(New York) Les cours du pétrole ont de nouveau brutalement reculé mardi, écrasés par le ralentissement économique en Chine, mais surtout par la perspective de plus en plus palpable d’un accord sur le nucléaire iranien, qui libérerait presque instantanément quelque 100 millions de barils.

Publié le 16 août
Agence France-Presse

Le prix du baril de West Texas Intermediate (WTI) américain pour livraison en septembre a fondu de 3,22 %, pour terminer à 86,53 dollars, soit son plus bas niveau en clôture depuis le 25 janvier, soit quasiment sept mois.

Quant au Brent de la mer du Nord, avec échéance en octobre, il a lui abandonné 2,90 %, à 92,34 dollars, son plus faible niveau en clôture depuis début février.

Pour Robert Yawger, de Mizuho, ce nouveau décrochage est « principalement lié à l’Iran ».

Les responsables de l’Union européenne et les États-Unis examinaient mardi la réponse de la République islamique au texte proposé par l’UE pour relancer l’accord sur le nucléaire iranien, assortie de demandes de modifications.

Bien que les Européens aient initialement présenté leur version du document comme « finale », les discussions se poursuivaient sur de possibles amendements. « Il semble qu’ils essayent vraiment de parvenir à un accord », a observé Robert Yawger.

En cas de succès, « c’est la possibilité de voir un million de barils de plus par jour sur le marché », souligne l’analyste, et davantage à moyen terme.

Au moment du retrait des États-Unis de l’accord originel, en 2018, l’Iran exportait environ 2,45 millions de barils par jour, selon le service de recherche du Congrès américain.

Faute d’avoir pu exporter librement depuis quatre ans, le neuvième producteur mondial (selon l’Agence américaine d’information sur l’énergie) pourrait, en outre, libérer rapidement quelque 100 millions de barils déjà pompés.

« Si l’accord sur le nucléaire iranien est ressuscité, cela pourrait pousser les prix [du WTI] tout près de 80 dollars », avance, dans une note, Edward Moya, d’Oanda.

À ce développement majeur s’ajoutaient de mauvais indicateurs macroéconomiques, notamment une nouvelle baisse du moral des investisseurs en Allemagne, au lendemain de chiffres décevants en Chine, qui ont montré un ralentissement de la deuxième économie mondiale.

« Les prévisions de demande en ont pris un coup », a estimé, sur la foi de ces chiffres, Edward Moya.

Signe d’un retournement du marché du pétrole, le WTI est proche du contango, une situation dans laquelle les prix pour livraison ultérieure sont plus élevés que les prix au comptant. Le cas de figure ne s’est plus présenté depuis janvier 2021, avant le déploiement massif du vaccin contre la COVID-19.

« À ce stade, vous gagnez de l’argent en stockant des barils », a expliqué Robert Yawger.

Alors que le marché de l’or noir déprime, celui du gaz fait des étincelles, toujours plus tendu par l’incertitude relative aux livraisons russes à l’Europe.

Le TTF néerlandais, référence du marché européen du gaz naturel, a atteint mardi 252 euros le mégawattheure (MWh), une première depuis début mars. Cela équivaut à près de 400 dollars pour un baril de pétrole, à quantité d’énergie équivalente.

Plus inquiétant, les cours du gaz naturel flambent désormais également aux États-Unis. Le prix du principal contrat à terme pour livraison en septembre s’est envolé de plus de 7 % mardi, au plus haut depuis trois semaines.

L’inflexion aux États-Unis tient au bas niveau des réserves, qui n’ont pas été reconstituées malgré l’arrêt, depuis juin, d’un important terminal gazier au Texas, réduisant la capacité d’exportation de gaz naturel liquéfié (GNL) de 60 millions de mètres cubes par jour.