En Afrique, le vaccin contre la COVID-19 n’est pas le seul à retenir l’attention de la population ces jours-ci. Bien au contraire. Le défi de l’heure ? Prévenir une nouvelle épidémie de polio en vaccinant des millions d’enfants dans des conditions des plus difficiles.

Augustine Passilly
Collaboration spéciale

(Khartoum) Après 11 années sans un seul cas sur son sol, le Soudan fait face à une recrudescence de poliomyélite. Le 8 août, deux échantillons se sont révélés positifs. Deux mois et demi plus tard, les autorités recensaient pas moins de 39 porteurs. Or, puisqu’il n’existe pas de traitement contre cette maladie parfois mortelle, vacciner le plus grand nombre s’impose comme la seule solution.

Raison pour laquelle la première phase d’une campagne coordonnée par l’Organisation mondiale de la santé (OMS), l’UNICEF et le ministère de la Santé se déroulera en principe à partir du 28 novembre, pour la première fois de manière simultanée dans les 18 États que compte ce pays d’Afrique de l’Est. Une opération titanesque : quelque 8,6 millions de doses seront administrées aux enfants de moins de 5 ans, particulièrement sensibles à cette maladie… en quatre jours seulement !

21 000 bénévoles

Cet objectif ambitieux risque toutefois de se heurter à plusieurs obstacles. Les vaccins ont beau être arrivés dans la capitale Khartoum le 1er octobre, le lancement de la campagne, initialement prévu le 26 octobre, a dû être décalé, deux fois plutôt qu’une. « Sur le plan technique, nous sommes prêts, mais il reste un énorme trou budgétaire », résume Mohammad Taufiq Mashal, qui gère les différents acteurs depuis les bureaux de l’OMS situés à Khartoum, précisant que l’instabilité de la monnaie locale tout comme la pénurie de carburant compliquent la tâche.

Pour limiter les dépenses, ce sont quelque 21 000 bénévoles – femmes et hommes – qui distribueront gratuitement les vaccins, deux gouttes déposées dans la bouche. Suleiman Gamal sera du nombre : il estime « important de participer à cet effort pour lutter contre la polio et d’autres maladies telles la rougeole ».

« Nous allons frapper à chaque porte en commençant par les zones les plus reculées pour nous diriger progressivement vers le centre des États », explique Mohammad Taufiq Mashal.

Antivaccins

Autre défi : les autorités soudanaises devront convaincre la population de ne pas céder aux arguments du mouvement anti-vaccin, alors que la nouvelle souche de poliovirus qui sévit en Afrique – dite de type 2 – est précisément dérivée d’un précédent vaccin. Le personnel médical, les chefs de communauté et autres représentants de culte joueront cette année un rôle majeur d’information auprès de la population.

Il faut « sensibiliser les parents en insistant sur le fait que le vaccin est sans danger, qu’il n’existe aucun traitement contre la polio et que cela représente donc la seule manière de protéger leurs enfants », résume Lina Mustapha, chargée de communication à l’OMS.

Cela dit, l’origine du poliovirus de type 2 ne remet pas en cause l’opération. En effet, c’est plutôt lorsque la population est sous-immunisée – si les enfants n’ont pas reçu suffisamment de rappels – que la version exécrée du virus peut continuer à se transmettre et, tout en se répliquant, muter génétiquement pour évoluer vers une forme plus dangereuse. Une vingtaine de pays d’Afrique tentent actuellement de vaincre ce virus dérivé du vaccin, alors que la « souche sauvage » vient d’être officiellement éradiquée du continent.

Et la COVID-19 ?

Le 11 novembre, l’OMS et l’UNICEF ont exhorté la communauté internationale à ne pas relâcher les efforts pour lutter contre la polio, en dépit du contexte sanitaire, craignant que la lutte contre la COVID-19 ne mine le combat contre d’autres maladies. Au Soudan, la pandémie a retardé la détection des premiers cas à cause « des restrictions de déplacement liées au confinement » ainsi qu’à « la réaffectation des laboratoires d’analyse pour les tests de COVID-19 », explique Salma Ismail, chargée de communication à l’UNICEF.

Un diagnostic posé plus tôt n’aurait cependant rien changé au sort du premier jeune Soudanais contaminé qui a contracté la forme la plus grave de la polio, une paralysie irréversible des quatre membres. De quoi achever de convaincre les parents de faire vacciner leurs enfants lors de cette opération, puis du rappel prévu un mois plus tard.

La polio en bref

La polio est une infection virale très contagieuse touchant principalement les enfants. Le virus se transmet par l’eau ou des aliments contaminés. Après s’être multiplié dans l’intestin, il envahit le système nerveux. Les symptômes initiaux sont de la fièvre, de la fatigue, des céphalées, des vomissements, une raideur de la nuque et des douleurs dans les membres. Dans un petit nombre de cas, la poliomyélite entraîne une paralysie, souvent définitive. La vaccination est le seul moyen de prévention.

Source : OMS