Alors que la crise sanitaire a fait plus de 37 500 morts aux États-Unis, Donald Trump a annoncé la suspension du financement américain à l’Organisation mondiale de la santé, l’accusant de « mauvaise gestion » et de « dissimulation de la propagation du virus ». Mais quel est vraiment le rôle de l’OMS ? Et quelle part de vérité se cache derrière les critiques ?

Janie Gosselin Janie Gosselin
La Presse

Que fait l’OMS ?

L’agence des Nations unies pour la santé, qui a fêté ses 72 ans il y a quelques jours, a des bureaux dans six régions du monde et compte plus de 7000 employés. L’OMS émet des recommandations, dans les cas d’épidémie, par exemple, mais est aussi présente sur le terrain. « Dans beaucoup de pays en développement, l’OMS, avec les ONG, tient le système de santé », note François Champagne, professeur titulaire à l’École de santé publique de l’Université de Montréal. Lui-même travaille avec l’organisme depuis une trentaine d’années, à titre de consultant. « Mon expérience est que c’est une organisation qui est capable du meilleur comme du pire », dit-il. Le côté très bureaucratique de l’OMS est souvent montré du doigt. Sa capacité à réunir les sommités mondiales pour se pencher sur des problèmes de santé publique n’est cependant plus à prouver. L’organisme tente de faire preuve de plus de transparence depuis quelques années, entre autres avec ses élections.

Pourquoi Donald Trump s’en est-il pris à l’organisation ?

Donald Trump juge que l’organisation a mal géré la crise de la COVID-19 et a un parti pris pour Pékin. Le président américain a mal digéré les critiques de l’OMS sur sa décision d’interdire l’entrée en territoire américain des personnes provenant de Chine. Aux États-Unis, de nombreuses voix remettent en question sa propre gestion, alors qu’il tente d’apparaître sous un jour favorable en cette année électorale. La suspension du financement pourrait durer de 60 à 90 jours, le temps d’une étude « très approfondie ».

Le président Trump avait-il raison d’accuser l’OMS d’être sinocentriste ?

Alors que la Chine a mis du temps à transmettre l’information concernant un nouveau coronavirus, arrêtant même les médecins lanceurs d’alerte, le directeur général de l’OMS a tout de même salué le leadership des autorités chinoises dans ce dossier « et la transparence dont elles ont fait preuve ». Le Dr Tedros Adhanom Ghebreyesus a été critiqué pour ces propos. L'ancien ministre de la Santé éthiopien, qui a succédé en 2017 à la Dre Margaret Chan, de Hong Kong, avait l’appui de la Chine lors des élections à ce poste, rappelle le professeur Champagne. De là à dire qu’il est la marionnette de Pékin, c’est oublier le contexte géopolitique inévitable dans un tel organisme. « Est-ce qu’il a dit ça parce qu’il est dans la poche des Chinois ou c’était sa façon d’entrer dans le pays ? demande M. Champagne. L’OMS voulait envoyer une mission sur place [pour étudier le virus]. S’il n’avait pas eu cette attitude, on peut se demander s’il aurait eu accès. » Le directeur général du Programme pour les urgences de l’OMS, Michael Ryan, a affirmé que « toutes les actions » de l’agence seraient examinées plus tard.

Quel rôle l’OMS a-t-elle joué dans la pandémie ?

Au lendemain de la réception de l’information faisant état de cas de pneumonie à Wuhan, soit le 1er janvier, l’OMS a activé une cellule de gestion de crise. Elle a envoyé des experts sur place trois semaines plus tard, lorsqu’il est devenu de plus en plus clair que la transmission pouvait se faire d’humain à humain. L’OMS a aidé à la mise sur place d’une équipe de scientifiques internationaux pour se pencher sur le nouveau coronavirus ; leurs données continuent d’être utilisées. Elle a déclaré la pandémie le 11 mars.

Quel pourrait être l’impact du retrait de la contribution américaine ?

Le Dr Tedros Adhanom Ghebreyesus a réagi à l’annonce en disant que « l’OMS travaillera avec ses partenaires pour combler tout déficit financier ». Le retrait des États-Unis « laisse la porte grande ouverte » pour la Chine, qui a investi beaucoup d’organismes sur le plan international, notamment dans les branches de l’ONU, craint François Champagne. Une stratégie que les Américains vont peut-être vouloir réévaluer avant de retirer complètement le financement. Les États-Unis contribuaient à hauteur d’environ 400 millions US par an à l’OMS.

– Avec l’Agence France-Presse

Rectificatif:
Dans une version antérieure de ce texte, nous écrivions que le Dr Tedros Adhanom Ghebreyesus est médecin. Il a un doctorat, mais n’est pas médecin. Il a été ministre de la Santé en Éthiopie et a étudié la santé communautaire, l’immunologie et les maladies infectieuses, notamment. Nos excuses.