(New York) Le baril de pétrole londonien a fini lundi au-dessus des 60 dollars pour la première fois en un an, signe d’un marché optimiste sur une forte reprise de la consommation d’or noir.

Benoît PELEGRIN
Agence France-Presse

« Nous pouvons considérer que le marché mondial du pétrole est aujourd’hui complètement revenu à la normale, du moins en ce qui concerne les prix », salue Bjarne Schieldrop, analyste de Seb.

Le Brent de la mer du Nord pour livraison en avril a terminé à 60,56 dollars, en hausse de 2,06 %. Il n’avait plus clôturé au-dessus du seuil symbolique des 60 dollars depuis fin janvier 2020.  

La référence européenne entamait un mois plus tard une chute vertigineuse lorsque l’épidémie de COVID-19 a commencé à s’étendre à travers le monde, menaçant notamment le secteur des transports.

En avril, le Brent est même tombé à 15,98 dollars le baril, un prix plus vu depuis plus de vingt ans, quand son équivalent américain le WTI cotait à un prix négatif, une première.

Le baril de WTI pour mars, coté à New York, a également fini en hausse lundi, s’établissant à 57,97 dollars, soit une progression de 1,97 %, à son plus haut cours de clôture depuis fin janvier 2020.

C’est d’abord l’intervention des membres de l’Organisation des pays exportateurs de pétrole (OPEP) menée de façon conjointe avec leurs alliés de l’OPEP+, qui a permis de sortir les cours du brut de l’abîme.

Le cartel retranche encore aujourd’hui plus de 7 millions de barils par jour dans son volume de production pour l’adapter à une demande en berne du fait des mesures de confinement et de restrictions des déplacements routiers et aériens.  

Vaccins à la rescousse

Ce sont ensuite les premières annonces sur les vaccins contre la COVID-19 en novembre par Pfizer et BioNTech rapidement suivis par d’autres laboratoires qui ont accéléré la convalescence des prix.

Les campagnes de vaccination, certes encore poussives dans certaines régions du monde, laissent entrevoir un retour à la normale de l’activité et contribuent à soutenir les prix du brut depuis le début de l’année, de même que la politique de fermeture du robinet d’or noir renouvelée par l’OPEP+ lors de son dernier sommet il y a un mois.

Les acteurs du marché, confiants dans la hausse des cours, font également le pari que le nouveau président américain Joe Biden, entré en fonction le 20 janvier, va parvenir à faire adopter son plan de relance massif de 1900 milliards de dollars, qui devrait doper la demande du premier consommateur mondial de pétrole.

Au-delà des États-Unis, les perspectives pour la reprise de la demande au niveau mondial en 2021 sont plutôt bonnes, qu’elles émanent de l’Agence internationale de l’Énergie (AIE) ou de l’OPEP lui-même.

Dans son dernier rapport mensuel, l’AIE a tablé sur un rebond de 5,5 millions de barils par jour (mbj) en 2021 à 96,6 mbj, après une chute de 8,8 mbj l’an dernier.

Plusieurs observateurs et acteurs du marché considèrent néanmoins que les prix du brut ne sont pas encore tirés d’affaire, certains comme le géant pétrolier BP ayant déjà abandonné l’idée que la demande revienne même un jour à son niveau de 2019.

La circulation toujours active de la COVID-19 malgré le début des campagnes de vaccination, l’apparition de variants et la situation économique des entreprises et des ménages à l’hypothétique sortie de crise sont autant d’épées de Damoclès sur la consommation d’or noir.

L’offre n’est pas non plus épargnée.

La production des États-Unis, qui ne participent pas à la politique coordonnée des membres de l’OPEP+, est toujours importante et celle de l’Iran repart et pourrait noyer le marché d’un flot de barils qu’il ne serait pas en mesure d’écouler.

Des raisons qui ne freinent guère pour le moment la montée du Brent, même si ce dernier est encore loin de son sommet de l’année dernière, à 71,75 dollars le 8 janvier, et encore plus loin des sommets atteints avant la crise financière de 2008, lorsqu’ils dépassaient allègrement les 145 dollars.