(Caracas) Quarante-sept prisonniers qui étaient enfermés dans une cellule de la police prévue pour dix personnes se sont révoltés et ont pris deux policiers en otage dimanche près de Valence (centre Nord), a annoncé une ONG qui défend les droits des prisonniers.

Publié le 1er mai
Agence France-Presse

« L’émeute est menée par 47 détenus dans l’une des cinq cellules de ce commissariat où il devrait y avoir un maximum de 10 personnes », a déclaré Carolina Giron, directrice de l’Observatoire vénézuélien des prisons (OVP), souvent critique de l’action du gouvernement.

Dans des vidéos postées sur les réseaux sociaux, on peut voir l’un des policiers être pressé contre les barreaux du cachot par plusieurs des prisonniers. L’un des agents aurait été blessé à l’oreille.  

Les détenus de ce commissariat de la Police nationale bolivarienne (PNB), situé à Los Guayos, dans l’État de Carabobo (à environ 160 km de Caracas), dénoncent des violations des droits de l’homme et des retards de procédure, selon Mme Giron.

Quatre membres de la famille des prisonniers sont entrés dans la prison pour servir de médiateurs, selon l’OVP.  

Les autorités vénézuéliennes n’ont pour le moment pas commenté l’incident.

148 % de leur capacité

L’OVP estime que les prisons vénézuéliennes sont à 148 % de leur capacité. « Le Venezuela a une capacité de 20 000 prisonniers et il y en a 32 000 dans les prisons, tandis qu’il y a environ 35 000 détenus dans les cellules de la police », a déclaré Mme Giron.

Dans les cachots de Los Guayos, a-t-elle ajouté, « il y a 251 prisonniers et la structure a cinq cachots pour un maximum théorique de 40 personnes. Beaucoup dorment debout ».

Ces centres de détention provisoire n’ont pas été conçus pour garder les détenus pendant plus de 72 heures. « Et il y a des gens là-bas qui purgent même des peines », a prévenu l’expert.

« Si leurs familles ne leur apportent pas de nourriture, ces personnes ne mangent pas, elles dépendent aussi des médicaments qu’elles peuvent obtenir. Il n’y a pas d’eau, les ordures ne sont pas ramassées… », dit-elle.

Le gouvernement a promis à plusieurs reprises une « humanisation » des prisons alors que le pays, un des plus violents du monde, est empêtré dans une crise économique sans précédent qui a vu le PIB par habitant chuter au niveau de celui de Haïti.  

Une cinquantaine de détenus avaient été tués lors d’une émeute dans une prison de Portuguesa (ouest), le 1er mai 2020, en pleine pandémie de COVID-19.  

Un an plus tôt, dans le même État, 29 autres détenus sont morts lors d’une émeute dans un poste de police.

Le 31 décembre 2019, un autre incident a coûté la vie à 10 détenus à Cabimas (Zulia, nord-ouest). En mars 2018, 68 détenus étaient morts lors d’une émeute et d’un incendie dans une prison de Valence.