Marc-André Lussier LA PRESSE

Steve Carell et Paul Rudd reprennent dans Dinner for Schmucks les rôles créés au cinéma par Jacques Villeret et Thierry Lhermitte dans Le dîner de cons. N'ayant jamais vu le film original, les deux comédiens proposent une vision différente.

Tous les artisans de Dinner for Schmucks insistent: leur film est «inspiré» par Le dîner de cons; il n'en est pas un remake.

«De toute façon, je n'ai même pas encore vu le film français! a déclaré Steve Carell au cours d'une conférence de presse tenue récemment à Los Angeles. Donc, je ne sais même pas de quoi on parle! À vrai dire, je préfère de loin ne rien savoir de l'oeuvre originale et plutôt arriver avec un regard neuf. À ce jour, je n'ai toujours pas vu un seul épisode de la version britannique de The Office. Comme je quitte l'émission à la fin de cette septième saison, peut-être m'y mettrai-je enfin!»

Quand il a été pressenti pour assurer la réalisation de cette adaptation américaine, Jay Roach a évidemment fait ses devoirs. Reconnu pour ses comédies populaires (Austin Powers, Meet the Parents), le cinéaste s'est empressé de voir Le dîner de cons, film que Francis Veber avait tiré de sa propre pièce. Il a bien failli ne pas s'en remettre.

«Je savais que ce projet d'adaptation circulait à Hollywood depuis un bon moment, explique Roach. Plusieurs scénarios avaient déjà été écrits. Avant de voir le film original, j'ai préféré remettre les compteurs à zéro, histoire d'arriver avec l'esprit le plus ouvert possible. J'ai quand même tenu à me familiariser avec l'oeuvre dont nous allions nous inspirer, d'autant plus que je porte Francis Veber en très haute estime. Surtout depuis que j'ai vu La cage aux folles, dont il avait signé le scénario. À mon avis, Francis est à la France ce que Mike Nichols est à l'Amérique.»

Un troisième acte

Roach ne prévoyait toutefois pas être subjugué à ce point par le film. Il est même venu bien près de tout abandonner. «Le dîner de cons est un film parfait! dit-il. À mon sens, il était pratiquement impossible d'en faire un remake tellement l'original est bon. Je ne pouvais même pas penser à essayer d'égaler cela!»

À ses yeux, la seule porte de sortie consistait à utiliser la trame du film de Veber comme base et à y ajouter un troisième acte: la scène du fameux dîner, inexistante dans l'original.

Cet acte supplémentaire a permis au réalisateur de se faire plaisir, ses films comportant souvent des scènes de repas. «Quand des gens sont réunis autour d'une table, cela donne habituellement des scènes comiques très efficaces, car les personnages sont coincés dans un espace où ils se font face. Ils ne peuvent pas fuir. Dans le cas de Dinner for Schmucks, cela nous donnait un beau prétexte pour présenter tous les «cons» invités par les convives et pour leur faire faire leur numéro!»

Bruce Greenwood, interprète du grand patron initiateur du fameux dîner, loue la manière qu'a trouvée le réalisateur de ne pas céder à la méchanceté.

«Avec un tel point de départ, le récit aurait pu verser dans la cruauté, fait remarquer l'acteur canadien. Or, c'est tout le contraire qui se passe. Ce film a du coeur.»

À cet égard, Roach estime que l'esprit du film original - même s'il a du coeur aussi - ne pouvait être transposé.

«Ce n'était pas tant une question de s'adapter au public américain que de l'impossibilité de transposer ailleurs un esprit très parisien, explique-t-il. Même si le film original peut sembler plus cynique que le nôtre, il reste qu'on y dénotait quand même une vulnérabilité tangible. Et une véritable émotion. On voulait préserver cela. À notre manière.»

Des accords vite conclus

Paul Rudd ne s'est posé aucune question quand l'offre est arrivée. «J'ai lu le scénario, j'ai vu qui était derrière ce projet et voilà. Quand une comédie de cette qualité nous est proposée, on accepte d'emblée. Le plus grand défi a été de ne pas gâcher les scènes avec des fous rires. Nous n'y sommes pas toujours parvenus!»

Steve Carell avance pratiquement les mêmes raisons.

«J'avais en plus envie de travailler avec Paul depuis longtemps, complète-t-il. J'ai tout de suite adoré l'histoire et les zones grises qu'elle comporte. Même si ça ne semble pas se diriger de ce côté au début, il y a quelque chose de très humain et de très empathique dans ce récit. On m'a dit que Jacques Villeret était extraordinaire dans le film original. Je le verrai sûrement un jour.»

«De mon côté, j'ai préparé mon rôle en regardant la version britannique de The Office!» conclut Paul Rudd.

Dinner for Schmucks (Le dîner de cons en version française) prend l'affiche le 30 juillet. Les frais de voyage ont été payés par Paramount Pictures.