Oubliez le pôle Nord. Depuis 53 ans, Medellín est devenu LA capitale de Noël – en Amérique latine, du moins – grâce à ses gigantesques illuminations, qui peuvent atteindre 26 mètres de hauteur ! Mais derrière « Los Alumbrados », les lumières de l’espoir, il y a aussi des histoires personnelles. Celles de 200 femmes, mères célibataires ou mères de foyers pauvres, qui confectionnent ces lumières dans les ateliers de la ville.

Sarah Nabli
Collaboration spéciale

(Medellín ) Quatre heures du matin. Sur les hauteurs de Medellín, le quartier populaire de Cordoba est encore plongé dans la pénombre. Les colectivos, les bus locaux colorés, entament leur service. Et Maria Gutierrez, 52 ans, termine déjà le petit-déjeuner pour son mari et ses petits-enfants, dans la petite maison de brique rouge d’à peine trois pièces où s’entasse la famille de huit.

PHOTO SARAH NABLI, COLLABORATION SPÉCIALE

Maria Gutierrez

En jean, pull et sac à dos à la main, la grand-mère est déjà prête pour partir au travail dans les entrepôts de l’entreprise de services publics EPM. Elle ne se plaint pas. « Je suis tellement heureuse de pouvoir me rendre utile et aider ma famille en ces temps difficiles. Avec la pandémie, notre famille a beaucoup souffert », souligne-t-elle.

Après une heure de trajet, elle rejoint ses collègues, 200 femmes, mères célibataires ou de foyers pauvres comme elle, dans l’immense hangar où sont confectionnées les 30 500 figures et sculptures de Noël. Le programme leur offre ainsi une stabilité financière, mais aussi une intégration sociale.

Ça nous fait du bien de nous retrouver entre femmes, de travailler main dans la main. J’ai trouvé une autre famille, des amies que je revois régulièrement même en dehors de la période des fêtes de Noël.

Maria Gutierrez

PHOTO SARAH NABLI, COLLABORATION SPÉCIALE

L'atelier où travaillent Maria Gutierrez et ses collègues

Un travail de quatre mois

Depuis 53 ans, la ville de Medellín, par son entreprise de services publics EPM, se pare de milliers d’illuminations réparties aux quatre coins de la ville. Cette année, ce ne sont pas moins de 28 millions de DEL et 830 km de guirlandes lumineuses !

« C’est une réelle fierté de travailler pour les illuminations, nous participons à une œuvre d’art gigantesque et nous donnons de la joie aux familles », s’émeut Maria Gutierrez. La grand-mère est l’une des plus anciennes salariées.

« Il y a des architectes, des designers, des électriciens, des techniciens, des ferrailleurs qui travaillent en amont. Une fois que les figures et les personnages ont pris forme avec des mailles de fer, nous tissons du papier métallisé pour leur donner leurs couleurs et nous ajustons les guirlandes de DEL », explique-t-elle. Sept tonnes de papiers sont tissés pour l’occasion. C’est tout un savoir-faire artisanal.

  • Les grandes illuminations de Medellín, en Colombie

    PHOTO SARAH NABLI, COLLABORATION SPÉCIALE

    Les grandes illuminations de Medellín, en Colombie

  • Les grandes illuminations de Medellín, en Colombie

    PHOTO SARAH NABLI, COLLABORATION SPÉCIALE

    Les grandes illuminations de Medellín, en Colombie

  • Les grandes illuminations de Medellín, en Colombie

    PHOTO SARAH NABLI, COLLABORATION SPÉCIALE

    Les grandes illuminations de Medellín, en Colombie

  • Les grandes illuminations de Medellín, en Colombie

    PHOTO SARAH NABLI, COLLABORATION SPÉCIALE

    Les grandes illuminations de Medellín, en Colombie

1/4
  •  
  •  
  •  
  •  

Un hommage aux traditions régionales

Treize villages aux alentours de Medellín bénéficient des illuminations gigantesques. Le thème de cette année propose de découvrir les carnavals, fêtes et légendes des différentes régions de Colombie à travers six circuits principaux. Aux Parques del Rio, les « parcs du fleuve », le parcours invite à explorer le patrimoine architectural, les richesses culturelles, les costumes et traditions des régions colombiennes comme les Caraïbes, l’Amazonie, les Andes ou encore la côte Pacifique : le Choco.

D’immenses animaux voltigent au-dessus du fleuve Medellín. « C’est incroyable, ces illuminations, on voyage à travers notre pays tout en restant chez nous. Et ça nous permet de célébrer d’autres traditions que les Alumbrados », se réjouit Luis Restrepo, habitant de Medellín venu admirer les illuminations en famille.

Au Parque Norte, les lumières rendent hommage aux neuf districts de la région d’Antioquia (celle de Medellín). Chaque figurine est accompagnée d’un panneau explicatif. Pour Andrea Martinez, professeure, « c’est un formidable outil pédagogique pour les enfants ».

La menace de la COVID-19

En 2011, la revue National Geographic a inclus Les Alumbrados dans ses 10 plus belles illuminations dans le monde. Elles ont toutefois bien failli être annulées cette année à cause de la pandémie. Pour le directeur général d’EPM, Alvaro Guillermo Rendon Lopez, « il était inconcevable de ne pas offrir aux Colombiens ce cadeau chaleureux et magique après une année si difficile ».

En effet, le gouvernement a imposé l’un des plus longs confinements au monde : près de six mois, de mars à août. Sur une population d’environ 50 millions d’habitants, près de 1,5 million de personnes ont été contaminées, et le pays compte près de 40 000 morts. « Nous proposons tout un protocole de sécurité et de prévention pour protéger les familles. Plusieurs points de désinfection ainsi que des contrôles de température sont installés. Et 600 policiers s’assurent du bon déroulement et du respect des règles de distanciation physique », précise le directeur général.

Ainsi le 30 novembre, la grande fête traditionnelle d’inauguration et le coup d’envoi des illuminations se sont transformés en un évènement privé retransmis sur l’internet. Puis, la période d’exposition a été prolongée au 31 janvier et, au lieu de disséminer les sculptures dans la ville, on les a concentrées dans deux grands parcs, où un parcours précis – avec une entrée et une sortie contrôlées – a été établi. Le nombre d’entrées a été limité pour éviter les foules compactes.

Maria Gutierrez viendra avec toute sa famille en janvier pour les observer. « J’attends que la vague de visiteurs soit passée ! Mais c’est un vrai soulagement d’avoir pu offrir à mes petits-enfants ce petit cadeau malgré la pandémie », sourit-elle.