Rouge, orange ou jaune : la couleur n'y change rien. Ces formes cursives et ondoyantes n'ont plus d'âge. En fait, elles en ont un: 6 ans. Aussi bien écrire une éternité dans un milieu comme l'automobile.

Éric LeFrançois, collaboration spéciale
Éric LeFrançois, collaboration spéciale LA PRESSE

Maintenir en vie un modèle aussi ancien, surtout lorsqu'il s'agit d'un cabriolet censé évoquer l'émotion, relève de la gageure. Mitsubishi pourrait y parvenir au prix d'une adaptation constante aux évolutions du marché, mais le constructeur japonais ne fait rien.

 

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Lancée près d'un an après le coupé Eclipse, la version décapotable du même nom entreprend sa cinquième saison dans les salles d'exposition. Aussi bien dire une éternité. En affichant une ligne craquante, sans trahir la silhouette de l'Eclipse, puisque la forme de la capote épouse celle du toit d'origine. Il a toutefois fallu ajouter des renforts (et une centaine de kilos) pour préserver un soupçon de rigidité à cette caisse qui, avec ou sans toit, demeure perfectible.

 

À l'oeil, l'Eclipse paraît étonnamment plus compacte qu'elle ne l'est en réalité. Pourtant, elle est difficile à garer. La visibilité arrière est presque nulle (une caméra de recul loge cependant dans le rétroviseur central pour faciliter les manoeuvres) et ce coupé braque mal, incitant à s'y reprendre deux fois plutôt qu'une pour se glisser dans l'un des couloirs dessinés sur le tarmac du centre commercial. Des détails? Il fait beau et la capote, peu compliquée, ne demande qu'à se replier. D'ailleurs, elle se glisse, automatiquement, dans un écrin en un peu moins de 20 secondes. Mais la fée électrique ne se charge pas de tout. Il faut toujours manoeuvrer «à la mitaine» les deux points d'ancrage situés sous le pare-soleil pour exposer l'habitacle à la lumière ou pour le plonger dans la pénombre.

 

On se glisse aisément aux places avant. Ça se gâte cependant pour ceux qui seront invités à prendre place à l'arrière. Un véritable supplice. Mais comme il ne s'agit pas d'un critère déterminant dans cette catégorie et étant donné la nature 2"2 de la Mitsubishi, il n'y a pas vraiment lieu de s'en formaliser. Mais on a déjà vu mieux. Et que dire du coffre! Peu importe que la capote soit repliée ou non, les 147 litres d'espace incitent à voyager léger. On peut toujours, en condamnant les places arrière (destinées à des enfants en raison de leur espace restreint), améliorer la contenance utilitaire, ce qui peut dépanner. À bord, les espaces de rangement sont pour ainsi dire inexistants. La taille des vide-poches est tout simplement ridicule et il n'y a pour ainsi dire que la console centrale pour héberger tout le nécessaire à la vie moderne (téléphone portable, iPod, etc.).

 

 

Photo Éric LeFrançois, collaboration spéciale

Tapageuse à l'extérieur, surtout en jaune, cette auto l'est beaucoup moins à l'intérieur. Les baquets se révèlent insuffisamment galbés pour donner du soutien dans les virages négociés rapidement. Pis encore, la recherche d'une position de conduite agréable représente un sacré défi en soi. La colonne de direction ne se déplace qu'en hauteur. Si vous avez de longs bras et de courtes jambes, ça va; sinon, vous devrez glisser votre siège vers l'avant jusqu'à ce que vos genoux frôlent la paroi inférieure du tableau de bord. Ça va, pas trop coincé.

 

Chose certaine, de près ou de loin, le tableau de bord ne paie pas de mine. Un amas de plastique qui sonne creux et dont l'assemblage est juste assez complexe pour révéler certaines fautes d'accostage. En gros, c'est plutôt moche pour une voiture de ce prix.

 

Plutôt que de vous attarder sur les formes elliptiques du tableau de bord, regardez voir ce que nous «apprennent» les quatre instruments cerclés de chrome. Pas grand-chose pour une automobile prétendument sportive, mais bon, la concurrence ne fait pas mieux et préfère - c'est plus économique - des voyants aux cadrans. Cela dit, ceux-ci sont parfaitement visibles à travers le volant à trois branches. À votre droite, au sommet de la section centrale: l'ordinateur de bord. Il vous renseigne sur tout (enfin presque) à condition de pouvoir déchiffrer les informations, souvent délavées par les rayons du soleil. Plus bas, on trouve les commandes de la chaîne audio (toujours excellente chez Mitsubishi) dont les commandes dupliquées derrière le volant sont confondues - pas pour longtemps - par des manettes pour sélectionner les rapports de boîte.

 

Bronzer doucement

 

Pour bien saisir l'Eclipse, il importe de rappeler que cette génération a vu le jour alors que son constructeur traversait une période plutôt trouble. Contrainte de faire flèche de tout bois, Mitsubishi n'avait alors d'autre choix que de déposer cette nouvelle carrosserie sur un châssis existant, en l'occurrence celui du Project America. Cette plateforme a permis au constructeur nippon de concevoir deux autres produits (Endeavor et Galant), tous des bides.

 

Cela dit, malgré la très grande flexibilité de cette architecture, on peut s'interroger sur l'importante prise de poids de ce cabriolet. Pour masquer cet embonpoint et, surtout, offrir un niveau de performance supérieur, mieux vaut oublier tout de suite la version équipée du moteur quatre cylindres et opter pour le six-cylindres de 3,8 litres à la sonorité délicieusement rauque.

 

Contact. On enclenche - aisément - la première et c'est parti. L'Eclipse atteint la vitesse maximale autorisée sur nos voies rapides en un peu plus de six secondes. C'est bien, mais la nouvelle Mustang V6 réalise de meilleures performances et, impuissant, vous ne verrez que les feux arrière de ce bolide. Les reprises de la Mitsu sont convaincantes, peu importe la boîte de vitesses choisie. Celle-ci est bien étagée et le verrouillage des rapports (talon d'Achille de la marque) est apparu convaincant, sans plus. Pour rouler doucement, sans se presser, la boîte semi-automatique à cinq rapports se révèle un meilleur choix, même si l'on regrette de ne pouvoir passer les rapports en gardant les mains sur le volant.

 

Photo Éric LeFrançois, collaboration spéciale

Tapageuse à l'extérieur, surtout en jaune, cette auto l'est beaucoup moins à l'intérieur. Les baquets se révèlent insuffisamment galbés pour donner du soutien dans les virages négociés rapidement. Pis encore, la recherche d'une position de conduite agréable représente un sacré défi en soi.

Dans la bonne moyenne, sans plus, les performances de cette Eclipse ne devraient cependant pas nous faire perdre de vue certains irritants. À commencer par son fort appétit en essence super. Sans trop la malmener, nous avons enregistré une moyenne de 12 litres aux 100 km. Décevant. Ensuite, il y a l'emplacement des roues motrices: à l'avant. Malgré la présence d'un dispositif antipatinage et d'une monte pneumatique adhérente, le train avant a peine à contenir toute la puissance. Tant que l'antipatinage est actif, l'effet de couple dans le volant est relativement bien maîtrisé. Une fois celui-ci désactivé et sur une surface à faible adhérence, c'est une autre histoire. Les pneumatiques avant cirent le bitume et le volant tire de tous les côtés. Dotée d'une suspension rigide, l'Eclipse inflige des trépidations pénibles à ses occupants et son comportement plus pointu, quoique lisible, pourrait causer quelques émotions aux conducteurs moins avertis. Toutefois, sur un parcours lisse, ce cabriolet s'avère beaucoup plus agréable.

 

Sur des routes sinueuses ou à plus vive allure, dans les virages ouverts des autoroutes, les ondes ressenties dans la direction ne trompent pas: la caisse gagnerait à être plus rigide encore et le train avant mieux soudé au bitume. Par chance, la direction télégraphie (trop?) fidèlement l'emplacement des roues directrices.

 

Arrivé à pleine maturité, ce cabriolet pourrait sans doute convaincre pour sa fiabilité maintenant éprouvée ou encore sa garantie alléchante. Mais ces qualités ne parviennent pas à effacer le manque de dynamisme, d'efficacité, de sobriété et de fonctionnalité de ce cabriolet qui, vu son prix, fait face à des rivales autrement plus sophistiquées, rapides et sobres. Non, le soleil ne brille pas pour tout le monde.

 

ON AIME

V6 volontaire et musical

Garantie alléchante

Modèle éprouvé

 

ON AIME MOINS

Conception ancienne

Train avant fragile

Consommation décevante

 

CE QU'IL FAUT RETENIR

Fourchette de prix: 30 498$ à 35 998$

Prix du modèle essayé: 35 998$

Frais de transport: 1 350 $

Garantie de base: 5 ans/100 000 km

Consommation obtenue lors de l'essai: 12 L/100 km

Pour en savoir plus: mitsubishi-motors.ca

 

SURVOL TECHNIQUE

Moteur: V6 DACT 3,8 litres

Puissance: 265 ch à 6750 tr/min

Couple: 262 lb-pi à 4500 tr/min

Poids (kg): 1608 kg

Rapport poids/puissance: 6,06 kg/ch

Accélération (0-100 km/h): 6,5 secondes

Mode: Traction

Transmission de série: Manuelle 6 rapports

Autres transmissions: Semi-automatique 5 rapports

Direction - diamètre de braquage (mètres): Crémaillère - 12,2

Freins (av -arr) - ABS: Disque-Disque de série

Pneus (de série): 235/45R18

Capacité du réservoir/essence recommandée: 67 litres/Super

Photo Éric LeFrançois, collaboration spéciale

Dans la bonne moyenne, sans plus, les performances de cette Eclipse ne devraient cependant pas nous faire perdre de vue certains irritants. À commencer par son fort appétit en essence super.