(Guatemala) La signature d’un accord migratoire entre Washington et le Guatemala, qui devra à terme accueillir les migrants cherchant à gagner les États-Unis, a soulevé un tollé dans ce pays pauvre qui ne pourra pas faire face à la situation, assurent les experts.

Edgar CALDERON
Agence France-Presse

Dans ce pays d’Amérique centrale, où 60 % de la population vit sous le seuil de pauvreté, l’opacité entourant la négociation et la signature de l’accord a aussi entraîné une avalanche de critiques.

Le président américain Donald Trump a annoncé vendredi la conclusion d’un accord migratoire avec le Guatemala. La Maison-Blanche a précisé que le Guatemala serait dorénavant considéré comme un « pays tiers sûr » auprès duquel les demandeurs d’asile devront effectuer leurs premières démarches.

Mais les contours de l’accord restent très flous et le ministère américain de la Sécurité intérieure a indiqué à la presse que cette terminologie ne figurait pas explicitement dans le texte agréé par les deux pays.

« L’État du Guatemala ne remplit pas les conditions pour recevoir les migrants : il ne peut même pas venir en aide aux Guatémaltèques eux-mêmes », a déclaré à l’AFP Mauro Verzeletti, directeur de la Maison du migrant, une institution affiliée à l’Église catholique.

Le Guatemala, souligne M. Verzeletti, n’a pas les ressources économiques pour assurer sécurité, travail, éducation, services de santé et logement à des milliers de migrants, venant principalement du Honduras et du Salvador, mais également d’Afrique et des Caraïbes.

Comment le pays, demande-t-il, pourrait-il s’occuper des enfants migrants qui voyagent seuls alors que près de la moitié des enfants guatémaltèques de moins de cinq ans souffrent de dénutrition chronique ?

« Illégal »

À l’origine, c’est le président Jimmy Morales et son homologue américain Donald Trump qui devaient parapher le document le 15 juillet. Mais le chef de l’État guatémaltèque avait reporté sine die sa visite à Washington devant la levée de boucliers que provoquait la perspective de ce pacte.

Furieux, Donald Trump a alors imposé la conclusion de l’accord en menaçant de taxer les importations guatémaltèques des États-Unis, ainsi que les transferts d’argent des émigrés à leurs proches restés au pays (près de 9,3 milliards de dollars l’année dernière).

Environ 1,5 million de Guatémaltèques résident aux États-Unis, dont 300 000 à 400 000 légalement, selon une estimation officielle.

Les chefs d’entreprise guatémaltèques, soulagés de voir s’éloigner les menaces de sanctions américaines, ont été les seuls à se réjouir de la conclusion de l’accord.

Le Procureur des droits de l’Homme au Guatemala, Jordan Rodas, a présenté deux recours devant la Cour constitutionnelle demandant de bloquer son entrée en vigueur, ainsi que la destitution du ministre de l’Intérieur Enrique Degenhart, pour avoir signé le pacte migratoire à Washington sans en avoir la compétence.

Edie Cux, coordinateur de l’ONG Accion Ciudadana, estime lui aussi que l’accord est « illégal » et a présenté également un recours devant la Cour constitutionnelle, en faisant valoir que c’est à l’Assemblée nationale de ratifier le document.

« L’accord (migratoire) implique des obligations que le Guatemala ne peut pas assumer […] parce qu’il n’en a pas les moyens », souligne-t-il encore.

« Au Guatemala, il y a de l’analphabétisme, du chômage, des enfants souffrent de dénutrition chronique… La question : c’est d’où vont-ils sortir les emplois et les moyens de donner une vie digne aux migrants ? », lance le coordinateur d’Accion Ciudadana.

D’autres ONG, comme Amnistie internationale, Refugees International et la coalition Refugio para las Familias (Refuge pour les familles), estiment que l’accord porte atteinte aux droits des migrants.

Refugio para las Familias a annoncé qu’elle mènera le 3 janvier au Guatemala et au Mexique une « évaluation de la situation des migrants qui fuient leurs pays d’origine […] alors que l’administration Trump fait toujours pression sur le Mexique et l’Amérique centrale pour qu’ils servent d’annexe » à ses mesures visant à tarir le flux migratoire vers les États-Unis.