(Washington) Le chef de la diplomatie américaine Mike Pompeo est engagé dans une course contre la montre pour dénouer le contentieux de son pays avec le Soudan avant l’élection présidentielle aux États-Unis.

Francesco FONTEMAGGI
Agence France-Presse

Et comme souvent lorsqu’il s’agit de diplomatie ces derniers temps, Israël n’est pas bien loin dans les arrière-pensées du gouvernement de Donald Trump.

« Les États-Unis ont une occasion qui ne se présente qu’une fois d’assurer enfin une compensation aux victimes des attentats terroristes de 1998 menés par Al-Qaïda contre les ambassades des États-Unis au Kenya et en Tanzanie », a écrit Mike Pompeo dans une lettre à des sénateurs dont l’AFP a eu connaissance.

« Nous avons aussi une fenêtre unique et étroite pour soutenir le gouvernement de transition dirigé par un civil au Soudan, qui s’est enfin débarrassé de la dictature islamiste », a-t-il ajouté.

Au cœur de ce dossier, l’inscription du Soudan dans la liste noire américaine des États soutenant le terrorisme.

Cette sanction, synonyme d’entrave aux investissements pour le pays du nord-est africain, remonte à 1993. La crise s’est envenimée avec les attentats de 1998, qui avaient fait plus de 200 morts.

Le Soudan d’Omar el-Béchir était alors devenu un paria pour avoir accueilli le chef d’Al-Qaïda Oussama ben Laden.

Ces dernières années, Washington a changé de ton, lorsque l’ex-autocrate soudanais a commencé à coopérer dans la lutte antiterroriste et a joué le jeu de la paix au Soudan du Sud.

Les États-Unis ont renoué avec Khartoum déjà sous l’ex-président démocrate Barack Obama, puis engagé un dialogue pour retirer le Soudan de leur liste noire.

Tractations en coulisses

La révolution qui a balayé Omar el-Béchir, en 2019, n’a fait qu’accélérer le mouvement. Depuis, Mike Pompeo ne ménage pas son soutien au premier ministre de transition Abdallah Hamdok.

Mais les négociations achoppaient sur l’épineux dossier judiciaire de l’indemnisation des familles des victimes des attaques de 1998.

Le secrétaire d’État pense désormais qu’une solution est en vue, et en a fait « une de ses premières priorités », a dit à l’AFP une porte-parole de la diplomatie américaine.

Son « plan » prévoit le versement par Khartoum, sur un compte bloqué, de fonds qui ne seront versés que sous conditions aux États-Unis pour indemniser les plaignants. Des médias américains ont cité le montant total de 335 millions de dollars.

Parmi ces conditions, le retrait du Soudan de la liste noire antiterroriste et l’adoption d’un texte de loi proclamant la « paix légale » avec Khartoum – pour écarter le risque de nouvelles poursuites.

Dans son courrier, Mike Pompeo fait pression sur le Congrès américain afin qu’il vote cette disposition.

« Cette loi doit entrer en vigueur mi-octobre au plus tard afin de garantir le paiement des indemnisations aux victimes dès que le Soudan sera retiré de la liste des États soutenant le terrorisme », ce qui interviendra « très probablement » d’ici fin octobre, a-t-il expliqué. C’est-à-dire avant l’élection présidentielle américaine du 3 novembre.

Au sein du gouvernement américain, on s’inquiète toutefois d’une résistance de quelques influents sénateurs démocrates.

Pourquoi un tel empressement, de la part d’un secrétaire d’État par ailleurs peu intéressé par le continent africain ?

C’est probablement au nom d’un autre dossier cher à l’administration Trump.

Mike Pompeo s’est rendu fin août à Khartoum lors d’une tournée pour convaincre des pays arabes de normaliser leurs relations avec Israël.

Le camp du président-candidat veut capitaliser sur les accords historiques conclus sous son égide par l’État hébreu avec les Émirats arabes unis et Bahreïn – un succès qui manquait à son bilan diplomatique, qui plus est favorable aux intérêts israéliens et donc susceptible de galvaniser son électorat évangélique.

Abdallah Hamdok avait semblé doucher les espoirs américains, en affirmant qu’il n’avait « pas de mandat » pour trancher cette question sensible.

Mais les tractations se poursuivent en coulisses avec des positions peut-être moins figées.

Le général Abdel Fattah al-Burhane, chef du Conseil souverain au Soudan, qui avait rencontré en février le premier ministre israélien Benyamin Nétanyahou, a eu trois jours de pourparlers cette semaine à Abou Dabi avec une délégation américaine.  

Au menu, bien entendu, la sortie de la liste noire, mais aussi, selon l’agence officielle soudanaise Suna, « l’avenir de la paix arabo-israélienne » et « le rôle que le Soudan devrait jouer dans la réalisation de cette paix ».