Michael Flynn s'est vu confier le poste névralgique de conseiller à la sécurité nationale de la Maison-Blanche malgré le fait qu'il ait informé l'équipe de transition de Donald Trump qu'il faisait l'objet d'une enquête du FBI pour avoir travaillé secrètement comme lobbyiste pour le compte de la Turquie pendant la campagne présidentielle.

Publié le 18 mai 2017
Richard Hétu

Selon un article du New York Times, le général à la retraite a évoqué ses activités secrètes pour le compte d'une puissance étrangère le 4 janvier lors d'une rencontre avec le conseiller juridique de l'équipe de transition, Don McGahn, aujourd'hui conseiller juridique de la Maison-Blanche.

McGahn a sûrement refilé l'information à Mike Pence, responsable de l'équipe de transition. Celui-ci l'a-t-il relayée à Donald Trump? A-t-il haussé les épaules quand Donald Trump a insisté pour embaucher Flynn? Chose certaine, le vice-président ne sort pas grandi de cette histoire, pas plus que le président.

Flynn a été congédié 24 jours après avoir assumé ses fonctions de conseiller à la sécurité nationale pour avoir menti au vice-président Mike Pence et à d'autres personnes sur la nature de ses contacts avec l'ambassadeur de Russie aux États-Unis. Le lendemain de son renvoi, le président Trump aurait demandé au directeur du FBI James Comey de clore l'enquête sur Flynn.

Flynn est également au nombre des proches de Trump dont les liens avec la Russie intéressent le FBI. Il a accepté 600 000$ pour promouvoir les intérêts de la Turquie aux États-Unis sans s'inscrire en tant qu'agent étranger auprès du ministère de la Justice, comme l'exige la loi.

Le Times n'est pas le seul média à s'intéresser au cas Flynn aujourd'hui. L'agence Reuters révèle que le général retraité et d'autres membres de l'entourage du président ont eu au moins 18 contacts - courriels et appels téléphoniques - avec des responsables russes, dont l'ambassadeur de Russie aux États-Unis, durant les sept derniers mois de la campagne présidentielle de 2016.

Ces contacts, qui n'avaient pas été révélés auparavant, se sont accélérés après l'élection de Donald Trump, surtout entre Flynn et l'ambassadeur de Russie à Washington, Sergueï Kislyak. Ils portaient notamment sur une amélioration des relations économiques entre la Russie et les États-Unis compliquées par les sanctions qui visent Moscou depuis l'annexion de la Crimée au printemps 2014. Des extraits du reportage de Reuters :

Les deux hommes entendaient établir un canal de communication secret entre Donald Trump et Vladimir Poutine afin de court-circuiter l'administration de la sécurité nationale américaine que les deux présidents considéraient comme hostile à une amélioration des relations entre les États-Unis et la Russie, indiquent quatre responsables américains en fonction.

La Maison-Blanche a d'abord démenti en janvier tout contact avec des responsables russes au cours de la campagne 2016. Depuis, la position de la présidence a évolué et la Maison-Blanche a confirmé quatre rencontres entre Kislyak et des conseillers de Trump au cours de la campagne. (...)

L'examen du contenu des contacts entre l'équipe de campagne de Trump et des représentants russes n'a pas permis d'établir pour l'instant d'infraction, ont indiqué les sources ayant eu accès aux documents.

Les 18 contacts entre l'entourage de Trump et la Russie durant la campagne présidentielle ont eu lieu alors que

la Russie tentait d'influencer l'issue du scrutin et de favoriser Donald Trump au détriment d'Hillary Clinton, jugée plus hostile aux intérêts russes, selon un rapport du renseignement américain en janvier.

Ces contacts intéresseront sans doute Robert Mueller, le nouveau procureur spécial chargé de superviser l'enquête du FBI sur l'ingérence russe dans l'élection présidentielle et les liens entre l'entourage de Donald Trump et la Russie.

P.S. : L'agence McClatchy publie une histoire troublante concernant Flynn. À dix jours de l'investiture de Donald Trump à la présidence, le général à la retraite aurait réussi à empêcher l'administration Obama de mettre en branle une offensive contre Raqqa, bastion du groupe État islamique en Syrie. McClatchy précise que la Turquie s'opposait à une telle offensive.

Certains membres du Congrès, qui ont été mis au courant de l'échange entre Flynn et des membres de l'administration Obama sur cette affaire, utilisent le mot «trahison» pour décrire le comportement du général à la retraite qui avait reçu des centaines de milliers de dollars de la Turquie pour devenir un de ses lobbyistes aux États-Unis.