(Caracas) Les partisans de l’opposant vénézuélien Juan Guaidó se sont dirigés samedi « en paix » mais en nombre réduit, vers les casernes pour exhorter une nouvelle fois l’armée à lâcher Nicolas Maduro, le président qui a appelé les troupes à être « prêtes » en cas d’attaque américaine.

Alexander MARTINEZ et Guillaume DECAMME Agence France-Presse

« L’objectif est de porter notre message sans tomber dans la confrontation, ni la provocation », avait écrit Juan Guaidó sur Twitter.  

Et le chef de file de l’opposition d’appeler les Vénézuéliens à remettre un tract aux soldats pour les inciter à tourner le dos à Nicolas Maduro, quatre jours après avoir tenté, sans succès, de provoquer un soulèvement militaire.

Les appels du pied de plus en plus pressants de l’opposant à l’armée s’expliquent par le poids de cette institution dans l’équilibre du pouvoir. Elle tient le secteur du pétrole, poumon économique du pays, et plusieurs ministères.  

Jusqu’à maintenant, l’état-major est resté fidèle à Nicolas Maduro, qui s’est rendu sur deux bases depuis jeudi matin pour s’assurer de la loyauté des troupes à son égard.  

Samedi à la mi-journée, Juan Guaidó n’était pas apparu en public et la mobilisation autour de son initiative était relativement faible devant les quatre casernes de Caracas où les opposants étaient rassemblés, selon des journalistes de l’AFP.  

Les abords étaient pour la plupart gardés par la police et la Garde nationale bolivarienne, un corps militarisé, qui empêchaient les manifestants d’approcher et de remettre les tracts aux militaires.  

Les opposants à Nicolas Maduro lisaient, pour certains au mégaphone, le texte qui invite les militaires à « se mettre […] du côté de la transition pacifique ».

PHOTO STRINGER, REUTERS

Des partisans du leader de l'opposition Juan Guaidó ont manifesté à Caracas.

« Plus de soldats »

« Nous demandons aux militaires qu’ils nous aident à mettre fin à l’usurpation et qu’ils rejoignent le peuple », a expliqué à l’AFP, Dina Alonso, 53 ans, postée près du quartier général de la Garde nationale.  

Dans une interview au Washington Post, Juan Guaidó semble reconnaître avoir présumé de ses chances lors du soulèvement militaire. « Il nous faut toujours plus de soldats pour le soutenir, pour soutenir la constitution », a-t-il déclaré.

« Je ne pense pas que cela va aboutir à un soulèvement militaire mais cela contribuera bientôt à quelque chose de plus grand », a expliqué à l’AFP, Marcos Rodriguez, un avocat de 24 ans, devant La Carlota, principale base aérienne du pays, et siège mardi du soulèvement militaire.

Pour Juan Guaidó et ses partisans, le président vénézuélien est un « usurpateur » qui se maintient sur la base des résultats de l’élection présidentielle « frauduleuse » de l’an dernier. Juan Guaidó s’est proclamé président par intérim le 23 janvier et est reconnu comme tel par une cinquantaine de pays dont les États-Unis.  

L’appel au soulèvement qu’il a lancé mardi a déclenché des manifestations monstres en marge desquelles de violents heurts se sont produits. Au moins quatre personnes sont mortes et 200 autres ont été blessées, selon Amnistie internationale, pendant les affrontements.  

Le président socialiste a, lui, appelé samedi l’armée à être « prête » pour l’éventualité d’une attaque de l’« empire nord-américain », lors de l’inspection d’une base dans l’État de Cojedes, dans le nord-ouest du pays.  

Il a lancé une chasse aux « traîtres » dès mardi soir, lorsqu’il a affirmé avoir déjoué une « escarmouche putschiste » entreprise par le petit groupe de militaires entrés en rébellion pour rejoindre Juan Guaidó.

Quelque 25 militaires rebelles ont ensuite demandé l’asile aux ambassades du Brésil et du Panama, et Leopoldo Lopez, une des figures de l’opposition, s’est réfugié dans celle d’Espagne.

PHOTO UESLEI MARCELINO, REUTERS

Le leader de l'opposition Juan Guaidó

Washington tente à tout prix de pousser Nicolas Maduro vers la sortie au profit de Juan Guaidó. Mercredi, le secrétaire d’État américain Mike Pompeo a déclaré qu’une « intervention militaire est possible (au Venezuela, NDLR). Si c’est nécessaire, c’est que ce feront les États-Unis ».

Ton conciliant de Trump

Et dans un message vidéo adressé aux Vénézuéliens samedi, il a affirmé que « le moment de la transition est venu ».

De son côté, le ministre cubain des Affaires étrangères Bruno Rodriguez a affirmé sur Twitter que Cuba, le plus proche allié de Nicolas Maduro, « soutiendra et contribuera toujours à la résolution des différends à travers un dialogue respectueux de l’égalité souveraine des États », sans évoquer explicitement le Venezuela.

Le président américain Donald Trump a pour sa part, de manière surprenante, vanté un « échange très positif » avec son homologue russe Vladimir Poutine sur le Venezuela, dossier sur lequel les deux pays s’accusent mutuellement de jouer un jeu dangereux.

Le ton monte depuis plusieurs mois entre Washington et Moscou, qui accuse les États-Unis d’essayer d’organiser un « coup d’État » au Venezuela.

M. Trump a adopté un ton particulièrement conciliant vis-à-vis de Moscou, qui tranche avec celui de ses principaux conseillers et du département d’État.

« Vladimir Poutine ne cherche pas du tout à s’impliquer au Venezuela au-delà du fait qu’il aimerait voir des développements positifs », a-t-il assuré depuis le bureau Ovale. « Nous avons eu une conversation très positive », a-t-il insisté.

Le compte-rendu du Kremlin, qui a tenu à souligner que l’appel avait eu lieu à l’initiative de Washington, était très éloigné de la tonalité de l’hôte de la Maison-Blanche. « L’ingérence dans les affaires intérieures, les tentatives de changement par la force du pouvoir à Caracas sapent les perspectives d’un règlement politique du conflit », a mis en garde Moscou.