Face à l'immobilisme du Congrès en matière d'immigration, de nombreuses villes américaines ont décidé d'offrir aux immigrés clandestins services et protections, refusant notamment de les dénoncer aux autorités fédérales en raison de leur entrée illégale aux États-Unis. San Francisco, l'une de ces «villes sanctuaires», est cependant sur la sellette à la suite du meurtre d'une femme de 32 ans dont l'auteur présumé est un clandestin qui avait été libéré en avril malgré un passé criminel et cinq expulsions vers le Mexique.

Publié le 8 juill. 2015
Richard Hétu

Au nombre des critiques de San Francisco se trouvent le républicain Donald Trump et les démocrates Dianne Feinstein, sénatrice de Californie et ancienne mairesse de la ville, et Hillary Clinton, candidate présidentielle. «La ville a commis une erreur en n'expulsant pas une personne que le gouvernement fédéral avait identifié comme une priorité en matière d'expulsion», a déclaré Clinton hier lors d'une entrevue sur CNN.

Trump estime de son côté que cette tragédie confirme ses propos sur la criminalité des clandestins.

Une porte-parole d'Ed Lee, maire de San Francisco, a expliqué au San Francisco Chronique que le statut de «ville sanctuaire» n'empêchait pas les autorités locales de collaborer avec les autorités fédérales après l'arrestation d'un immigré clandestin déjà condamné pour un crime sérieux.

Juan Francisco Lopez-Sanchez, 45 ans, devait être expulsé une sixième fois vers le Mexique après avoir été arrêté et détenu pendant 46 mois dans le comté de San Bernardino pour séjour illégal aux États-Unis. Or, il a été transféré en mars dans le comté de San Francisco, où il devait répondre à une accusation de vente illégale de marijuana remontant à 20 ans (cette infraction criminelle concernant une transaction d'une valeur de 20$ avait préséance sur la cause civile d'immigration).

Les autorités de l'immigration ont demandé à la ville de San Francisco de maintenir Lopez-Sanchez en détention après le règlement de l'affaire de marijuana. Mais Lopez-Sanchez a été relâché le 15 avril (après qu'un juge eut classé l'affaire de marijuana), conformément à la politique de San Francisco de ne pas remettre aux autorités fédérales des personnes pour seule cause de statut illégal.

Mercredi dernier, armé d'un revolver appartenant à un agent fédéral dont la voiture avait été dévalisée fin juin, Lopez-Sanchez aurait tué Kathryn Steinle, une résidante de San Francisco, qui se promenait le long d'un quai de la ville avec son père. Lors d'une interview télévisée, il a semblé avoué le crime en affirmant avoir ouvert le feu par accident ou mal visé en ciblant des phoques alors qu'il était sous l'influence de somnifères trouvés dans une poubelle. Il a précisé qu'il avait découvert l'arme, enveloppée dans une chemise, quelques minutes auparavant.

Il a cependant plaidé non coupable devant un juge hier.

Le principe de ville «sanctuaire» a des défenseurs parmi les chefs de police américains, dont celui de New York, qui jugent nécessaire la collaboration de clandestins pour dénoncer des crimes ou témoigner dans des procès. D'autres défenseurs estiment qu'il serait injuste de remettre aux autorités fédérales les clandestins qui contribuent à l'économie de leurs villes pendant que le Congrès est paralysé face au dossier de l'immigration illégale.