(Bogota) Une femme, considérée comme incorruptible et ouvertement lesbienne, a été pour la première fois élue maire de Bogota, la capitale de la Colombie, lors d’un scrutin local qui s’est déroulé dans le calme, en dépit d’une campagne émaillée de violences.

Florence PANOUSSIAN
Agence France-Presse

Par ailleurs, le parti issu de l’ex-guérilla FARC se présentait devant les urnes pour la deuxième fois depuis l’accord de paix de 2016.

Claudia Lopez, 49 ans, candidate de centre gauche, a été élue maire de la capitale, qui compte 7,2 millions d’habitants, à l’issue de ce scrutin visant à renouveler autorités municipales et départementales.

« Aujourd’hui, Bogota a voté non seulement pour que la ville change dans les quatre années à venir, mais aussi pour que cette génération change notre société », a lancé cette ex-sénatrice, opposante de la droite conservatrice au pouvoir depuis un peu plus d’un an et qui a subi dimanche une sévère défaite.  

Avec 35,21 % des voix, Claudia Lopez s’est imposée à moins de trois points d’avance sur son principal adversaire, le libéral Carlos Fernando Galan (32,48 %).  

Sa victoire ouvre un nouveau chapitre dans une Colombie traditionnellement dirigée par des hommes des élites libérale et conservatrice.

Du caractère et des origines modestes

La capitale a voté pour que « nous nous libérions du machisme, du racisme, du classisme, de l’homophobie et de la xénophobie », a-t-elle déclaré dimanche soir sous les ovations de ses partisans.

Bien que favorable au processus de paix, Claudia Lopez avait cependant refusé toute alliance avec le parti FARC, en raison du passé violent des ex-guérilleros.

Elle est le « symbole d’une grande ville, moderne, cosmopolite, ouverte », a déclaré à l’AFP Yann Basset, analyste de l’université du Rosario, estimant que « le vote indépendant, éloigné des partis traditionnels » l’a emporté dimanche.  

Quelque 36,6 millions d’électeurs étaient appelés à désigner notamment 1101 maires et conseils municipaux, ainsi que les gouverneurs des 32 départements du pays et leurs assemblées, parmi 116 428 candidats, dont 37 % de femmes. Les nouveaux élus prendront leurs fonctions le 1er janvier.

Alors que le chef de l’État pâtit d’une forte impopularité (64 % d’opinions défavorables en août), ces élections se sont traduites par un cuisant revers pour son parti, le Centre démocratique (CD), notamment dans son fief Medellin, ainsi qu’à Cali, deuxième et troisième villes du pays.

« Nous avons perdu. Je reconnais la défaite avec humilité », a déclaré l’ex-président Alvaro Uribe, mentor d’Ivan Duque et chef du CD, qui est poursuivi en justice pour manipulation de témoins contre un opposant.

La campagne ayant été marquée par une forte violence dans 27 % des municipalités, selon la Mission indépendante d’observation électorale (MOE), d’importantes forces armées avaient été déployées notamment dans les régions où opèrent encore des groupes illégaux et des narco-trafiquants.

Mais « cela a été les élections les plus pacifiques de ces dernières années », a déclaré Juan Carlos Galindo, responsable national de l’organisation du scrutin, pour lequel la participation a avoisiné les 60 %.

La MOE avait fait état de sept candidats assassinés, 88 menacés, 12 visés par des attentats et un enlevé, représentant la quasi totalité des partis, depuis la clôture des candidatures le 27 juillet. Au total 2065 candidats bénéficiaient d’une protection financée par le gouvernement.

C’était par ailleurs la deuxième fois que se présentait devant les urnes le parti formé par l’ex-guérilla marxiste dissoute depuis l’accord signé le 24 novembre 2016.

La FARC ne remporte qu’une mairie

Après les législatives de l’an dernier où elle n’a obtenu que 0,27 % des voix, la Force alternative révolutionnaire commune (FARC) ne présentait que 308 candidats, la majorité comme conseillers municipaux, et seulement 18 à un mandat de maire. Dimanche, elle n’a remporté qu’une seule mairie, à Guapi (sud-ouest).

La FARC a plusieurs fois dénoncé le climat d’insécurité et fait état de 168 ex-guérilleros et proches d’anciens rebelles assassinés depuis le pacte de paix, qui a mis fin à plus de 52 ans de confrontation armée entre la guérilla et l’État colombien.

Un ex-guérillero a pour sa part été élu à la tête de la municipalité de Turbaco (nord), mais comme candidat d’une alliance de partis de gauche excluant la FARC.

La corruption, qui se traduit par l’opacité du financement des campagnes, l’achat de votes ou les interférences de représentants du gouvernement, était un autre des enjeux du scrutin.

La MOE a reçu au moins 898 signalements de possibles irrégularités dans 30 départements et 238 municipalités.

Si le pacte de 2016 a fait baisser l’intensité du conflit, la Colombie reste déchirée par une guerre interne de plus d’un demi-siècle, avec la présence de l’Armée de libération nationale (ELN), dernière guérilla active, de dissidents des FARC qui ont refusé le pacte de paix, et de gangs de narco-trafiquants.