Le président rwandais Paul Kagame a dénoncé mardi l'arrestation «politique» selon lui de sa responsable du protocole en Allemagne dimanche. «A bien des égards, c'est une violation de la souveraineté du Rwanda», a estimé le chef de l'Etat, qui a rendu visite à Rose Kabuye dans la prison de femmes de Francfort.

Matt Moore ASSOCIATED PRESS

Mme Kabuye a été arrêtée dimanche matin à l'aéroport de Francfort en vertu d'un mandat européen délivré par la justice française, mais le président Kagame a assuré mardi qu'elle se trouvait en Allemagne, non pour des affaires privées, mais en mission officielle, et bénéficiait donc de l'immunité diplomatique.L'avocat de l'intéressée, Me Lef Forster, a affirmé que sa cliente contestait une «quelconque implication dans l'attentat du 6 avril 1994» mais avait accepté d'être extradée vers la France. Son transfert pourrait intervenir au plus tôt dans quelques jours, au plus tard d'ici deux semaines.

«Les raisons derrière cette affaire semblent politiques», a déclaré M. Kagame à l'issue de sa visite en prison. «Il est certain que l'arrestation de Rose a certaines implications, prévues et imprévues, parce qu'à bien des égards c'est une violation de la souveraineté du Rwanda», a lancé le président. «Pour Rose, (ce déplacement) était officiel», a-t-il insisté. «Le gouvernement l'avait chargée de voyager avec le président. La visite de Rose en Allemagne n'était pas d'ordre privé.»

La responsable rwandaise du protocole d'Etat, âgée de 47 ans, est recherchée par la justice française dans le cadre de l'enquête sur l'attentat contre l'avion de l'ancien président rwandais Juvénal Habyarimana en avril 1994, considéré comme le point de départ du génocide au Rwanda. Mme Kabuye a combattu dans les rangs de la rébellion du FPR (Front patriotique rwandais) de Paul Kagame, qui a pris le pouvoir à Kigali en 1994 et mis fin au massacre d'au moins 800.000 Tutsis et Hutus modérés. Elle est soupçonnée d'avoir hébergé le commando avant l'attentat.

Le Rwanda a riposté en expulsant l'ambassadeur d'Allemagne à Kigali, mardi. Le ministère des affaires étrangères allemand a confirmé que l'ambassadeur Christian Clages avait été rappelé à Berlin «pour consultation» selon un porte-parole.

L'Allemagne a rendu la pareille au Rwanda en demandant à son ambassadeur de quitter Berlin.

L'Union africaine (UA) a également critiqué l'arrestation de Rose Kabuye mardi, estimant dans un communiqué qu'une telle mesure «pourrait mettre en danger le droit, l'ordre et la sécurité internationaux». L'UA a demandé à tous les Etats membres de l'ONU de geler les mandats d'arrêt «jusqu'à ce que l'Union africaine, l'Union européenne et les Nations unis aient fait le tour des questions légales et politiques».

La Commission de l'UA, qui souligne que nombre de dirigeants et personnalités africains sont visés par des inculpations, souhaite la mise en place «au niveau international» ou européen d'un «mécanisme de contrôle» afin de «s'assurer que ces inculpations respectent certains critères et ne sont pas à caractère politique».