(Londres) Les membres de l’Organisation des pays exportateurs de pétrole (OPEP) et leurs partenaires ont fini par trouver un compromis mardi, autorisant la Russie et le Kazakhstan à légèrement augmenter leur production d’or noir au cours du premier trimestre.

Benoît PELEGRIN
Agence France-Presse

Mais l’Arabie saoudite, prudente face à la propagation de la COVID-19, a choisi de s’imposer une coupe significative, dans une annonce surprise.

Le volume retiré volontairement du marché depuis le printemps 2020 par cette alliance dite OPEP+, pour éviter un effondrement des cours, passera de 7,2 millions de barils par jour (mbj) en janvier à 7,125 mbj en février puis 7,05 mbj en mars, a annoncé le cartel à l’issue du premier sommet ministériel de 2021.

« Nous avons confirmé la nécessité d’une augmentation progressive de la production pétrolière, dans la lignée de ce qui avait été décidé en décembre », a appuyé le vice-premier ministre russe chargé du secteur énergétique, Alexandre Novak, lors d’une conférence de presse en fin de réunion.

Mais en guise de « mesure préventive » et pour ne pas entraîner un trop-plein d’offre face à une fragile reprise de la demande, Riyad a décidé unilatéralement d’entamer son propre quota sur la période à hauteur d’un million de barils par jour, a annoncé le ministre saoudien de l’Énergie Abdelaziz ben Salmane.

De quoi entraîner finalement « une réduction nette de la production de plus de 900 000 barils par jour », a calculé Matt Weller, analyste de Forex.com, à laquelle sont censés s’ajouter les rattrapages des mauvais élèves qui ont dépassé leurs quotas en 2020.

Deux approches

Les vingt-trois de l’OPEP+ sont parvenus à cet accord à l’issue d’un cycle de réunions de deux jours qui, pandémie oblige, se sont tenues par visioconférence.

Peu après ces annonces, certains observateurs de marché ont manifesté leur surprise quant à la coupe supplémentaire saoudienne, véritable « cerise sur le gâteau » pour l’analyste de Rystad Bjornar Tonhaugen qui, cependant, « attend de voir si la promesse sera tenue ».

Deux lignes s’affrontaient au sein de l’alliance : l’approche de l’Arabie saoudite, qui passait par le maintien en l’état des coupes actuelles, et la tentation de la Russie de réinjecter jusqu’à 500 000 barils quotidiens sur le marché le mois prochain, à l’image de ce qui avait été décidé en décembre pour janvier.

La première est favorable au soutien des prix à court terme ; la seconde mise davantage sur l’asphyxie de producteurs aux coûts de revient plus élevés — à l’image des États-Unis, numéro un mondial — afin de gagner des parts de marché à moyen terme.

Au final, la première l’a plutôt emporté, en raison du flou autour de la reprise de la demande : le communiqué du cartel pointe d’ailleurs « la hausse des contaminations, le retour de mesures de confinement strictes et des incertitudes croissantes ».

Accueil favorable du marché

Les deux contrats de référence du brut, cotés à New York et Londres et très sensibles aux décisions de l’alliance, ont réagi favorablement à cette annonce.

À la clôture mardi, le WTI américain et le Brent de mer du Nord affichaient des gains de près de 5 %, à respectivement 49,93 et 53,60 dollars le baril, des sommets plus vus depuis dix mois, avant le choc provoqué par la pandémie.

L’effort de coupe de l’OPEP+, pénible pour les finances des 20 pays qui y sont soumis (l’Iran, le Venezuela et la Libye en sont exemptés), avait déjà joué son rôle l’an dernier en inversant la chute vertigineuse des prix du brut, jusqu’en terrain négatif pour la référence américaine fin avril, une première dans l’histoire.

Le cartel a par ailleurs entériné au cours de ce cycle de réunions le passage de témoin entre le ministre algérien du Pétrole et celui de l’Angola, Diamantino Azevedo, en qualité de président tournant de l’OPEP.

Les vingt-trois ont aussi convenu de se retrouver sous un format JMMC (Comité de suivi de l’accord en vigueur de réduction de la production du groupe) le 3 février, puis le 4 mars en sommet interministériel.