(New York et Toronto) La Bourse de New York a lourdement chuté jeudi dans un marché de plus en plus inquiet du rythme de progression du taux des bons américains du Trésor à 10 ans, qui a atteint un plus haut en un an.

Agence France-Presse et La Presse Canadienne

Le NASDAQ, à forte coloration technologique, a sombré de 3,52 % à 13 119,43 points, sa pire séance depuis octobre.  

Le Dow Jones a perdu 1,75 % à 31 402,01 points et l’indice élargi S&P 500 a baissé de 2,49 % à 3829,34 points.

L’indice composé S&P/TSX du parquet torontois a perdu 260,99 points pour clôturer la séance avec 18 223,54 points. Neuf des onze secteurs du TSX ont terminé la séance dans le rouge.

« Il y a eu aujourd’hui un large mouvement d’aversion au risque qui a favorisé les prises de profits, et la source de cela remonte au moment où nous avons observé une hausse des rendements obligataires, ce matin », a souligné Scott Guitard, vice-président principal et gestionnaire de portefeuille chez Fiduciary Trust Canada, lors d’une entrevue.

« Je pense que cela a pris beaucoup de gens au dépourvu. C’était un mouvement assez important. »

Sur le marché des devises, le dollar canadien s’est négocié au cours moyen de 79,81 cents US, en hausse par rapport à son cours moyen de 79,69 cents US de la veille. Le huard a dépassé, plus tôt dans la séance, le cap des 80 cents, pour toucher à un sommet de trois ans.

La vigueur du dollar canadien vient indirectement des craintes liées à l’inflation. La hausse des prix du pétrole brut est un symptôme d’une plus forte inflation, ce qui encourage certains observateurs à penser que la Banque du Canada pourrait choisir de hausser ses taux d’intérêt avant que la Réserve fédérale des États-Unis ne le fasse, a expliqué M. Guitard.

À la Bourse des matières premières de New York, le cours du pétrole brut a grimpé de 31 cents US à 63,53 $ US le baril, tandis que celui de l’or a perdu 22,50 $ US à 1775,40 $ US l’once. Le prix du cuivre a culbuté de 4 cents US à 4,26 $ US la livre.

Craintes au sujet de l’inflation

« Le mouvement rapide de hausse des rendements obligataires semble troubler les investisseurs tout en mettant sous pression des secteurs axés sur la croissance, notamment celui des technologies de l’information », soulignent les experts de Charles Schwab.

Le taux à 10 ans sur les obligations d’État américaines a atteint jeudi un pic à 1,61 %, un niveau plus vu depuis février 2020. Il s’est ensuite un peu replié, mais évoluait toujours autour de 1,50 % en fin de journée, faisant craindre de l’inflation.

Le taux à 30 ans progressait également, s’établissant à 2,28 %.

Les rendements obligataires évoluent en sens inverse des prix. Une hausse des taux est donc le synonyme d’un important mouvement de vente des bons du Trésor.

Les investisseurs se séparent généralement de leurs obligations lorsqu’ils anticipent une hausse des taux directeurs de la Réserve fédérale (Fed).  

Si le patron de la Fed, Jerome Powell, a encore répété cette semaine qu’il n’avait pas l’intention de toucher au niveau actuel du loyer de l’argent, compris dans une fourchette entre 0 % et 0,25 %, de nombreux acteurs du marché estiment que le responsable pourrait être contraint de changer d’approche en cas de surchauffe de l’économie.

Une hausse rapide des prix, provoquée par une forte reprise de la croissance, pourrait en effet pousser la banque centrale américaine à rehausser ses taux directeurs afin de juguler l’inflation.

Directement concernés par une hausse des taux d’emprunt, susceptible de freiner leur croissance et leur capacité d’investir, les piliers américains de la tech ont souffert jeudi à Wall Street : Apple, Amazon, Alphabet et Facebook ont tous chuté de plus de 3 %.

Parmi les autres valeurs du jour, GameStop est monté de 19 % après avoir déjà vu son prix plus que doubler la veille.

La progression du revendeur de jeux vidéo s’est tassée en fin de séance, mais le groupe a tout de même bénéficié d’une poussée d’achats spéculatifs, qui rappelle les mouvements observés fin janvier à Wall Street.

Twitter est monté de 3,71 % après avoir affiché son objectif de doubler ses revenus d’ici fin 2023 et de compter à cette date 315 millions d’usagers actifs quotidiens dits « monétisables ».

Pfizer a gagné 1,99 % après une étude de très grande ampleur réalisée en Israël montrant que le vaccin de l’entreprise était efficace à 94 % contre les cas symptomatiques de COVID-19.

Moderna a pris 2,48 % après avoir très largement dépassé les attentes pour son chiffre d’affaires trimestriel et prévu des revenus de plus de 18 milliards de dollars cette année issus de la vente de son vaccin contre la COVID-19.