(La Havane) Un manifestant, accusé notamment d’outrage et de trouble à l’ordre public, a été condamné à dix ans de prison, la plus lourde peine infligée à participant aux manifestations inédites du 11 juillet à Cuba, a appris samedi l’AFP auprès de ses proches et d’une organisation de défense des droits de la personne.  

Agence France-Presse

Le tribunal de San José de las Lajas, à 35 km de La Havane, a condamné Roberto Pérez Fonseca, 38 ans, à « purger 10 ans » de prison pour les délits d’outrage, d’agression, de trouble à l’ordre public et d’incitation à commettre un délit, selon le jugement daté du 6 octobre et consulté par l’AFP.  

Le trois juges du tribunal ont déclaré que le manifestant était coupable en s’appuyant sur le témoignage d’un policier local. Selon ce dernier, le 11 juillet, Roberto Pérez Fonseca « incitait les gens à se réunir, à lancer des pierres et des bouteilles ».  

Le manifestant, père de deux enfants, avait été arrêté cinq jours plus tard par le policier au domicile de sa mère.  

La peine « est excessive et viole toutes les garanties d’une procédure régulière », a réagi auprès de l’AFP Laritza Diversent, directrice Cubalex. Selon cette ONG de défense des droits humains, il s’agit de la plus lourde peine prononcée à ce jour à l’encontre d’un manifestant du 11 juillet.  

Mme Diversent a dénoncé une peine « pour l’exemple » afin « d’instiller la peur et la crainte » dans la société.  

Selon Liset Fonseca, la mère du condamné, la lourdeur de la peine s’explique par le fait que son fils a brisé un portrait de Fidel Castro, le leader de la révolution cubaine.  

« Briser l’image, ça ne pardonne pas », estime-t-elle, indiquant que la famille compte faire appel de la décision.

Le 11 juillet, des milliers de Cubains étaient descendus dans la rue aux cris de « À bas la dictature » et « On a faim ». Ces manifestations inédites se sont soldées par un mort, des dizaines de blessés et près d’un millier d’arrestations. Environ 500 personnes sont toujours détenues.

Le gouvernement accuse les manifestants de vouloir renverser le pouvoir avec l’appui des États-Unis.  

L’ONG Human Rights Watch a accusé récemment le gouvernement d’avoir procédé à des détentions arbitraires, fait subir des mauvais traitements aux prisonniers et conduit des simulacres de procès.

Cuba traverse une crise économique profonde avec une inflation galopante, exacerbée par la pandémie de COVID-19 et le renforcement de l’embargo américain, ce qui a aggravé les pénuries de nourriture et de médicaments.