Pendant la pandémie, notre journaliste vous propose chaque semaine trois films de répertoire à (re) découvrir.

Marc-André Lussier Marc-André Lussier
La Presse

Cinéma d’ici : Parlez-nous d’amour (1976)

Jean-Claude Lord

Massacré par la critique et ignoré par le public lors de sa sortie en 1976, ce brûlot de Jean-Claude Lord a aujourd’hui le statut de film culte.

Mettant en vedette Jacques Boulanger, qui a ensuite regretté sa participation tellement la distinction entre l’homme et le rôle était difficile à faire aux yeux du public, Parlez-nous d’amour relate le parcours de Jeannot, un populaire animateur dégoûté par son métier, surtout à cause de tout ce qui se passe dans les coulisses de son émission de variétés.

Des chanteuses « prometteuses » exploitées sexuellement par des producteurs véreux jusqu’aux pots-de-vin aux recherchistes, en passant par les marchandages en tous genres avec les journaux à potins et les téléthons truqués, tout y passe.

Comme si la charge n’était déjà pas assez violente, on évoque, en prime, le profond mépris qu’entretiennent des décideurs et des artisans envers un public qu’ils flattent pourtant dans le sens du poil dès que s’allume la caméra.

Michel Tremblay signe les dialogues assassins de ce film dans lequel on voit pratiquement tous les plus grands acteurs de l’époque. Mention spéciale au regretté Benoît Girard dans le rôle d’un chanteur de charme...

À voir sur Illico et iTunes.

Cinéma d’ailleurs : Un mauvais fils (1980)

CAPTURE D’IMAGE

Un mauvais fils de Claude Sautet

Claude Sautet

Film très rare au Québec, Un mauvais fils a marqué une nouvelle étape dans le cinéma de Claude Sautet. Après ses films phares des années 70, des Choses de la vie à Une histoire simple en passant par César et Rosalie, celui dont on a dit qu’il s’intéressait à la « bourgeoisie d’affaires » creuse cette fois une relation entre un père et son fils.

Le sexagénaire est un ouvrier, veuf depuis deux ans, le trentenaire revient des États-Unis après avoir purgé là-bas une peine d’emprisonnement pendant quelques années. Si le ton est différent des films précédents du réalisateur de Vincent, François, Paul et les autres, le style est quand même reconnaissable, notamment dans les scènes d’interactions sociales se déroulant dans des restaurants ou des brasseries.

Dans le rôle du père, Yves Robert impose une présence à la fois rugueuse et fragile, face à un Patrick Dewaere bouleversant de vulnérabilité. Deux ans avant sa mort tragique, cet acteur d’exception, qui tournait avec Sautet une première fois, offre ici l’une de ses plus belles compositions.

Notez qu’Un mauvais fils ne se trouve sur aucun support au Québec, ni sur les plateformes ni en DVD. Ce passage à la télé en devient d’autant plus précieux.

À la télé : Studiocanal (26 mars à 20h, 28 mars à 0 h 58 et 16 h, 31 mars à 11 h 05).

Hollywood : West Side Story (1961)

CAPTURE D’ÉCRAN

West Side Story de Robert Wise et Jerome Robbins

Robert Wise et Jerome Robbins

En attendant la nouvelle version de cette célèbre comédie musicale que proposera Steven Spielberg à la toute fin de l’année, revoyons la toute première adaptation cinématographique du spectacle créé à Broadway en 1957, lauréate de 10 Oscars.

Coréalisé par le chorégraphe Jerome Robbins et le cinéaste Robert Wise (The Sound of Music), West Side Story, sorti en 1961, a marqué les esprits grâce à sa modernité, tant dans les chorégraphies que dans la mise en scène.

La longue scène d’introduction, qui commence avec cette impressionnante vue aérienne des gratte-ciel de New York (inédite à l’époque), donne le ton d’un film qui s’étend sur plus de 2 h 30 en alignant des scènes d’anthologie.

En plus d’un mariage parfait entre les paroles de Stephen Sondheim, qui vient tout juste de célébrer son 90e anniversaire de naissance, et les musiques de Leonard Bernstein, cette comédie musicale, inspirée de Roméo et Juliette de Shakespeare, se distingue aussi en abordant la question raciale aux États-Unis, toujours aussi d’actualité près de 60 ans plus tard.

À voir sur iTunes. Aussi en Blu-ray/DVD.