(Pékin) Écarter l’opposition prodémocratie du pouvoir à Hong Kong : moins d’un an après avoir imposé sa loi sur la sécurité nationale à l’ex-colonie britannique, le parlement chinois s’apprête à réformer le système électoral dans le territoire autonome.

Patrick BAERT et Ludovic EHRET
Agence France-Presse

Depuis plusieurs semaines, des experts pro-Pékin, des responsables politiques et le gouvernement central avaient évoqué l’idée d’une réforme afin de s’assurer, selon la formule répétée en boucle, que « des patriotes gouvernent Hong Kong ».

Les députés de l’Assemblée nationale populaire (ANP), réunis à partir de vendredi en session plénière annuelle à Pékin, étudieront une proposition visant à « améliorer le système électoral de Hong Kong », a annoncé jeudi l’agence de presse Chine nouvelle.

Aucun détail n’a encore été apporté sur la nature de ce projet de réforme. L’ANP est entièrement contrôlée par le pouvoir communiste et son adoption par les députés chinois ne fait guère de doute.

Elle ouvre la voie à une probable marginalisation des candidats prodémocratie d’opposition à Hong Kong.

Dans le viseur de Pékin probablement : les conseillers de districts, très largement affiliés à l’opposition prodémocratie, à la suite d’un scrutin perdu par le gouvernement local pro-Pékin fin 2019.

Sécurité nationale

La réforme devrait porter sur la désignation du parlement local, où un système alambiqué garantit déjà presque à coup sûr une majorité au bloc pro-Pékin.

Ce parlement doit être renouvelé en septembre prochain.

L’annonce de la réforme survient près d’un an après celle d’une loi sur la sécurité nationale à Hong Kong, imposée à l’ancienne colonie britannique par Pékin à la suite des énormes manifestations de 2019 contre une loi d’extradition et le régime communiste.

Selon la Chine, la loi sur la sécurité nationale a permis de ramener le calme, d’empêcher les « ingérences » étrangères et de réprimer le courant local militant pour l’indépendance, qui est une ligne rouge absolue pour le pouvoir.

En pratique, la loi a depuis contribué à museler ou arrêter de nombreuses figures de l’opposition. Et selon ses détracteurs, elle a entraîné un recul inédit des libertés depuis la rétrocession de Hong Kong à la Chine par le Royaume-Uni en 1997.

Contrairement à la Chine continentale gouvernée par le Parti communiste chinois (PCC), le territoire jouit en théorie de la liberté d’expression, de la liberté de la presse et d’une justice indépendante.

« Oppression »

Hong Kong, peuplé de quelque 7 millions d’habitants, n’a jamais bénéficié d’une démocratie étendue, que ce soit sous la colonisation britannique ou depuis la rétrocession à la Chine.  

Mais la ville permet à une opposition combative de gagner des sièges à certaines élections locales.

Ces dernières années toutefois, les autorités ont multiplié les procédures de disqualification des candidats ou des élus prodémocratie du Legco, sur la base de leurs opinions politiques ou de serments mal prononcés.

La cheffe de l’exécutif hongkongais pro-Pékin, Carrie Lam, avait salué en février l’idée d’une réforme électorale et rejeté les critiques dénonçant une nouvelle « oppression » de l’opposition hongkongaise.

« S’il nous faut utiliser le mot oppression, alors oui, c’est l’oppression visant ceux qui prônent l’indépendance de Hong Kong, qui tentent de pousser Hong Kong dans l’abîme de la violence, qui oublient leurs origines, ne se considèrent pas comme Chinois, qui pactisent avec des organisations politiques étrangères pour détruire Hong Kong », avait-elle déclaré à la presse.