(Pointe-à-Pitre) Le gouvernement a lancé le débat sensible sur davantage d’autonomie pour la Guadeloupe, département secoué comme la Martinique par une explosion sociale née d’un mouvement contre l’obligation vaccinale pour les soignants, émaillée de violences, pillages et blocages routiers.

Mis à jour le 26 nov. 2021
Nicolas KIENAST avec Adeline COURSON en Martinique Agence France-Presse

Le ministre des Outre-mer Sébastien Lecornu a également annoncé la création de « 1000 emplois aidés pour les jeunes » en Guadeloupe, département où 34,5 % de la population vit en dessous du seuil de pauvreté national, avec un fort taux de chômage (19 %), notamment chez les jeunes (35 % en 2020 contre une moyenne nationale de 20 %).

Plusieurs policiers ont été de nouveau la cible de tirs à balles réelles et au plomb sans être blessés dans la nuit de vendredi à samedi en Martinique et en Guadeloupe qui restent sous couvre-feu.

La veille, une dizaine de membres des forces de l’ordre avait été blessée, dont un gendarme grièvement après avoir été renversé par un véhicule de cambrioleurs en Martinique. Quatre journalistes, dont un photographe de l’AFP, ont par ailleurs essuyé trois tirs de la part d’hommes circulant en moto dans une rue déserte de Fort-de-France. Des bandes de jeunes circulent en deux roues autour des barrages routiers en Matinique depuis le début de la crise, a constaté l’AFP.

PHOTO LOIC VENANCE, AGENCE FRANCE-PRESSE

Il y a eu quelque « 150 interpellations depuis le début de cette situation en Guadeloupe et en Martinique », a précisé vendredi le porte-parole du gouvernement, Gabriel Attal.

« Retrait de l’obligation vaccinale »

Pour sortir de cette crise née du refus de la vaccination anti-COVID-19 obligatoire pour les personnels soignants et les pompiers, le gouvernement avait d’abord annoncé vendredi reporter l’application cette mesure au 31 décembre. De plus, il a proposé la levée de la suspension des personnels non vaccinés et de leur rémunération pour ceux qui acceptent un « accompagnement personnel » en vue notamment d’un reclassement.

Puis, dans une allocution télévisée aux Guadeloupéens, Sébastien Lecornu a affirmé que le gouvernement était « prêt » à évoquer la question de davantage d’autonomie.  

Lors des réunions de ces derniers jours, « certains élus ont posé la question en creux de l’autonomie ». « D’après eux, la Guadeloupe pourrait mieux se gérer d’elle-même. Ils souhaitent moins d’égalité avec l’Hexagone, plus de liberté de décision par les décideurs locaux. Le gouvernement est prêt à en parler, il n’y a pas de mauvais débats du moment que ces débats servent à résoudre les vrais problèmes du quotidien des Guadeloupéens », a assuré le ministre.

Une déclaration immédiatement pilonnée par l’opposition de droite et d’extrême droite qui ont dénoncé un recul ou un lâchage, voire une tentative « d’acheter les indépendantistes radicaux » pour la candidate RN à la présidentielle de 2022 Marine Le Pen.  

Des syndicats ont déjà rejeté les propositions sur la levée des sanctions. Cette annonce « ne change rien : nous ne sommes pas satisfaits de cette décision. Nous demandons le retrait de l’obligation vaccinale car notre liberté de choisir est bafouée, et du pass sanitaire qui empêche tout le monde de vivre », a réagi auprès de l’AFP Sormain Sandrou, secrétaire général adjoint de l’UTS-UGTG du CHU de Pointe-à-Pitre, présent sur le piquet de grève devant l’établissement.

« J’ai l’impression qu’on ne s’entend pas, qu’on ne se comprend pas […] On veut une dérogation pour que cette loi ne soit pas appliquée chez nous ! Et pas que chez les pompiers ! », a pour sa part clamé Jocelyn Zou, représentant du syndicat Force Ouvrière chez les pompiers, à l’antenne de la radio RCI.

Au CHU de Pointe-à-Pitre, les personnels suspendus ont eux bien l’intention de rester et ont transformé le piquet de grève en petit « village », avec des barnums décorés, un barbecue, un micro-ondes ou encore des glacières.  

Et, en attendant une solution, Guadeloupéens et Martiniquais décuplent les systèmes D pour contourner les barrages routiers qui ralentissent l’activité. Ceux qui le peuvent s’arrachent les services de bateaux touristiques répertoriés sur Facebook, moyennant 50 à 100 euros par tête, notamment les pompes funèbres, les touristes devant rallier l’aéroport ou un hôtel, ou encore les pharmacies pour se faire livrer.