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Tunisie: tension et émotion aux procès de victimes de la révolution

Les familles ont brandi de grandes photos des... (photo HATEM SALHI, Agence France-Presse)

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Les familles ont brandi de grandes photos des victimes dans la salle d'audience à Kasserine lors du procès de responsables présumés de la mort de manifestants lors de la révolution arabe de 2011.

photo HATEM SALHI, Agence France-Presse

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Crise dans le monde arabe

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Crise dans le monde arabe

Consultez notre dossier complet sur les tumultes, conflits et guerres qui ont suivi le «Printemps arabe». »

Kaouther LARBI

(SIDI BOUZID) Pour la première fois, la justice accompagnant la transition démocratique en Tunisie a ouvert vendredi deux procès pour juger les responsables présumés de la mort d'une vingtaine de manifestants lors de la révolution qui a abouti à la chute de la dictature.

Dans une petite salle du tribunal de première instance de Sidi Bouzid, la ville du centre-ouest défavorisé d'où partit le soulèvement populaire après l'immolation par le feu d'un vendeur ambulant, les familles des victimes se sont pressées avec émotion pour suivre les débats sur la mort de deux manifestants, un étudiant et un ingénieur.

Même affluence émue à Kasserine, une ville voisine, où s'est également ouvert vendredi le procès de responsables présumés de la mort de 20 manifestants lors de la révolution de fin 2010, début 2011. Les familles ont brandi de grandes photos des victimes dans la salle d'audience.

Les proches des victimes placent de grands espoirs dans ces procès devant des juges spécialisés, menés après des enquêtes de l'Instance-vérité et dignité (IVD), chargée de faire la lumière sur les violations des droits de la personne pendant la dictature et la révolution.

D'autant que les rares procès tenus devant la justice militaire ou quelques instances civiles non spécialisés ont laissé un goût amer avec des condamnations dénoncées comme « clémentes » et inacceptables » par des avocats et familles des victimes.

Rendre la dignité

« J'espère que la justice transitionnelle va nous rendre justice et nous donner nos droits, mais surtout nous dévoiler qui sont les tueurs de nos enfants », a dit à l'Agence France-Presse (AFP) Mbarka, mère de Mohamed Amari, à Sidi Bouzid.

Cet étudiant de 25 ans touché par balles lors de manifestations réprimées par la Garde nationale le 24 décembre 2010 fut le premier tué lors de la révolution qui suivit l'immolation du vendeur ambulant de Sidi Bouzid.

« Que cette justice transitionnelle rende dignité aux martyrs de la révolution et à leurs familles », renchérit la soeur de l'étudiant tué, Naouel, en brandissant le portrait de son frère.

Quelque 338 Tunisiens ont été tués et 2174 blessés durant le soulèvement populaire qui lança le Printemps arabe entre la fin de 2010 et le début de 2011, dont la majorité à Tunis et dans le centre-ouest du pays, selon un bilan officiel.

À Sidi Bouzid, plus de six ans après les faits, les juges spécialisés vont devoir se prononcer sur la culpabilité de 11 personnes - dont le président déchu Zine El Abidine Ben Ali, son ex-ministre de l'Intérieur et des membres de la Garde nationale - pour la mort de l'ingénieur informatique de 43 ans Chawki Hidri et de l'étudiant Mohamed Amari.

Ils sont également accusés d'être responsables pour les blessures de quatre autres manifestants et doivent répondre d'« homicide volontaire avec préméditation » et de « tentative d'homicide volontaire avec préméditation ».

À Kasserine, l'ex-président tunisien Ben Ali, en fuite en Arabie saoudite, son ex-ministre de l'Intérieur, dont le sort est inconnu, ainsi que de hauts responsables sécuritaires sont aussi jugés.

Accusés absents

Mais, aucun des accusés, ni à Kasserine, ni à Sidi Bouzid, ne s'est présenté à l'audience à la grande déception des proches des familles.

À Sidi Bouzid, l'audience a finalement débuté avec deux heures de retard, « un très mauvais signe », selon un proche d'une des victimes. « C'est un indicateur dangereux qui montre le manque de sérieux de la Cour », s'est emporté Béchir Hidri, frères d'une des victimes.

Indignés, des membres du public ont scandé « Fidèles aux martyrs » à l'entrée des juges dans la salle. Mais, au bout de deux heures, l'audience a finalement été ajournée à une date non précisée sans qu'aucun témoin n'ait été entendu.

Des avocats ont demandé au juge d'interdire aux accusés présumés présents en Tunisie de voyager à l'étranger de peur qu'ils fuient le pays. Ils ont également réclamé des mandats d'arrêt à leur encontre pour qu'ils soient présents aux prochaines audiences.

Ces procès sont les premiers concernant des victimes de la révolution instruites par l'IVD. Jusqu'ici, la justice spécialisée n'avait jugé que des affaires concernant la mort sous la torture d'opposants islamistes et de gauche sous les dictatures.

Créée en 2014, l'IVD doit recueillir et diffuser des témoignages, renvoyer des responsables présumés de viols, meurtres, tortures ou faits de corruption devant des tribunaux spécialisés et proposer des mesures pour que ces crimes et violations des droits de la personne ne se reproduisent plus.

Elle a fait face à des réticences politiques avec le retour au pouvoir de responsables de l'ancien régime, mais a réussi à prolonger son mandat de quelques mois cette année après de difficiles discussions avec le gouvernement.




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