(Culiacán) Le président mexicain Andrès Manuel Lopez Obrador a tenté de justifier vendredi la décision embarrassante d’avoir renoncé à l’arrestation du fils du baron de la drogue Joaquin El Chapo Guzman, lors d’une opération qui a tourné au fiasco.

Marcos Vizcarra
Agence France-Presse

Il a fallu pratiquement une journée pour que les responsables commencent à s’exprimer sur cette action qui a débouché sur une explosion de violences à Culiacan, la capitale de l’État de Sinaloa (nord-ouest du Mexique), fief d' El Chapo, qui se trouve derrière les barreaux aux États-Unis.

Sans dire explicitement qu’Ovidio Guzman Lopez, 28 ans, était toujours libre, le président Andrès Manuel Lopez Obrador- « AMLO » -ainsi que les membres du cabinet de sécurité ont reconnu l’échec de l’action qui a transformé la ville de 750 000 habitants en champ de bataille et provoqué la mort de sept soldats et d’un civil.

« Je soutiens les décisions qui ont été prises. La situation a mal tourné et beaucoup de civils ont été exposés à de grands risques », a regretté le président. « La capture d’un criminel ne vaut pas plus que la vie de gens », a poursuivi AMLO lors de son point presse matinal quotidien.

Il a aussi refusé d’admettre, comme le dit son opposition, que sa stratégie de lutte contre les cartels s’était avérée « un échec ».

- « Opération mal préparée »

« Cette opération a été mal préparée », a convenu le ministre mexicain de la Défense, Luis Crescencui Sandoval, soulignant qu’il avait été décidé de ne pas arrêter Ovidio, l’un des neufs enfants d’El Chapo.

« Nos hommes sur place ont agi de manière précipitée, n’ont pas attendu l’ordre de perquisitionner et ont commencé à essuyer des coups de feu », a précisé M. Sandoval.

« Ils ont improvisé, sans mesurer les conséquences de leur action, dans l’espoir d’obtenir un résultat positif », a-t-il ajouté.

Au cours de la même conférence de presse, le secrétaire d’État à la Sécurité Alfonso Durazno a pour sa part souligné que « les renseignements que détenaient les forces de sécurité étaient erronés ».

Selon lui, des groupes en armes sillonnaient le secteur jeudi soir lorsqu’ils sont tombés sur des membres de la Garde nationale et des militaires venus arrêter Ovidio et trois de ses proches.  

Ils se sont rapidement positionnés autour de l’édifice où était retranché Ovidio.

Rafales de mitrailleuses lourdes, tirs de lance-roquettes anti-char, explosions de véhicules : les affrontements ont duré plus de six heures, contraignant la population à se terrer chez elle et les forces de sécurité à se replier précipitamment.

Durazno a précisé que celles-ci n’avaient « pas reçu à temps le mandat de perquisition » et ont « reçu l’ordre de se replier hors de l’immeuble » où se trouvait Ovidio Guzman.

« Ce fut un désastre »

« Les balles sifflaient ici et là », a raconté Victor Solis, propriétaire d’un restaurant où plusieurs personnes se sont réfugiées pour échapper aux tirs.

« Même ici à Culiacan nous n’avions jamais vu une situation de violence aussi grave », a également souligné Juan Ramos, un autre témoin.

Sous le feu des critiques de la presse nationale, le secrétaire d’État à la Sécurité a dû démentir que des négociations avaient été menées avec le cartel incriminé.

« Le gouvernement ne négocie avec aucune organisation criminelle », a-t-il martelé.

« Peu importe de quel point de vue on se place, ce fut un désastre », a tweeté un expert mexicain, Alejandro Hope.

Des membres du parti de l’Action Nationale (PAN, conservateurs) ont exigé la démission d’AMLO et de son gouvernement.

« Démissionne ! », lui ont-ils crié depuis les bancs du parlement, en critiquant aussi la façon dont il avait géré la communication balbutiante de ce fiasco.

PHOTO EDUARDO VERDUGO, ARCHIVES ASSOCIATED PRESS

Joaquin « El Chapo » Guzman lors de son arrestation en février 2014

El Chapo, 62 ans, cofondateur du cartel de Sinaloa, a été condamné en juillet aux États-Unis à la prison à perpétuité.

Considéré comme le narcotrafiquant le plus puissant au monde, il a acheminé aux États-Unis au moins 1200 tonnes de cocaïne sur un quart de siècle. Malgré son arrestation, son organisation continue d’acheminer la majorité de la drogue qui entre aux États-Unis.

Le président mexicain ne cesse de rappeler sa volonté de réduire la criminalité dans son pays, depuis son élection en décembre dernier, mais sans grand résultat concret.