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Nicaragua: amorce de dialogue sur fond de violences

Cette nouvelle initiative vise à sortir le pays... (Photo Inti Ocon, Agence France-Presse)

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Cette nouvelle initiative vise à sortir le pays de la grave crise politique et sociale dans laquelle il est plongé depuis le début des manifestations, le 18 avril.

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Agence France-Presse
Managua

Le président nicaraguayen Daniel Ortega devait rencontrer jeudi l'épiscopat pour étudier une reprise du dialogue avec l'opposition, alors que le bilan des violences atteint au moins 134 morts depuis le début des manifestations contre son gouvernement.

La réunion, proposée par la hiérarchie catholique, se tient à 17h, avec pour objectif d'«aborder les sujets si indispensables à notre patrie, la justice et la démocratie, dont dépend toujours la paix, dans le but d'évaluer l'opportunité de reprendre le dialogue», ont indiqué les évêques.

L'épiscopat, qui s'est posé en médiateur depuis mai en essayant de mettre face à face le gouvernement et l'opposition, formée de représentants des étudiants, d'entreprises et de la société civile, avait pris la décision de suspendre le dialogue après la mort de 16 manifestants, le 30 mai. Le lendemain, ils avaient annoncé qu'il ne reprendrait pas tant que la répression continuerait.

Cette nouvelle initiative vise à sortir le pays de la grave crise politique et sociale dans laquelle il est plongé depuis le début des manifestations, le 18 avril. Réprimées d'une main de fer par les autorités, elles ont fait 134 morts, selon le Centre nicaraguayen des droits de l'homme (CENIDH).

En présentant ce bilan, Marlin Sierra, secrétaire exécutive de l'ONG, a indiqué jeudi qu'il s'était alourdi ces dernières 24 heures après la mort de trois jeunes dans la nuit de mercredi (à jeudi) dans la ville de Chinandega et un autre à Nueva Guinea.

Selon la presse locale, des groupes armés ont attaqué mercredi soir à Chinandega, la préfecture du département éponyme, de jeunes manifestants qui tentaient de perturber la circulation automobile vers plusieurs postes-frontières du Honduras voisin.

Les trois jeunes gens, dont un étudiant de Leon, ont été tués par balle, ont précisé les médias locaux.

«Ce que fait Daniel Ortega est proprement injuste [...] Il tue son propre peuple», protestait Zeneyda del Rosario Cuesta, dont le fils de 17 ans a été tué dimanche à Masaya, devenue le nouvel épicentre des violences ces derniers jours.

Une crise très coûteuse

Cette vague de contestation sans précédent contre le héros de la révolution sandiniste, qui avait renversé la dictature en 1979, a été déclenchée par une réforme des retraites abandonnée depuis, mais qui a vite tourné à un mouvement général de rejet à l'encontre de Daniel Ortega.

À la tête du pays depuis 2007, après un premier passage de 1979 à 1990, il est accusé de brider les libertés et de confisquer le pouvoir. De son côté, il dénonce une «conspiration de l'opposition» visant à le renverser.

Un groupement indépendant d'économistes a évalué les pertes causées par cette crise à 800 millions de dollars, notamment dans les secteurs de l'agriculture, du tourisme et des biens d'exportation.

Le groupe des Consultants pour le développement entrepreneurial (COPADE) a aussi estimé que 90 000 emplois risquaient de disparaître dans ce pays pauvre de 6 millions d'habitants.

Jeudi, la pression s'est accentuée sur le gouvernement Ortega avec l'annonce par Washington de sanctions diplomatiques contre des responsables de la police et de certaines municipalités ainsi qu'un cadre du ministère de la Santé pour des violations des droits de l'homme et un travail de «sape de la démocratie».

Deux jours plus tôt, l'assemblée générale de l'Organisation des États américains (OEA) avait déjà adopté une déclaration «en soutien au peuple nicaraguayen», dans laquelle elle exhortait le gouvernement et tous les membres de la société à dialoguer de manière constructive face à la crise.

Interrogé par l'AFP, «Yaritza», dirigeante des protestataires à l'Université nationale autonome (UNAN), dit faire «confiance» aux évêques pour «convaincre Ortega d'adopter une attitude beaucoup plus ouverte».

L'opposition réclame notamment une présidentielle anticipée, avant l'échéance prévue de 2021, et le remplacement des membres du Tribunal électoral acquis au pouvoir.

Les protestataires continuaient jeudi de bloquer les rues des grandes villes ainsi que plusieurs axes routiers importants, tel que celui reliant la capitale, Managua, à la ville de Masaya (30 km au sud), ciblée par de nombreux saccages, attaques et incendies perpétrées par la police et des civils armés.

Face aux assaillants munis de fusils et de grenades, les manifestants répondent à coups de pierres et de projectiles lancés à l'aide de mortiers artisanaux.




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