Un Canadien fait partie des 17 missionnaires capturés samedi par le gang criminel 400 mawozo, en Haïti, dans une ville à proximité de Port-au-Prince, a indiqué leur organisation religieuse. La capture de ces ressortissants étrangers a « franchi une ligne rouge », estime un expert.

Coralie Laplante
Coralie Laplante La Presse

« Le groupe de seize citoyens américains et un citoyen canadien comprend cinq hommes, sept femmes et cinq enfants », précise le communiqué publié dimanche par Christian Aid Ministries. « Joignez-vous à nous pour prier pour ceux qui sont pris en otage, les ravisseurs et les familles, amis et églises des personnes touchées », ajoute l’organisation basée dans l’État de l’Ohio.

Des personnes âgées et un enfant de 2 ans feraient partie des victimes, a affirmé le policier Frantz Champagne à l’Associated Press.

Le gang 400 mawozo a enlevé les missionnaires dans la municipalité de Ganthier, à l’est de Port-au-Prince, alors qu’ils revenaient d’une visite dans un orphelinat. Ce gang est reconnu pour s’attaquer à des organisations religieuses, indique le Washington Post. Il contrôle la région des Croix-des-Bouquets et commet notamment des enlèvements et des vols de voitures, précisent les autorités locales.

PHOTO AARON JOSEFCZYK, REUTERS

Les bureaux de Christian Aid Ministries, en Ohio

En avril dernier, cinq prêtres et deux religieuses avaient été capturés par le même gang.

« C’est l’un des gangs qui opèrent dans la région métropolitaine de Port-au-Prince qui est très connu », explique Roromme Chantal, professeur de science politique à l’Université de Moncton, au Nouveau-Brunswick, en entrevue avec La Presse.

« Aujourd’hui, la ligne rouge a été franchie, parce qu’en général, les ressortissants étrangers étaient protégés. Mais aujourd’hui, sans complexe, sans crainte, ces gens sont de plus en plus ciblés », poursuit le professeur. Un indicateur de la gravité de la posture dans laquelle se trouve Haïti actuellement, selon Roromme Chantal.

Affaires mondiales Canada a affirmé être « au courant des reportages des médias selon lesquels un citoyen canadien a été kidnappé en Haïti ».

Les représentants du gouvernement canadien en Haïti travaillent avec les autorités locales et les ONG impliquées pour recueillir plus d’informations.

Lama Khodr, porte-parole d’Affaires mondiales Canada

Affaires mondiales Canada n’avait pas émis d’autres commentaires au moment de publier.

Un porte-parole du gouvernement américain a aussi confirmé que la Maison-Blanche est au courant de la situation se déroulant en Haïti. « La sécurité et le bien-être de nos ressortissants à l’étranger sont de grandes priorités pour le département d’État des États-Unis », a-t-il déclaré à l’AFP.

« Je crains le jour où je vais recevoir un appel »

La situation politique déjà instable en Haïti s’est vue aggravée lors de l’assassinat du président Jovenel Moïse, en juillet dernier.

Le pays est aux prises avec une flambée de la violence liée aux groupes armés. Depuis le début de l’année, au moins 328 personnes ont été prises en otage en échange de rançons en argent, selon un rapport publié par le Bureau intégré des Nations unies en Haïti (BINUH).

C’est un pays qui est complètement sous le joug des gangs armés. Ils opèrent vraiment à visière levée, en toute impunité, et ce sont des alliés du pouvoir en place.

Roromme Chantal, professeur de science politique à l’Université de Moncton

À ce jour, ce sont les gangs armés qui contrôlent les allées et venues de la population de Port-au-Prince.

« Les Haïtiens font face à la menace d’être enlevés constamment », déclare Mary Durran, chargée de programmes pour l’organisme d’aide internationale catholique Développement et Paix, qui œuvre avec plusieurs organisations situées en Haïti.

Les étrangers sont également vulnérables aux enlèvements, car les gangs y voient l’occasion de demander des sommes importantes à titre de rançon.

« La tactique des gangs, quand quelqu’un est enlevé, c’est [qu’ils prennent son] téléphone, ils vont dans tous les contacts de la personne enlevée, et ils vont appeler ces personnes pour demander une rançon », explique Mme Durran, en entrevue avec La Presse. « Je crains le jour où je vais recevoir un appel mystérieux, parce que mon nom est dans le téléphone de mes contacts en Haïti », poursuit-elle.

Les organismes avec lesquels elle coopère au pays doivent prendre plusieurs précautions pour assurer leur sécurité. Par exemple, ils ne circulent pas en moto dans Port-au-Prince, par crainte de se faire voler. Les braquages et les vols à main armée sont aussi chose courante, évoque Mary Durran.

Avec l’Agence France-Presse