Discrète pendant les récentes tensions sociales qui ont agité la Côte d'Ivoire, l'opposition a haussé le ton vendredi pour dénoncer avec force le projet du président Laurent Gbagbo de remanier le gouvernement, à quatre mois de la présidentielle.

Frédéric Jeammes

Les responsables de quatre partis d'opposition, dont les deux poids lourds de la scène nationale, l'ancien chef de l'État Henri Konan Bédié et l'ex-premier ministre Alassane Ouattara, se disent «indignés» par les propos tenus mardi par Laurent Gbagbo.

Ce dernier a déclaré qu'il ne voulait plus continuer avec le gouvernement de transition constitué peu après la signature en mars 2007 de l'accord de paix de Ouagadougou.

M. Gbagbo dit en avoir parlé au premier ministre Guillaume Soro, chef de l'ex-rébellion des Forces nouvelles (FN) et cosignataire de l'accord.

Réunis à Daoukro, à 250 km au nord d'Abidjan, chez M. Bédié, les chefs de file de l'opposition ont peu goûté l'argument de M. Gbagbo selon lequel, en tant que président de la République, il disposait des «armes institutionnelles» pour changer d'équipe.

Le «mandat constitutionnel» de Laurent Gbagbo, élu en 2000 lors d'une élection très contestée, «est échu depuis 2005», ont rappelé ses opposants.

Son maintien au pouvoir, ont-ils poursuivi, a été rendu possible par les «arrangements politiques» issus de l'accord de Ouagadougou et des précédents accords, qui attribuent justement une place à leurs partis.

Ces formations ont donc marqué une «opposition nette et formelle à toute idée de dissolution du gouvernement».

En cas de remaniement, l'ex-président Bédié s'est fait menaçant, affirmant que leurs partis en tireraient «toutes les conséquences».

Un resserrement de l'équipe toucherait en premier les ministres de l'opposition, dont l'un est justement candidat à la présidentielle du 30 novembre et un autre directeur de campagne d'Alassane Ouattara.

Laurent Gbagbo explique de son côté qu'«on ne peut pas être à la fois gouvernant et opposant».

Il affirme que certains ministres se sont retrouvés «la nuit pour critiquer (et) comploter» contre les résolutions prises par le gouvernement lors des grèves des taxis d'Abidjan et de la principale centrale syndicale, survenues après le renchérissment des carburants le 7 juillet.

À Daoukro, l'opposition s'est montrée aussi plus virulente sur la politique économique du président Gbagbo, affirmant qu'elle partageait «les souffrances du peuple».

Alors qu'elle avait attendu cinq jours pour réagir aux mouvements de protestation contre les prix à la pompe, elle a en revanche anticipé sur la grève générale illimitée annoncée à compter du 31 juillet, exprimant déjà «sa solidarité avec les travailleurs».

Le salut ne pourra venir que de la tenue d'«élections démocratiques», a répété l'opposition. Ses chefs de file se disent «préoccupés» par les retards dans l'organisation du scrutin présidentiel, qui figure aussi dans l'accord de Ouagadougou.

Le parti de M. Gbagbo, le Front populaire ivoirien (FPI), a pris immédiatement le contrepied de l'opposition en expliquant vendredi être favorable à un remaniement.

Ce sujet sera sûrement abordé pendant la visite d'État que M. Gbagbo va entamer dimanche au Burkina Faso. «Facilitateur» dans le dialogue inter-ivoirien, le président Blaise Compaoré peut en effet arbitrer, selon l'accord de Ouagadougou, un éventuel litige sur son interprétation ou sa mise en oeuvre.