(Genève) L’OMS, accusée par le président américain d’être trop proche de la Chine et de mal gérer la pandémie, a dénoncé une « politisation » de la crise, appelant Pékin et Washington à s’unir pour combattre le virus.

Agnès PEDRERO
Agence France-Presse

« Ne politisez pas le virus. Pas besoin d’utiliser le Covid pour marquer des points politiques », a lancé au cours d’une conférence de presse virtuelle Tedros Adhanom Ghebreyesus, interrogé par un journaliste sur les accusations portées mardi par Donald Trump.  

« Vous avez beaucoup d’autres moyens de faire vos preuves », a ajouté ce fin diplomate, un ancien ministre des Affaires étrangères de l’Ethiopie, appelant à ne pas « jouer avec le feu ».

L’OMS et son patron ont reçu mercredi le soutien du secrétaire général des Nations unies et de la présidence française.

Le président Emmanuel Macron s’est entretenu mercredi avec le patron de l’OMS à qui il a « réaffirmé sa confiance dans l’institution », a indiqué la présidence française.

Sa discussion avec le Dr Tedros Adhanom Ghebreyesus, visait aussi à « réaffirmer sa conviction que l’OMS détient une partie de la réponse, après les propos de Donald Trump », a souligné l’Élysée à l’AFP.

Emmanuel Macron a « réaffirmé sa confiance dans l’institution, qu’il refuse de voir enfermée dans cette guerre entre Chine et États-Unis », a-t-on ajouté de même source.

Une fois la pandémie achevée, « il y aura un temps pour revenir en arrière » sur l’action des acteurs dans ce dossier, a indiqué de son côté le secrétaire-général de l’ONU. « Mais ce n’est pas le moment. Maintenant c’est le temps pour l’unité », a déclaré Antonio Guterres.

« J’ai la conviction que l’OMS doit être soutenue, car elle est absolument essentielle aux efforts du monde pour gagner la guerre contre la COVID-19 », a-t-il dit dans un communiqué.

Donald Trump s’est emporté mardi contre l’OMS, jugée trop proche à ses yeux de Pékin, au cours de son point de presse quotidien à la Maison-Blanche. « Tout semble très favorable à la Chine, ce n’est pas acceptable », a-t-il déclaré.

Le président américain a notamment critiqué la décision de l’OMS de se prononcer contre la fermeture des frontières aux personnes en provenance de Chine au début de l’épidémie.

« L’OMS s’est vraiment plantée », a-t-il écrit dans un tweet.

Le 10 janvier, un jour avant le premier décès en Chine, l’OMS, assurant qu’une enquête préliminaire suggérait qu’il n’y avait « pas de transmission interhumaine significative », avait déconseillé d’appliquer à la Chine des restrictions aux voyages ou aux échanges commerciaux et ne recommandait « aucune mesure sanitaire particulière pour les voyageurs ».

Ce n’est que fin janvier, lorsque les premières contaminations hors de Chine ont été signalées, que cette agence de l’ONU a parlé de dépistage dans les aéroports.

Dans ses dernières recommandations concernant le trafic international, rendues publiques fin février, l’organisation déconseille toujours d’appliquer des restrictions mais reconnaît que « dans certaines circonstances », les mesures qui limitent la circulation des personnes peuvent s’avérer provisoirement utiles.

« Générosité » américaine

Agacé par la gestion de la crise de la COVID-19 par l’OMS, Donald Trump a menacé de suspendre la contribution financière des États-Unis, qui est la plus importante, à son fonctionnement.

Le directeur général de l’OMS a quant à lui remercié mercredi ce pays de son « généreux soutien » face à la pandémie, mais a appelé le monde à « rassembler son énergie ».

« Les États-Unis et la Chine devraient s’unir pour combattre ce dangereux ennemi », a en particulier relevé M. Tedros, qui a reçu le soutien de nombreux dirigeants africains depuis les déclarations acrimonieuses du locataire de la Maison-Blanche.

« Battons-nous comme des diables pour supprimer et contrôler ce virus. Il est dangereux. Nous avons besoin d’unité », a affirmé Tedros Adhanom Ghebreyesus.

« Ne continuons pas à jouer avec le feu » face à un virus qui progresse « de façon exponentielle » -et a déjà fait près de 100 000 morts-, a-t-il insisté.

L’OMS, critiquée dans le passé pour avoir surréagi ou été trop laxiste au moment de grandes épidémies, a été cette fois accusée d’avoir tardé à alerter et d’avoir tergiversé avant de qualifier la situation de pandémie, afin de ne pas froisser Pékin.

Mercredi, le patron de l’OMS a accusé les journalistes qui lui reprochaient d’avoir été influencé par la Chine de « jeter de l’huile sur le feu », et affirmé que son organisation était « proche de toutes les nations ».

Il a également assuré que son équipe travaillait « jour et nuit » pour combattre le virus et a défendu son bilan, détaillant toutes les mesures et recommandations prises par cette agence spécialisée de l’ONU depuis début janvier.

Plus de trois mois depuis le début de l’épidémie, Tedros Adhanom Ghebreyesus, qui s’adresse aux médias trois fois par semaine, a par ailleurs dit avoir été la cible d’attaques racistes et de menaces de mort, en provenance notamment de Taïwan.

Cette île a été exclue des principales institutions internationales sous la pression de la Chine, qui considère qu’elle fait partie de son territoire et menace de recourir à la force en cas de proclamation officielle de son indépendance.