la course à la présidence et impliqué dans un scandale de vente d'armes (toujours pas jugé).

Sus à Sarkozy

Jusqu'au milieu de 2006, le clan Chirac a conservé l'espoir de barrer la route à Sarkozy sur le chemin de l'Élysée. Et les rumeurs se multiplient dans les milieux «bien informés»: le père (hongrois) de Sarkozy se serait enrichi avec l'argent de la Gestapo; Cécilia Sarkozy aurait porté plainte à la police pour avoir été battue par son mari... Birenbaum se voit proposer des aveux explosifs sur une prise d'otages dans une maternelle de Neuilly, en 1993, où Sarkozy s'était illustré: autre affaire montée de toutes pièces, lui dit cet informateur...

Bien que, précisément, Bertrand ait en principe pris sa retraite en janvier 2004, difficile de ne pas voir sa main dans la ténébreuse affaire Clearstream, où Sarkozy - entre autres personnalités - était soupçonné d'avoir déposé au Luxembourg de très grosses commissions occultes venues de Taiwan. Une affaire totalement fabriquée, avec de faux relevés informatiques, et pour laquelle l'ancien premier ministre aura un procès pour «complicité de dénonciation calomnieuse».

«Cela paraît aujourd'hui rocambolesque, explique Guy Birenbaum. Mais cela aurait pu marcher. À l'été de 2004, Nicolas Sarkozy est passé très près de se voir mis en examen. Si cela avait été le cas, il aurait été «neutralisé» pour trois ou quatre ans. Et n'aurait jamais pu être candidat à la présidence.»

Dans les soubassements de la politique française, il se passe toujours quelque chose. En tout cas, un «cabinet noir», s'il ne réussissait pas à tous les coups, était à l'oeuvre...

Le Cabinet noir - au coeur du système Yves Bertrand, par Guy Birenbaum, 235 pages, éditions Les Arènes, Paris 2008.

 




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