(Los Angeles) La Californie et plusieurs autres régions du monde, confrontées à une explosion du nombre d’infections à la COVID-19, adoptent à nouveau de sévères restrictions, tandis que l’OMS s’alarme de voir « trop de pays (aller) dans la mauvaise direction » et saper la confiance des populations faute de messages clairs.

Agnes PEDRERO avec les bureaux de l’AFP dans le monde
Agence France-Presse

La pandémie continue de s’aggraver avec au moins 569 879 morts dans le monde pour environ 13 millions de cas avérés, selon un bilan établi par l’AFP à partir de sources officielles lundi à 19 h GMT (15h HE).

Aux seuls États-Unis, 59 222 nouvelles infections ont été recensées au cours des dernières 24 heures, selon l’université Johns Hopkins. Elles portent le total à 3,36 millions. Particulièrement touchée, la Californie a ordonné lundi le retour à une « forme modifiée de notre consigne de “confinement” initial »,  a annoncé son gouverneur Gavin Newsom.

Au Royaume-Uni, un « scénario du pire raisonnable » élaboré par l’Académie des sciences médicales envisage désormais une deuxième vague qui pourrait faire jusqu’à 120 000 morts dans les hôpitaux du pays cet hiver.  Une « préparation intense » est jugée nécessaire dès à présent pour réduire les risques que le service public de santé, le NHS, ne soit submergé.

À Bogota en Colombie, « la rapidité avec laquelle la pandémie croît est alarmante », s’est émue la maire de la capitale, Claudia Lopez.  

Environ 3,5 millions de personnes sont à nouveau strictement confinées depuis lundi dans les deux principales villes, Bogota et Medellin. La Colombie est le 5e pays d’Amérique latine le plus affecté par la pandémie, en nombre de cas et de décès, après le Brésil, le Mexique, le Pérou et le Chili.

Hong Kong et le Québec ont également annoncé de nouvelles mesures pour tenter d’enrayer la contagion.

Les autorités du Turkménistan ont pour leur part recommandé lundi aux habitants de porter des masques contre la « poussière » et de respecter une distanciation sociale, tout en affirmant que le pays, l’un des plus fermés au monde, reste épargné par la pandémie.

« Mauvaise direction »

Pour le directeur général de l’Organisation mondiale de la santé (OMS), Tedros Adhanom Ghebreyesus, « les messages contradictoires des dirigeants sapent l’ingrédient le plus essentiel de toute réponse : la confiance », a-t-il déploré sans citer de noms.  

« Trop de pays prennent la mauvaise direction », a-t-il souligné. « Si les principes élémentaires ne sont pas suivis, cette pandémie ne pourra aller que dans une seule direction. Cela va aller de pire en pire », a-t-il mis en garde.

« Je veux être franc avec vous : il n’y aura pas de retour à l’ancienne normalité dans un avenir prévisible », a-t-il aussi prévenu.

La pandémie aggrave la faim dans le monde, selon l’Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO). Celle-ci touchait déjà l’an dernier environ 690 millions de personnes, 8,9 % de la population mondiale.  

« Si la tendance se poursuit, on estime que d’ici à 2030, ce nombre dépassera les 840 millions de personnes. Ça signifie clairement que l’objectif (d’éradiquer la faim d’ici à 2030, établi par l’ONU en 2015, NDLR) n’est pas en voie d’être atteint », a déclaré à l’AFP Thibault Meilland, analyste des politiques au sein de la FAO.

Reconfinement en Floride ?

La Californie, l’un des principaux foyers de la maladie aux États-Unis et premier État du pays à imposer un confinement général en mars, a annoncé lundi l’élargissement à tout l’État de la fermeture des bars, salles de restaurant en intérieur, cinémas, zoos et aquariums.

Le retour aux restrictions implique aussi la fermeture d’une série de lieux publics et commerces-parmi lesquels bureaux, centres commerciaux, coiffeurs et lieux de cultes - dans une trentaine de comtés à risque, dont Los Angeles.

À Los Angeles, les 600 000 élèves ont également appris lundi qu’ils ne retourneraient pas à l’école mi-août comme prévu, mais suivraient des cours à distance jusqu’à ce que la situation sanitaire s’améliore.

Dans tout le sud et l’ouest des États-Unis, comme au Texas ou en Floride qui connaissent eux aussi une explosion de COVID-19, des responsables locaux envisagent d’aller encore plus loin et de décréter un reconfinement, mais des désaccords politiques entre les différentes juridictions empêchent une réponse unifiée et cohérente.

De son côté, le président Donald Trump maintient sa ligne : « Quand on teste, on crée des cas », a-t-il déclaré lundi.

Le maire de Miami (Floride), Francis Suarez, pourtant lui aussi républicain, a quant à lui jugé nécessaire d’envisager un retour à des mesures de confinement, estimant que l’épidémie était « hors de contrôle ».

L’Amérique latine et les Caraïbes sont devenues lundi la deuxième région la plus touchée au monde par la pandémie, derrière l’Europe, avec plus de 144 840 décès officiellement recensés.  

Elle dépasse ainsi les bilans des États-Unis et du Canada (plus de 145 900 morts).

Le Brésil reste le pays le plus endeuillé de la région et dénombre à lui seul 72 833 décès. L’épidémie n’y connaît pas de répit : il est le pays à avoir enregistré le plus de nouveaux décès en 24 heures (733 morts).

Le président brésilien Jair Bolsonaro, en quarantaine depuis une semaine après avoir été testé positif au coronavirus, a annoncé lundi qu’il allait subir un nouveau test. « J’attendrai le résultat avec anxiété parce que je ne supporte pas cette routine de rester à la maison, c’est horrible », a-t-il déclaré.