(Port-au-Prince) Le président haïtien Jovenel Moïse a annoncé mercredi remplacer son premier ministre, quelques jours après l’enlèvement de sept religieux qui a illustré la grave crise sécuritaire dans le pays gangrené par la pauvreté et la corruption.

Robenson GEFFRARD
Agence France-Presse

« La démission du gouvernement, que j’ai acceptée, permettra d’adresser (sic) le problème criant de l’insécurité et poursuivre les discussions en vue de dégager le consensus nécessaire à la stabilité politique et institutionnelle de notre pays », a tweeté M. Moïse.

« J’ai remis ce soir ma démission au président de la République », a de son côté confirmé dans la nuit le premier ministre sortant, Joseph Jouthe.

Il avait été nommé en mars 2020 et est donc resté un an à son poste dans un pays où la valse des chefs de gouvernement s’est accélérée ces dernières années.

Le nouveau premier ministre est Claude Joseph, précédemment à la tête des Affaires étrangères.

Haïti, pays des Caraïbes et nation la plus pauvre du continent américain, est gangrené par l’insécurité et notamment les enlèvements contre rançon menés par des gangs jouissant d’une quasi-impunité.

Jovenel Moïse, objet d’une forte vague de contestation de la part de l’opposition politique et d’une bonne partie de la population haïtienne, qui exigent son départ, en est à son sixième premier ministre nommé en quatre ans de gouvernance.

Évasions et enlèvements

Dernier exemple emblématique en date de la dérive du pays, l’enlèvement dimanche de dix personnes, dont sept religieux — cinq Haïtiens et deux Français — près de Port-au-Prince. L’Église catholique haïtienne a dénoncé lundi l’inaction des autorités après ces faits. Les sept religieux sont toujours entre les mains de leurs ravisseurs.

Autre illustration du danger d’anarchie généralisée planant sur le petit pays, l’évasion en février de plus de 400 détenus d’une prison en banlieue de la capitale, une opération au cours de laquelle ont été tuées 25 personnes, dont le directeur de l’établissement.

Claude Joseph remplace le premier ministre Joseph Jouthe, qui est aussi le président du Conseil supérieur de la Police nationale et qui s’est révélé incapable, en un peu plus d’un an à la tête du gouvernement, de faire face à cette recrudescence de l’insécurité.

Le président Jovenel Moïse estime que son mandat prendra fin le 7 février 2022, alors que pour l’opposition et une partie de la société civile, celui-ci s’est achevé le 7 février 2021.

Ce désaccord tient au fait que M. Moïse avait été élu à l’issue d’un scrutin annulé pour fraudes, puis réélu un an plus tard.

Privé de Parlement, Haïti s’est encore davantage enfoncé dans la crise en 2020 et le président gouverne par décrets, alimentant une défiance croissante à son encontre.

Dans ce contexte instable, M. Moïse a décidé d’organiser en juin un référendum constitutionnel, dénoncé comme une mascarade par l’opposition.

Fin mars le Conseil de sécurité de l’ONU a réclamé à Haïti, dans une déclaration approuvée à l’unanimité, que ses préparatifs électoraux « soient faits en vue d’une élection présidentielle libre, équitable, transparente et crédible en 2021 ».

Rédigée par les États-Unis, la déclaration souligne aussi « la nécessité urgente de tenir des élections législatives […] qui ont été retardées depuis octobre 2019 ».