(Washington) La pandémie de COVID-19 a franchi jeudi un nouveau seuil, avec plus de 140 000 morts recensés dans le monde, et les pays occidentaux, particulièrement meurtris, soupçonnent la Chine d’avoir caché des informations sur l’origine du virus.

Charlotte PLANTIVE avec les bureaux de l'AFP dans le monde
Agence France-Presse

Pour tenter de freiner la course du coronavirus, environ 4,4 milliards d’êtres humains, soit près de 57 % de la population mondiale, sont actuellement confinés, sous état d’urgence ou contraints par leurs autorités à rester chez eux. Et cela pèse lourdement sur l’économie mondiale.

Tiraillées entre les impératifs sanitaires et l’urgence de minimiser les coûts sur l’emploi ou la croissance, les autorités avancent vers le déconfinement en ordre dispersé. Après la France ou l’Allemagne, le président américain Donald Trump doit révéler jeudi son plan pour faire redémarrer la première économie du monde.

Avec plus de 650 000 cas recensés et 32 000 morts, les États-Unis sont la nouvelle ligne de front. Avec des pans entiers de l’économie en sommeil, plus de 22 millions de personnes se sont inscrites au chômage au cours des quatre dernières semaines.

Mais c’est l’Europe, où le total des victimes s’approche des 100 000 morts, qui paie le plus lourd tribut. En dépit de « signes encourageants », le continent reste « dans l’œil du cyclone » et ne doit « pas baisser la garde » a mis en garde l’Organisation mondiale de la santé (OMS).  

Depuis son apparition dans la métropole chinoise de Wuhan (centre) en décembre, la maladie a infecté plus de deux millions de personnes à travers le monde dont la moitié en Europe.

Chauve-souris

Son origine a fait l’objet d’intenses spéculations jeudi. « Nous menons une enquête exhaustive sur tout ce que nous pouvons apprendre sur la façon dont ce virus s’est propagé, a contaminé le monde », a déclaré le chef de la diplomatie américaine Mike Pompeo.

« Il y a manifestement des choses qui se sont passées qu’on ne sait pas », a embrayé le président français Emmanuel Macron, dans un entretien au Financial Times.

PHOTO YOAN VALAT, ASSOCIATED PRESS

Le président français Emmanuel Macron

Le Royaume-Uni a également averti la Chine qu’elle devrait répondre à des « questions difficiles sur l’apparition du virus.

Le nouveau coronavirus est soupçonné d’être apparu dans un marché en plein air de Wuhan où des animaux exotiques étaient vendus vivants. D’origine animale et proche d’un virus présent chez des chauves-souris, il aurait pu s’y transmettre à l’Homme et muter.

Mais des médias américains ont ouvert une autre piste.

Selon le Washington Post, l’ambassade des États-Unis à Pékin avait alerté Washington il y a deux ans sur les mesures de sécurité insuffisantes dans un laboratoire local qui étudiait les coronavirus chez les chauves-souris.

Et d’après Fox News, le coronavirus actuel émanerait de ce laboratoire, même s’il s’agirait bien d’un virus naturel — et non un agent pathogène créé par les Chinois —, et que sa » fuite « serait involontaire, conséquence de mauvais protocoles de sécurité.

Un porte-parole de la diplomatie chinoise, Zhao Lijian, a balayé ces accusations. « De nombreux experts médicaux réputés dans le monde estiment que l’hypothèse d’une prétendue fuite n’a aucune base scientifique », a-t-il déclaré.

L’administration Trump a dénoncé à plusieurs reprises le manque de transparence de la Chine, voire une opération de » dissimulation « de Pékin sur la gravité du virus.  

Parade russe reportée

Arguant du ralentissement des admissions en soins intensifs et des hospitalisations, plusieurs pays européens ont commencé à élaborer leurs plans de déconfinement et même à assouplir quelques mesures.

La Suisse a annoncé jeudi un déconfinement » progressif « à compter du 27 avril, tandis que l’Allemagne compte rouvrir prochainement certains magasins et, à partir du 4 mai, écoles et lycées.

Mercredi, près de la moitié des écoliers du Danemark ont retrouvé leur classe. L’Autriche a rouvert mardi ses petits commerces non essentiels et l’Italie, deuxième pays le plus affecté au monde avec plus de 21 000 morts, a rouvert certaines boutiques.

En Espagne (plus de 19 000 morts), une partie des salariés ont repris le chemin du travail. Mais le confinement devrait être prolongé au-delà du 25 avril.  

La France, qui déplore près de 18 000 morts, prépare aussi son plan de déconfinement progressif à partir du 11 mai, avec cependant des interrogations sur la réouverture des écoles, soulevées par les syndicats d’enseignants.

Mais l’OMS a souligné que » les faibles signaux positifs observés dans certains pays « européens étaient » atténués par des chiffres constants ou accrus dans d’autres, dont le Royaume-Uni, la Turquie, l’Ukraine, la Biélorussie et la Fédération de Russie « .

De fait, 861 décès supplémentaires ont été enregistrés ces dernières 24 heures au Royaume-Uni (près de 14 000 morts au total) et le gouvernement a décidé de prolonger le confinement » pour au moins trois semaines « .

La Russie bat chaque jour de nouveaux records d’infections (27 938 malades et 232 morts), alors que les Moscovites respectent peu le confinement.  

Le président Vladimir Poutine s’est résolu à reporter la grande parade militaire du 9 mai, grand-messe patriotique célébrant la victoire sur l’Allemagne nazie en 1945. » Les risques liés à l’épidémie […] sont encore extrêmement élevés […] «, a-t-il reconnu.

Morgue

Aux États-Unis, Donald Trump entend relancer la machine économique au plus vite et doit présenter jeudi sa feuille de route. Selon les médias américains, elle prévoit une réouverture graduelle en trois phases.

 « Nous allons rouvrir des États, certains États beaucoup plus tôt que d’autres. Certains États pourraient en fait ouvrir avant l’échéance du 1er mai », a assuré le président milliardaire, estimant que les États-Unis avaient probablement « passé le pic » des nouveaux cas.

New York, la capitale économique du pays, la plus touchée, restera confinée au moins encore un mois, a déjà fait savoir son gouverneur, inquiet d’un relâchement trop hâtif de la vigilance.

Dans la métropole, les crémations ont plus que doublé et les enterrements quintuplé. Green-Wood, son plus grand cimetière, est arrivé à la limite de ses capacités. Encore plus tragique : dix-sept corps empilés ont été découverts dans la morgue d’une maison de retraite du New Jersey voisin.

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Green-Wood, le plus grand cimetière de New York, est arrivé à la limite de ses capacités.

Au Brésil, où les hôpitaux sont au bord de la saturation, la crise sanitaire s’est doublée d’une crise politique : le président Jair Bolsonaro a limogé son populaire ministre de la Santé, avec lequel il était en désaccord total sur les moyens de faire face à la pandémie.

 « Choc historique » 

Les dirigeants des pays du G7 se sont engagés jeudi, lors d’une réunion en visioconférence, à travailler ensemble à la réouverture de leurs économies paralysées par la pandémie.

Une grande partie de leurs échanges » a porté sur le manque de transparence et la mauvaise gestion systématique de la pandémie par l’OMS «, a affirmé dans un communiqué l’exécutif américain.  

Washington accuse l’OMS de s’être alignée sur les positions chinoises, et a suspendu les fonds américains à l’agence onusienne pour sa « mauvaise gestion » de l’épidémie.  

Le marché pétrolier mondial subit quant à lui « un choc historique, brutal, extrême et d’ampleur planétaire », selon l’OPEP, qui prévoit un effondrement « historique » de la demande mondiale de pétrole en 2020.