La carrière politique de Barack Obama est jalonnée de quatre grands discours qui l'ont catapulté au seuil de la Maison-Blanche. Le cinquième déterminera peut-être s'il y entrera à titre de président.

Richard Hétu

Ce soir, devant plus de 75 000 personnes à Denver et des dizaines de millions de téléspectateurs d'un bout à l'autre des États-Unis, le sénateur de l'Illinois prononcera son discours d'acceptation de l'investiture démocrate. Il est devenu hier le premier candidat noir d'un grand parti américain à la Maison-Blanche.

«Je ne suis pas contre toutes les guerres, je suis contre les guerres stupides», avait déclaré Barack Obama à Chicago le 2 octobre 2002, exprimant son opposition à une intervention américaine en Irak. Ce discours, prononcé par un obscur politicien d'Illinois, allait jouer un rôle crucial dans son triomphe inattendu sur Hillary Clinton dans la course à l'investiture démocrate.

«Il n'y a pas une Amérique libérale et une Amérique conservatrice, il n'y a que les États-Unis d'Amérique. Il n'y a pas une Amérique noire, une Amérique blanche, une Amérique latino et une Amérique asiatique, il n'y a que les États-Unis d'Amérique», avait dit Barack Obama le 27 juillet 2004 sur la scène de la convention démocrate de Boston.

Intitulé «L'audace d'espérer», ce discours est celui dont les Américains ont gardé le plus vif souvenir. Il leur a révélé un jeune politicien à la fois éloquent et charismatique qui semblait être l'incarnation du rêve américain.

Quatre ans plus tard, Barack Obama devra convaincre ses compatriotes qu'il peut passer du rêve à la réalité.

«Le discours est différent», a-t-il déclaré au début de la semaine en parlant de son allocution de ce soir. «Je ne vise pas les hauteurs rhétoriques. Je veux expliquer comment je veux aider les familles de la classe moyenne.»

Comme à la convention démocrate de 2004, Barack Obama a écrit lui-même la majeure partie de son discours, s'isolant dans une chambre d'hôtel de Chicago au cours du dernier week-end pour le peaufiner. Il a reçu l'aide de son stratège principal, David Axelrod, ancien journaliste, et de Jon Favreau, qui a contribué à plusieurs de ses allocutions depuis 2004.

Son cinquième discours majeur survient à un moment d'anxiété au sein de sa campagne. Ce climat ne lui est pas inconnu. Le 10 novembre 2007, Barack Obama était loin dans les sondages derrière Hillary Clinton lorsqu'il s'est adressé à quelque 9000 militants démocrates à Des Moines, en Iowa. Son discours, qui avait électrisé la foule, lui avait permis de définir sa campagne contre Hillary Clinton.

Le 18 mars dernier, à Philadelphie, le sénateur de l'Illinois avait également réussi à effacer les doutes et les craintes de ses partisans en prononçant son discours sur la question raciale après avoir rompu avec son pasteur, Jeremiah Wright, qui l'avait mis dans l'embarras avec une série de déclarations incendiaires.

Ce soir, la marge d'erreur de Barack Obama sera minime, voire inexistante. Les républicains ont déjà commencé à se moquer des colonnes grecques qui décoreront le fond de la scène où il prendra la parole. Ces colonnes serviront peut-être à évoquer le Lincoln Memorial, devant lequel, il y a 45 ans jour pour jour, Martin Luther King prononça son discours sur le thème «J'ai un rêve».

Il faut croire que Barack Obama ne laissera pas son éloquence au vestiaire. Reste à voir si son discours atteindra la cible visée.

De son côté, John McCain a réaffirmé jeudi que Barack Obama n'était «pas la bonne personne» pour présider l'Amérique.

«Je ne pense pas que ce soit la bonne personne pour l'Amérique», a déclaré John McCain sur la station KDKA News Radio de Pittsburgh. Le candidat républicain a dit admirer et respecter son adversaire, mais «je pense que je suis plus en phase avec le peuple américain en ce qui concerne ma politique, mes propositions et mes idées», a-t-il ajouté.