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Afrique du Sud: une figure de la lutte anti-apartheid lance un nouveau parti

«Il y a un besoin désespéré de changement»... (Photo : MUJAHID SAFODIEN, AFP)

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«Il y a un besoin désespéré de changement» dans le pays, a dit Mme Ramphele, 65 ans, dans un discours en forme de réquisitoire contre la présidence de Jacob Zuma.

Photo : MUJAHID SAFODIEN, AFP

Susan NJANJI-MATETAKUFA
Agence France-Presse

La militante anti-apartheid Mamphela Ramphele, aujourd'hui femme d'affaires, a lancé samedi un nouveau parti d'opposition en Afrique du Sud pour défier l'ANC au pouvoir depuis 19 ans, avec le soutien de l'archevêque anglican Desmond Tutu.

Plusieurs centaines de sympathisants ont participé samedi à une cérémonie haute en couleurs à Pretoria, pour le lancement formel du parti Agang South Africa, signifiant en langue sepedi «construisons l'Afrique du Sud».

«Il y a un besoin désespéré de changement» dans le pays, a dit Mme Ramphele, 65 ans, dans un discours en forme de réquisitoire contre la présidence de Jacob Zuma.

Médecin et universitaire respectée, ayant combattu la domination de la minorité blanche sous le régime de l'apartheid, Mme Ramphele a exhorté les Sud-Africains à soutenir son parti contre l'ANC (le Congrès national africain) aux prochaines élections de 2014.

«Ce gouvernement est en train de détruire notre économie et notre société», a-t-elle dit.

«La corruption et la culture de l'impunité se sont propagées à travers le gouvernement et la société: volant les manuels destinés aux classes, volant les médicaments à ceux qui vivent avec le virus du sida, volant des milliers d'emplois et des milliards de rands (la monnaie sud-africaine) d'investissements», a-t-elle insisté, agitant le poing pour ponctuer chacune de ces affirmations.

«Ce n'est pas le pays dont rêvaient notre bien aimé Madiba (surnom affectueusement donné à l'ancien président Nelson Mandela, 95 ans, actuellement hospitalisé, ndlr) et Steve Biko», a conclu Mme Ramphele, citant deux des héros de la lutte anti-apartheid.

Son engagement politique remonte à la fin des années 60, quand elle étudiait la médecine et avait rencontré le militant Steve Biko, fondateur du Mouvement conscience noire, devenu son compagnon. En 1976, elle avait elle-même été détenue sans procès pendant cinq mois.

Quand Steve Biko fut tué en 1977 en détention, elle était elle-même assignée à résidence par le régime d'apartheid dans une petite localité du nord du pays. Ce n'est qu'après sa mort qu'elle mit au monde leur fils, Hlumelo, dont le nom signifie «la pousse qui grandit sur un tronc d'arbre mort».

Mme Ramphele, ancienne directrice générale de la Banque mondiale (BM), s'est depuis largement impliquée dans les affaires en présidant les conseils d'administration de grandes sociétés, telle Gold Fields, une des plus importantes compagnies aurifères du monde. Elle a également siégé au conseil d'administration d'Anglo American Standard Bank et de Médi-Clinic, un des plus grands hôpitaux privés du pays.

Mais elle a gardé la réputation d'être une critique franche et directe du gouvernement. Et en 1997, Nelson Mandela avait lui-même affirmé à son propos: elle «n'hésite jamais à asséner les vérités les plus douloureuses quand elle pense que vous vous égarez».

Desmond Tutu vante ses compétences

Des responsables du parti Agang ont affirmé samedi que la nouvelle formation rivaliserait avec l'ANC aux prochains scrutins. «C'est très clairement notre but, remporter une élection l'an prochain», a déclaré l'un d'eux, Mills Soko, aux journalistes.

Le parti devrait cependant avoir du mal à se faire une place entre l'ANC ultra-dominant - qui détient quasiment les deux tiers des sièges au Parlement - et le principal parti d'opposition, l'Alliance démocratique (DA). En 2009, l'ANC avait remporté 65,9 % des suffrages, tandis que DA rassemblait 16,7 % des voix.

L'ANC s'est maintenu fermement au pouvoir depuis 1994, année où l'apartheid a pris fin avec l'élection du premier président noir du pays, Nelson Mandela. Mais ce parti est aujourd'hui sous le feu de critiques en raison de son incapacité à tenir ses engagements.

Réputée idéaliste, Mme Ramphele pourrait aussi sembler trop distante aux yeux de la plupart des Sud-Africains qui doivent lutter quotidiennement pour s'en sortir.

Elle a cependant reçu vendredi un soutien de poids: celui de l'archevêque Desmond Tutu, religieux de 81 ans et prix Nobel de la Paix en 1984.

«Peu de Sud-Africains sensés ne salueraient pas l'entrée dans la vie politique sud-africaine d'une personnalité du calibre, de l'expérience, des capacités et des ressources intellectuelles» de Mme Ramphele, a déclaré Mgr Tutu.

Desmond Tutu avait lui-même annoncé en mai qu'il ne voterait «plus pour l'ANC», en lui reprochant surtout d'avoir, ces dernières années, favorisé la corruption et échoué à réduire la pauvreté et les inégalités.




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