Pour un film musical réalisé par un chorégraphe, Adam Shankman (Hairspray), Rock of Ages manque singulièrement de spectaculaire dans ses chorégraphies. Pour une comédie romantique ayant un propos aussi mince, Rock of Ages, adaptation du spectacle éponyme installé sur Broadway depuis quatre ans, s’étire indûment.

Sonia Sarfati LA PRESSE



Et pourtant, façon Mamma Mia!, impossible de résister à son charme si, dans les années 80, on s’est secoué la tête à s’en déboîter le cou pour accompagner Twisted Sister sur We’re Not Gonna Take It, Jefferson Starship sur We Built This City ou Journey sur Don’t Stop Believin’. Et on peut regretter le manque de punch de la chorégraphie de Catherine Zeta-Jones et des dames en colère sur Hit Me With Your Best Shot de Pat Benatar, on finit par en rire parce que de toute manière, rien ne peut battre le spectacle que l’on donnait «dans le temps».

Bref, selon bien des critères, Rock of Ages n’est pas un grand film. Mais un plaisir coupable en perspective pour qui veut bien jouer le jeu et s’ouvrir à cette comédie musicale juke-box qui suit, en 1987, l’arrivée à Hollywood d’une fille de la campagne (Julianne Hough, Footloose) qui, à sa descente d’autobus sur le légendaire Sunset Strip, rencontre un gentil garçon (Diego Boneta) rêvant comme elle de faire carrière sur scène. Ça tombe bien: il travaille au Bourbon Room, bar où se font des carrières, où il lui trouve un emploi de serveuse.

Sauf que le club est menacé par la femme du maire (Catherine Zeta-Jones), qui veut faire fermer ce lieu de perdition. Pour sauver les meubles, le propriétaire des lieux et son acolyte preneur de son (Alec Baldwin et Russell Brand, façon drôle de couple en délire) comptent sur un dieu du rock (Tom Cruise dans une performance aussi étonnante que celles qu’il a livrées dans Magnolia et Tropic Thunder) qui a commencé sa carrière là et y donnera son dernier spectacle. S’il survit à la publication d’un article «vitriolique» signé par une journaliste (Malin Akerman) qui n’a pas la plume (ni la langue) dans sa poche.

Des décors (le Bourbon, le club d’effeuilleuses tenu par Mary J. Blige, les environs des lettres mythiques formant Hollywood) aussi bien roulés que les demoiselles qui les habitent. Des chorégraphies amusantes, mais qui manquent en général de tonus et de brillant. Et un scénario bien mince servant de prétexte à pousser la chanson. Mais là, tous les acteurs s’en donnent à cœur joie, s’en tirent fort bien et leur plaisir est extrêmement contagieux. Alors, finalement, plutôt que plaisir coupable, pourquoi ne pas y aller avec plaisir assumé?

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ROCK OF AGES (V.F. : L’ÈRE DU ROCK). Comédie musicale d’Adam Shankman. Avec Tom Cruise, Julianne Hough, Diego Boneta, Alec Baldwin, Catherine Zeta-Jones. 2 h 03.