(New York) Les cours du pétrole ont paradoxalement réagi par une forte hausse mardi, à l’annonce d’une initiative très attendue, coordonnée entre les États-Unis et d’autres pays consommateurs d’or noir, de libérer une partie de leurs réserves stratégiques, qui visait au contraire à faire baisser les prix.

Agence France-Presse

Le prix du baril de Brent de la mer du Nord pour livraison en janvier a bondi de 3,27 % à 82,31 dollars.  

À New York, le baril de West Texas Intermediate (WTI) pour le même mois a engrangé 2,22 % à 78,50 dollars.

Les États-Unis et d’autres pays consommateurs comme la Chine, l’Inde, le Japon, la Corée du Sud ou encore le Royaume-Uni vont libérer une partie de leurs réserves stratégiques de pétrole, a annoncé mardi la Maison-Blanche.

La première puissance économique mondiale va mettre sur le marché 50 millions de barils de pétrole au cours des prochains mois.

Puiser dans les réserves est une « initiative majeure » qui va « faire la différence », a assuré le président Joe Biden mardi soir.

En augmentant l’offre, les États-Unis et leurs partenaires espèrent faire mécaniquement baisser les cours.

Mais mardi les prix du brut sont remontés haut dans le vert.

« Il faut remarquer que les cours étaient déjà en baisse depuis plus de deux semaines du fait de ces spéculations autour des réserves stratégiques », a indiqué Mark Finley, expert pétrolier pour le Baker Institute pour expliquer combien cet évènement avait été télégraphié et déjà pris en compte dans les cours.

Alors que le marché bruissait depuis des semaines de la perspective d’un déversement coordonné de réserves stratégiques de pétrole par Washington, les cours du brut avaient déjà perdu, avant l’annonce, 5 à 6 dollars du prix du baril depuis leur pic de 87 dollars fin octobre pour le Brent.

Les cours du brut sont aussi restés soutenus « parce qu’il n’est pas clair quelle quantité de pétrole va vraiment atterrir sur le marché, ni comment les autres pays vont contribuer », a ajouté l’expert.

Sur les 50 millions de barils qui seront puisés dans les réserves américaines, 18 millions seront vendus. Mais 32 millions de barils sont un « échange » ou un prêt que les opérateurs devront rembourser plus tard pour reconstituer les réserves, a indiqué la Maison-Blanche.

L’impact de cette mesure qui vise à faire baisser les prix du brut « risque de ne pas durer », a en outre estimé Bart Melek de TD Securities, alors que la demande mondiale de pétrole reste supérieure à l’offre et que l’OPEP s’en tient à son programme de restauration prudente de sa production.

Pour Louise Dickson, analyste de Rystad, cette décision « ne fait que repousser le problème de l’approvisionnement dans le temps, et risque de mettre à rude épreuve des stocks de pétrole déjà faibles ».

Selon elle, l’initiative était « un message clair pour l’OPEP » et une nouvelle étape du « bras de fer » qui continue entre producteurs et consommateurs.

L’Organisation des pays exportateurs de pétrole (OPEP) et dix alliés, dont la Russie, restreignent encore largement leur production d’or noir dans le cadre de l’accord OPEP+ pour soutenir les prix, malgré le risque d’inflation à même de peser sur la reprise économique.

Le recours aux réserves stratégiques des États-Unis et d’autres pays pourrait encourager l’OPEP+ à limiter la hausse graduelle de leur production, et donc maintenir inchangé le niveau global de l’offre.