(Washington) Le président américain Donald Trump a présenté mardi son plan de paix pour le Proche-Orient qui prévoit un État très conditionnel pour les Palestiniens, l’annexion des colonies en Cisjordanie par Israël et enterre le droit au retour des réfugiés palestiniens.

Francesco FONTEMAGGI
Agence France-Presse

En voici les principaux points :

« Solution réaliste à deux États »

Les Palestiniens auraient droit à un État, mais sous conditions. Ils doivent reconnaître Israël comme « État juif », « rejeter le terrorisme sous toutes ses formes » et renforcer leurs institutions.

S’ils acceptent de négocier et accèdent in fine à un tel État, dont le premier ministre israélien Benyamin Nétanyahou a accepté le principe, il sera « démilitarisé » : Israël resterait responsable de la sécurité et du contrôle de l’espace aérien à l’ouest de la vallée du Jourdain, tandis que le Hamas, qui contrôle la bande de Gaza, serait « désarmé ».

Les colonies annexées

Les États-Unis sont prêts à reconnaître sans délai l’annexion par Israël à son territoire des colonies qu’il a implantées en Cisjordanie occupée. Quelque 30 % de la Cisjordanie reviendrait ainsi officiellement au sein de l’État hébreu.

Washington est notamment prêt à acter la souveraineté d’Israël sur la Vallée du Jourdain, langue de terre stratégique à la frontière jordanienne.

Un futur État palestinien sur ces tracés serait donc nettement en deçà de ce à quoi aspirent les Palestiniens, à savoir la totalité des Territoires occupés depuis 1967 par Israël. Donald Trump a toutefois insisté, carte à l’appui, sur le fait que les Palestiniens verraient leur territoire « doubler » par rapport à aujourd’hui.

Israël s’engagerait de son côté à geler le développement de toute colonie pendant quatre ans – durée pendant laquelle les Palestiniens pourraient donc revenir sur leur rejet actuel de ce plan.

Jérusalem, une ou deux capitales ?

Le président Trump, qui avait déjà infléchi la ligne américaine en reconnaissant Jérusalem comme capitale de l’État israélien, a affirmé mardi que Jérusalem allait « rester la capitale indivisible d’Israël ».

Mais il a semblé lui-même contredire cette promesse en assurant, d’un même souffle, qu’un futur État palestinien pourrait avoir sa capitale, Al-Qods, dans « Eastern Jerusalem ».

Si cela peut être compris comme Jérusalem-Est, c’est-à-dire la partie occupée et annexée par Israël en 1967 que les Palestiniens revendiquent comme capitale de leur État, il semble que l’administration Trump songe plutôt à leur laisser seulement des faubourgs dans l’est de la Ville sainte – c’est-à-dire des localités, comme Abou Dis, techniquement situées à Jérusalem, mais du côté oriental de la barrière de sécurité séparant Israël des Territoires palestiniens.

Sur la question des lieux saints, le président américain a appelé au maintien du statu quo sur l’esplanade des mosquées, aussi appelée mont du Temple par les Juifs, en maintenant le contrôle de ce lieu, où est notamment située la mosquée al-Aqsa, par la Jordanie.

Un État « d’un seul tenant »

Les États-Unis proposent un État palestinien « d’un seul tenant », ce qui peut s’avérer être un casse-tête pour ce territoire morcelé par les colonies israéliennes et surtout constitué de deux blocs séparés par Israël, la bande de Gaza côté mer Méditerranée et la Cisjordanie côté oriental.

Le plan Trump propose donc « des réseaux de transport modernes et efficaces pour des déplacements faciles » aussi bien pour les personnes que pour les biens. Avec notamment une liaison ferroviaire à grande vitesse entre Gaza et la Cisjordanie.

Le sort des réfugiés

Donald Trump a voulu enterrer le droit des réfugiés palestiniens à rentrer sur le sol israélien s’ils appartiennent à des familles qui ont fui ces terres notamment lors de la guerre de 1967. Cette question était un vrai nœud dans toutes les tentatives précédentes de règlement pacifique, tant Israël n’en voulait pas.

« Les réfugiés palestiniens auront le choix entre vivre dans le futur État palestinien, s’intégrer dans les pays où ils résident actuellement, ou s’installer dans un pays tiers », affirme la Maison-Blanche.

Les États-Unis, qui ont cessé de contribuer à l’agence de l’ONU pour ces réfugiés (UNRWA) sous l’impulsion du milliardaire républicain, promettent de « travailler avec la communauté internationale » pour aider « généreusement » ce processus de réinstallation.

Quel soutien arabe ?

Donald Trump et Benyamin Nétanyahou ont insisté sur la présence, à la présentation du plan à la Maison-Blanche, des ambassadeurs d’Oman, de Bahreïn et des Émirats arabes unis, qu’ils ont chaleureusement remerciés. Le président américain a salué « l’incroyable travail qu’ils ont fait pour aider » à la mise en place de cette proposition de paix.

Les partisans de la démarche de la Maison-Blanche ont longtemps compté sur les relations nouées avec les monarques du Golfe et d’autres pays arabes pour qu’ils pressent les Palestiniens d’accepter le plan et tirer ainsi profit de son volet économique de 50 milliards de dollars d’investissements internationaux sur dix ans.

Mais la Jordanie a déjà exprimé ses réserves et la position de l’Arabie saoudite ou de l’Égypte risque aussi d’être peu enthousiaste.