Le président nigérian Umaru Yar'Adua est rentré mercredi par surprise dans son pays, après trois mois d'hospitalisation en Arabie saoudite, mais le président par intérim, Goodluck Jonathan, va conserver le pouvoir exécutif dans le pays le plus peuplé d'Afrique.

Mis à jour le 24 févr. 2010
Ola Awoniyi AGENCE FRANCE-PRESSE

«Après avoir été autorisé à quitter l'hôpital par l'équipe d'experts médicaux qui supervisait ses soins en Arabie Saoudite, le président Umaru Yar'Adua est rentré dans la villa présidentielle à Abuja, tôt ce matin», a déclaré le porte-parole du président, Segun Adeniyi, dans un communiqué.

«Pendant que le président poursuit sa guérison, le vice-président Jonathan va continuer de s'occuper des affaires de l'État», a-t-il ajouté.

Umaru Yar'Adua a «remercié» M. Jonathan, «pour s'être occupé avec efficacité des affaires de l'État pendant son absence» et il a rendu hommage au Parlement, à l'armée et aux responsables politiques, «pour avoir participé à maintenir l'ordre et la stabilité», a souligné le porte-parole.

Le 10 février, à la demande du Parlement, le vice-président Goodluck Jonathan avait accepté d'assurer la présidence par intérim, pour mettre fin à une vacance du pouvoir sans précédent.

Umaru Yar'Adua n'ayant pas été vu en public, le mystère demeurait sur son état de santé réel.

La ministre de l'Information et porte-parole du gouvernement, Dora Akunyili, a précisé à <i>La Presse</i> qu'Umaru Yar'Adua et Goodluck Jonathan ne s'étaient pas encore entretenus.

La déclaration du porte-parole de M. Yar'Adua devrait rassurer la communauté internationale, alors que Washington avait espéré mercredi que le retour de M. Yar'Adua ne créerait pas d'«incertitude» dans le processus démocratique.

Les informations récentes «continuent de laisser penser que la santé du président Umaru Yar'Adua est fragile et qu'il n'est peut-être pas en mesure de remplir ses fonctions», a déclaré le secrétaire d'État adjoint américain aux affaires africaines, Johnnie Carson, dans un communiqué publié par l'ambassade américaine à Lagos.

«Nous espérons que le retour du président Yar'Adua au Nigeria ne traduit pas une tentative de la part de ses conseillers de porter atteinte à la stabilité du Nigeria et de créer une nouvelle incertitude dans le processus démocratique», a-t-il ajouté.

Le retour de M. Yar'Adua «est une conspiration (...) pour imposer un président défaillant à la tête du pays (...) nous allons avoir un exécutif divisé», a estimé un analyste nigérian, Bayo Okunade.

Le président nigérian, âgé de 58 ans, était tombé gravement malade en novembre et avait été hospitalisé dans la foulée à Jeddah, sur la mer Rouge, pour une affection au coeur.

Depuis son départ, il n'a donné qu'un seul signe de vie, un bref entretien à la radio britannique BBC, le 12 janvier.

La longue absence du président Yar'Adua a provoqué une crise constitutionnelle et des craintes de troubles au Nigeria, huitième exportateur mondial de brut.

Les partisans d'Umaru Yar'Adua n'étaient pas favorables à un transfert du pouvoir à M. Jonathan, mais une partie d'entre eux avaient fini par s'y rallier, notamment sous la pression de la communauté internationale, inquiète de la vacance au pouvoir dans ce pays pétrolier de 150 millions d'habitants.

Les débats autour de l'absence de M. Yar'Adua ont aussi eu en toile de fond l'alternance du pouvoir entre le nord majoritairement musulman et le sud à dominance chrétienne, une règle non écrite mais appliquée. C'est actuellement «au tour» du nord, dont il est issu, d'exercer la présidence, et M. Jonathan est originaire du sud.