(New York et Toronto) La Bourse de Toronto a enregistré lundi son pire déclin en près de huit mois, pendant que les grands indices américains reculaient fortement eux aussi, victimes des inquiétudes entourant de nouveaux risques en Chine, un ralentissement économique mondial et la décision imminente de la Réserve fédérale.

Agence France-Presse et La Presse Canadienne

Selon des résultats définitifs, l’indice composé S&P/TSX du parquet torontois a plongé de 335,82 points pour terminer la journée à 20 154,54 points, en baisse de 1,6 %. L’indice Dow Jones a lâché 1,8 %, à 33 970,47 points. Le NASDAQ, à forte concentration technologique, a perdu 2,2 %, à 14 713,90 points. Le S&P 500 a reculé de 1,7 %, à 4357,73 points.

Les investisseurs s’inquiétaient notamment de la potentielle insolvabilité de certaines entreprises immobilières en Chine, en particulier Evergrande, a noté Craig Fehr, stratège en investissement pour la firme Edward Jones.

Cet écroulement potentiel pourrait déclencher une réaction en chaîne dans l’industrie chinoise du développement immobilier et se répandre dans le système financier au sens large, craignent les investisseurs, de la même manière que la faillite de Lehman Brothers a enflammé la crise financière de 2008 et la Grande Récession.

« Tout cela se produit […] alors que la Fed cherche à réduire une partie de ses mesures de relance, ce qui ajoute un peu à l’indigestion aujourd’hui », a-t-il affirmé lors d’une entrevue.

M. Fehr a souligné que le mouvement du marché n’était pas le signe d’un changement de direction plus large pour les économies nord-américaines ou mondiales. Les élections canadiennes de lundi et le débat sur le plafond de la dette américaine ont probablement également contribué à la nervosité à court terme, mais selon lui, les investisseurs s’attendent à ce que les libéraux de Trudeau conservent le pouvoir avec un gouvernement minoritaire.

Les marchés ont été victimes de leur propre succès avec leur croissance de la dernière année, qui s’approchait de 20 % avant leurs récents reculs, a-t-il poursuivi.

Les revers périodiques sont normaux même pour les marchés boursiers les plus solides et le marché n’a pas connu de correction annuelle typique depuis au moins un an.

« Je ne pense pas que cela va faire boule de neige et devenir quelque chose de grave ou de prolongé. Mais je pense que c’est une condition à laquelle nous nous attendions depuis un certain temps », a affirmé M. Fehr.

Les pertes du marché de lundi suscitent plus d’émotion chez les investisseurs qui ont été gâtés par les gains importants, mais les baisses semblent probablement pires qu’elles ne le sont réellement, a-t-il ajouté.

Une aversion au risque

« L’aversion au risque s’est intensifiée […] alors que des inquiétudes de contagion ont surgi concernant la faillite potentielle du groupe chinois Evergrande, le promoteur immobilier le plus endetté au monde », ont résumé les analystes de Schwab.

Le géant chinois de l’immobilier a de plus en plus de mal à faire face à sa dette de plus de 300 milliards de dollars sur laquelle il doit des intérêts cette semaine et les investisseurs craignent une faillite qui pourrait se répercuter à travers le monde.

Interrogée sur ces inquiétudes, la Maison-Blanche a temporisé : « il s’agit d’une entreprise chinoise dont les activités sont d’abord concentrées en Chine », a indiqué la porte-parole Jen Psaki. « Cela dit, nous surveillons toujours les marchés mondiaux, y compris l’évaluation de tout risque pour l’économie américaine et nous sommes prêts à réagir de manière appropriée si nécessaire. »

Pour Karl Haeling, de LBBW, « le risque de contagion n’existe que si les autorités chinoises laissent Evergrande tomber complètement en faillite, mais cela n’a pas de sens pour la Chine vu les problèmes internes et les coupes d’emplois que cela va créer ».

Au-delà des craintes d’un effet de dominos, d’autres facteurs ont rendu les investisseurs nerveux dans un marché qui faisait déjà du surplace depuis plusieurs séances, estimait pour sa part Gregori Volokhine, de Meeschaert Financial Services.

« Je ne suis pas sûr que la Chine, un pays communiste, interventionniste, laisse exploser Evergrande. Pour moi, les vents contraires pour les marchés viennent nettement de Washington », soulignait l’analyste, citant notamment l’impasse sur le rehaussement du plafond de la dette américaine « devenu un enjeu politique ».

Jeu avec le feu

« On joue vraiment avec le feu au risque que le gouvernement ferme, ce qui n’est pas catastrophique, mais ça ne donne pas confiance à court terme », relevait encore M. Volokhine, soulignant aussi que l’adoption du plan d’infrastructures de 1200 milliards de dollars piétinait.

Les marchés étaient également tendus avec la réunion monétaire de la Fed qui commence mardi et l’attente d’indices sur le calendrier d’une réduction du soutien monétaire.

Les rendements sur les bons à 10 ans sur le marché obligataire baissaient à 1,30 %, contre 1,36 % à la précédente clôture, les investisseurs cherchant des actifs sûrs.

Signe de la préoccupation des opérateurs, l’indice de volatilité du marché, le VIX, aussi baptisé « indice de la peur » a fait un bond s’élevant à autour de 25 points, son plus haut niveau depuis mai.

La totalité des 11 secteurs du S&P ont conclu fortement dans le rouge. Les financières ont accusé le coup, chutant de 2,2 %, dans le sillage d’une baisse des rendements obligataires. Citi, Bank of America et Goldman Sachs ont toutes lâché plus de 3 %.

Le secteur énergétique a terminé en berne, cédant 3 %, dans le sillage d’un recul des prix du pétrole.

Le titre de la firme d’engins de chantiers Caterpillar, poids lourd du Dow Jones, a fondu de 4,47 %, à 190,82 $, tandis que le spécialiste du cuivre et géant minier Freeport-McMoRan a abandonné 5,69 %, à 31,17 $.

Cette accumulation de tendances à la baisse a aussi suscité des prises de profits. Le titre Alphabet, maison mère de Google, qui a gagné plus de 60 % depuis le début de l’année, a lâché 1,73 %, à 2780,34 $.

Rares titres à avoir le sourire, ceux des compagnies aériennes ont salué le fait que l’administration Biden va rouvrir les frontières aux voyageurs européens vaccinés.

American Airlines a gagné 3 %, à 20,33 $.

L’éditeur américain de jeux vidéo Activision Blizzard a fondu de 4,25 %, à 76,18 $, alors qu’il ferait l’objet, selon le Wall Street Journal, d’une enquête du gendarme de la Bourse, la SEC, notamment sur les accusations de harcèlement au sein de l’entreprise.

À la Bourse des matières premières de New York, le cours du pétrole brut a perdu 1,68 $ US, à 70,14 $ US le baril, pendant que celui du gaz naturel a lâché 12 cents US, à 4,99 $ US le million de BTU.

Le prix de l’or a gagné 12,40 $ US, à 1763,80 $ US l’once, tandis que celui du cuivre a rendu 13,2 cents US, à 4,11 $ US la livre.

Sur le marché des devises, le dollar canadien s’est négocié au cours moyen de 77,95 cents US, en baisse par rapport à celui de 78,61 cents US de vendredi.