(La Havane) L’opposition cubaine a dénoncé mardi que l’arrestation de plus de 100 personnes et l’immobilisation chez eux d’une centaine d’activistes ont empêché la manifestation prévue lundi, et a annoncé de nouvelles actions jusqu’au 27.

Agence France-Presse

« Depuis le week-end, plus de 100 personnes ont été détenues de façon arbitraire pour les empêcher de participer à la manifestation civique », a affirmé la plateforme d’opposition Cuba Decide dans un communiqué.

La plateforme a aussi recensé 131 cas de militants bloqués chez eux par les forces de l’ordre.

Le gouvernement communiste a répondu à l’appel à manifester par une « militarisation extrême des rues, plus de cent activistes bloqués chez eux, des arrestations arbitraires, des disparitions forcées, des actes de répudiation, de la violence, des menaces, de la contrainte et des discours de haine », a également dénoncé le groupe Archipiélago, à l’origine de cet appel, dans une déclaration envoyée à l’AFP.

Le groupe, créé sur Facebook après les manifestations historiques du 11 juillet, compte 37 000 membres à Cuba et à l’étranger.

Il appelait lundi à manifester pour les libérations des prisonniers politiques, mais la présence policière et l’arrestation de meneurs de la dissidence ont empêché toute mobilisation.

Les autorités avaient interdit le rassemblement, estimant qu’il s’agissait d’une tentative de changement de régime avec le soutien de Washington, et menacé les organisateurs de sanctions pénales.

« La répression accrue contre les citoyens et les manifestants pacifiques n’est pas et ne sera pas acceptée », assure la déclaration de mardi, qui appelle à de nouvelles actions jusqu’au 27 novembre, date anniversaire de la manifestation d’environ 300 artistes pour la liberté d’expression en 2020.

Archipiélago incite notamment à s’habiller en blanc, porter des roses blanches, réaliser des vidéos individuelles et participer à un concert de casseroles chaque soir pour protester contre le gouvernement.

Le groupe a dénoncé qu’une de ses coordinatrices, Daniela Rojo, se trouve « séquestrée par la Sécurité de l’État », après en avoir été informé officiellement par un agent. Par ailleurs « ses comptes sur les réseaux sociaux ont été fermés », s’est-il inquiété.

Lundi, plusieurs dirigeants de la dissidence ont été arrêtés, dont Manuel Cuesta Morua, vice-président du Conseil pour la transition démocratique. Il a annoncé mardi à l’AFP avoir été relâché : « Ils m’ont libéré vers une heure du matin », a-t-il déclaré, racontant avoir été arrêté alors qu’il sortait pour manifester.

La dirigeante du mouvement des Dames en blanc, Berta Soler, et son époux, l’ex-prisonnier politique Angel Moya, aussi arrêtés, ont été libérés peu après minuit, a indiqué à l’AFP la dissidente Martha Beatriz Roque qui a précisé qu’au moins sept opposants restent détenus.

L’historienne de l’art et activiste Carolina Barrero, empêchée de sortir de chez elle depuis 200 jours, a également été arrêtée, a annoncé le mouvement dissident 27N, dont elle est membre. Elle a indiqué à l’AFP avoir été libérée en fin d’après-midi.

Une autre figure de l’opposition, Guillermo Fariñas, est en détention depuis vendredi.

Le créateur d’Archipiélago, le dramaturge Yunior Garcia, 39 ans, bloqué chez lui dimanche et lundi, restait injoignable mardi, suscitant l’inquiétude du groupe qui demandait via les réseaux sociaux « une preuve de vie » le concernant.