Avec une chute vertigineuse en mars, sous le choc de la crise de pandémie, les marchés boursiers ont fortement rebondi en avril.

Martin Vallières Martin Vallières
La Presse

Le S&P 500 a pris 12,7 % à New York, sa meilleure performance mensuelle depuis 1987. À Toronto, le S&P/TSX a cumulé une hausse de 10,6 %, après avoir plongé de 17,7 % en mars. 

Le pire est passé, estiment des professionnels du placement. Néanmoins, ils se méfient de ce regain d’optimisme en Bourse alors que le niveau d’incertitude demeure très élevé.

« Je m’attendais à un regain en V de la Bourse après la chute brutale en mars, mais ça s’est produit beaucoup plus rapidement que ce à quoi je m’attendais, commente Clément Gignac, vice-président principal, économiste en chef et directeur de l’allocation d’actifs du Groupe financier Industrielle-Alliance. C’est même un peu trop vite à mon goût, alors que les questions s’accumulent en ce qui concerne la durée de la pandémie, ainsi que le rythme possible de la relance de l’économie au cours des prochains trimestres. »

« Dans ce contexte, je m’attends à ce que la volatilité persiste en Bourse pour quelques mois, autour des niveaux de récupération aux deux tiers de la chute de mars qui ont déjà été atteints en avril, mais sans pour autant redescendre jusqu’au creux atteint en mars. »

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Chez Fiera Capital, Candice Bangsund, vice-présidente à la répartition globale de l’actif, constate que la « forte reprise des marchés boursiers depuis les creux du 23 mars a été tout simplement impressionnante. La valorisation des actions est revenue près des niveaux antérieurs à la crise et, manifestement, les marchés anticipent de nombreuses bonnes nouvelles pour la suite. »

Néanmoins, « la prudence est de mise », avertit Mme Bangsund. « Il devient difficile de maintenir une dynamique aussi rapide et positive alors que les perspectives économiques demeurent très incertaines. »

Par conséquent, avise la vice-présidente de Fiera Capital, « il peut être prématuré de se positionner pour un marché haussier durable. Malgré le regain d’optimisme en Bourse, les investisseurs demeurent vulnérables à d’autres replis à court terme. »

Chez Gestion d’actifs CIBC, à Montréal, Luc De La Durantaye, stratège en chef de placements et chef des investissements, constate que « les marchés boursiers ont été très surpris en mars devant l’étendue rapide de la pandémie et de ses conséquences brutales dans l’économie. Mais ce qui a fait la différence cette fois-ci, par rapport à la crise financière de 2008, c’est la rapidité et l’ampleur des interventions des gouvernements et des banques centrales. »

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Mais depuis, admet-il, la vivacité du rebond boursier observé en avril sur la Bourse américaine en particulier suscite des doutes.

« Ce rebond est dominé par les actions des grandes entreprises de technologie, surtout les GAFA [Google, Apple, Facebook, Amazon]. Aussi, il est survenu alors que les perspectives de reprise lente et progressive de l’économie d’ici deux ans demeurent très embrouillées », note M. De La Durantaye.

Patience

« Même si le pire semble être passé en Bourse, la prudence et la patience restent de mise », suggère Clément Gignac aux investisseurs.

Candice Bangsund, de Fiera, suggère « une approche prudente et neutre [en pondération de catégories d’actifs] ». 

« Cela dit, chez Fiera, nous demeurons orientés sur la valorisation des actions à plus long terme, mais à un prix d’entrée plus attrayant lorsque les Bourses se corrigeront à nouveau vers les bas atteints en mars, comme nous nous y attendons. »

Luc De La Durantaye suggère quant à lui aux investisseurs de tirer parti de ces tourments extrêmes en Bourse pour réajuster leur portefeuille à une longue période de faible rendement.

« Considérant l’ampleur sans précédent des stimulants fiscaux et monétaires injectés dans l’économie et les marchés financiers par les gouvernements et les banques centrales, on se retrouve désormais dans une conjoncture de très faible rendement des obligations gouvernementales [taux d’intérêt] pour des années à venir. Or, ces obligations constituent habituellement la portion considérée comme sûre du rendement des portefeuilles équilibrés, les plus communs parmi les particuliers investisseurs. »