Source ID:537828; App Source:cedromItem

Le triste sort des réfugiés LGBT

Junior Mayema a quitté la République démocratique du... (Photo Sylvie St-Jacques, La Presse)

Agrandir

Junior Mayema a quitté la République démocratique du Congo avec l'espoir de vivre librement au Cap, en Afrique du Sud. «La première chose que j'ai réalisée en arrivant ici, c'est que l'intégration est impossible», dit-il.

Photo Sylvie St-Jacques, La Presse

(Le Cap) L'Afrique, avec 36 pays sur 54 qui condamnent l'homosexualité, détient le malheureux titre de «continent le plus homophobe de la planète». L'Afrique du Sud est une terre d'asile pour plusieurs réfugiés LGBT africains. Mais la «nation arc-en-ciel» n'est pas l'eldorado rêvé...

«Quand j'étais petit, les enfants de mon école primaire m'appelaient "pédé". Ma mère, une femme très religieuse, disait que j'étais un démon et qu'elle aurait dû avorter. Adolescent, quand j'ai commencé à être attiré par d'autres garçons, je suis devenu conscient des abus, des tortures qui étaient infligées aux gens comme moi, qui pouvaient être bannis de la société. J'étais si effrayé!»

En 2010, Junior Mayema a pris la décision de quitter la République démocratique du Congo, avec l'espoir de vivre librement dans la ville du Cap, deuxième métropole, quant à la population d'Afrique du Sud. Mais aujourd'hui, le jeune militant de 26 ans, à la chevelure tressée et au style urbain, raconte de sa douce voix triste le désenchantement auxquels font face ceux qu'il côtoie chaque jour: des réfugiés nigérians, somaliens, ougandais, qui ont fui la persécution.

«La première chose que j'ai réalisée en arrivant ici, c'est que l'intégration est impossible. En tant que Noir et réfugié, je suis discriminé de part et d'autre. Et l'apartheid a aussi affecté la communauté LGBT, où le racisme est très fort. Un touriste américain gai va peut-être vous dire que l'Afrique du Sud est un endroit clément, pour les personnes LGBT. Mais c'est parce qu'il n'a pas vu ce qui se passe dans les townships où vivent les Noirs...»

Certes, les brochures promotionnelles vantent l'Afrique du Sud comme une destination hospitalière au tourisme «rose». La Constitution de 1994 protège en théorie les droits des personnes de toutes orientations sexuelles. Mais en pratique, le destin des réfugiés africains LGBT n'a rien à voir avec l'esprit de célébration festive qui règne au festival de la «fierté gaie» ou dans les clubs et restos branchés du quartier gai du Cap.

Les Africains LGBT moins fortunés choisissent de migrer vers l'Afrique du Sud plutôt que vers l'Europe ou l'Amérique du Nord, «parce que le visa est moins cher et que c'est plus proche culturellement et géographiquement», exprime Guillain Koko, avocat spécialiste des droits de la personne, qui oeuvre pour la défense des droits des réfugiés LGBT, au sein de l'organisme PASSOP.

Ce juriste a noté une nette recrudescence des demandes d'asile sur la base de l'orientation sexuelle. Il recense actuellement de 15 à 20 cas par mois. «La plupart du temps, ces réfugiés se retrouvent ici sans famille, sans logement et au chômage. Ils échouent alors dans les townships, où ils doivent se prostituer pour survivre», rapporte-t-il.

Crimes haineux en hausse

Johan Meyer, porte-parole de Out, un organisme de droits des LGBT à Pretoria, souligne que les crimes haineux envers les gais et lesbiennes de toutes origines culturelles confondues sont en hausse en Afrique du Sud. En 2012-2013, au moins neuf personnes LGBT ont été assassinées, en Afrique du Sud. Et le pays a vu naître la violente pratique du «viol correctif».

«Dans les townships noirs, où l'homosexualité est considérée comme un phénomène «non africain», certaines personnes pensent qu'on peut "réparer" une lesbienne en la violant. Que cela va la rendre hétérosexuelle», explique Johan Meyer.

Avec des mouvements dits de «justice populaire» qui persécutent les gais et lesbiennes en Ouganda et au Malawi, et des pays comme le Nigeria qui vont jusqu'à criminaliser les personnes qui travaillent dans les organismes de droits de la personne venant en aide aux LGBT, les demandes d'asile continueront d'augmenter, évalue Guillain Koko.

«Même à leur arrivée au bureau de l'immigration sud-africaine, ils sont victimes d'homophobie: des agents leur lisent des extraits de la Bible ou on leur propose de sortir avec un ou une Sud-Africain (e) du sexe opposé!»

La proportion des citoyens sud-africains qui estiment que l'homosexualité devrait être acceptée par la société (en comparaison avec de 1% à 2% ailleurs en Afrique).




À découvrir sur LaPresse.ca

la boite: 1600127:box; tpl: 300_B73_videos_playlist.tpl:file;

Les plus populaires

Tous les plus populaires
sur lapresse.ca
»

Autres contenus populaires

La liste:-1:liste; la boite:219:box; tpl:html.tpl:file
image title
Fermer