(New Delhi) Le Parlement indien était agité mardi par les propos de Donald Trump affirmant que le premier ministre Narendra Modi lui a demandé de servir de médiateur entre l’Inde et le Pakistan sur la question du Cachemire, ce que New Delhi nie fermement.

Agence France-Presse

Les responsables de l’opposition ont demandé au chef de gouvernement nationaliste hindou de venir clarifier en personne la situation, le président américain ayant suggéré par là une inflexion significative de la politique étrangère indienne sur le Cachemire.

En recevant lundi le dirigeant pakistanais Imran Khan à Washington, Donald Trump a déclaré que Narendra Modi lui a offert de servir d’arbitre pour régler le contentieux du Cachemire, pomme de discorde du sous-continent depuis la Partition de 1947, et a proposé ses services.

AP

Imran Khan s'est entretenu avec Donald Trump dans le bureau Ovale lundi.

«Si c’est vrai, le premier ministre Modi a trahi les intérêts de l’Inde», a accusé dans un tweet Rahul Gandhi, qui a récemment démissionné de la présidence du Parti du Congrès après la cuisante défaite électorale de sa formation.

Région himalayenne revendiquée à la fois par l’Inde et le Pakistan, le Cachemire est divisé de fait entre les deux puissances nucléaires d’Asie du Sud et est source de tensions depuis sept décennies. New Delhi soutient de longue date que le Cachemire est une question purement bilatérale qui n’a pas vocation à faire l’objet d’une intervention internationale.

Lançant des slogans, des membres du Parti du Congrès et du Parti communiste d’Inde (CPI) ont demandé mardi au gouvernement de préciser sa position sur le Cachemire et ont forcé l’ajournement de la Rajya Sabha, la chambre haute du Parlement bicaméral.

«C’est une question grave. La position affichée de l’Inde depuis toujours est que (le Cachemire) est un problème bilatéral entre l’Inde et le Pakistan. Y a-t-il un quelconque changement?», a déclaré D. Raja, secrétaire-général du CPI.

Ayant rapidement démenti les propos de Donald Trump dans la nuit, le gouvernement indien a réitéré mardi sa position devant les parlementaires.

« Je veux assurer catégoriquement l’assemblée qu’aucune requête de ce type n’a été formulée par le premier ministre au président américain », a déclaré le ministre des Affaires étrangères S. Jaishankar, avant que le tapage ne couvre sa voix.

AP

Une jeune nomade sur une colline près de Srinagar, dans l'État indien de Jammu-et-Cachemire.

Une insurrection séparatiste fait rage depuis 30 ans au Cachemire indien et a coûté la vie à plus de 70 000 personnes, principalement des civils. Armées indienne et pakistanaise échangent aussi presque chaque jour des tirs de mortiers par-dessus la ligne de cessez-le-feu, qui forme une frontière de fait.

New Delhi accuse son voisin de soutenir en sous-main les groupes armés à l’œuvre dans la vallée de Srinagar, ce que le Pakistan a toujours démenti.

Un élu démocrate de la Chambre des représentants américaine a qualifié les propos de Donald Trump de «dignes d’un amateur» et de «faute embarrassante».

«Quiconque connaît un tant soit peu la politique étrangère en Asie du Sud sait que l’Inde s’oppose constamment à une intervention tierce sur le Cachemire», a tweeté le parlementaire Brad Sherman.