(Paris) Les marchés mondiaux ont opté pour la prudence vendredi après de nouveaux chiffres sur l’emploi américain montrant une montée du chômage, la hausse des prix du pétrole n’ayant pas réussi à redonner le sourire aux investisseurs.

Juliette RABAT
Agence France-Presse

Paris a terminé en baisse de 1,57 %, Francfort de 0,47 % et Londres de 1,18 %. La Bourse de Milan a lâché 2,67 %, tandis que Madrid s’est démarqué, avec une petite hausse de 0,11 %.

Wall Street a également fini en territoire négatif, l’indice vedette Dow Jones Industrial Average reculant de 1,69 %, l’indice élargi S&P 500 de 1,51 % et le NASDAQ, à forte coloration technologique, de 1,53 %.

« Le marché de l’emploi aux États-Unis est beaucoup plus flexible qu’en Europe et par conséquent l’impact » de l’épidémie de coronavirus « sur les destructions d’emploi est extrêmement rapide », a souligné auprès de l’AFP Didier Saint-Georges, membre du comité d’investissement chez Carmignac.

L’économie américaine a souffert en mars des premiers effets de la crise du coronavirus, avec un taux de chômage monté à 4,4 % et 701 000 emplois détruits, selon les données du département du Travail, qui souligne toutefois qu’il « ne peut pas précisément quantifier les effets de la pandémie sur le marché du travail en mars ».

« C’est quelque chose qui est spectaculaire, c’est pour cela que les marchés baissent », a commenté M. Saint-Georges, même si ces statistiques ne constituent pas selon lui une « énorme surprise ».

Le marché du travail américain n’est pas le seul à pâtir de la crise liée à la pandémie, les perspectives économiques n’apparaissant guère plus florissantes en Europe.

L’activité du secteur privé dans la zone euro a ainsi chuté en mars à son plus bas niveau historique, selon une deuxième estimation de l’indice PMI composite.

« Ce qui fait à peu près consensus aujourd’hui, c’est que l’on aura une baisse du PIB sur le deuxième trimestre de l’ordre de 20 % à 25 % entre l’Europe et les États-Unis, l’Asie étant dans une situation plus favorable », a estimé Régis Bégué, directeur de la gestion actions chez Lazard Frères Gestion, interrogé par l’AFP.

Sur une base annualisée, cela donne « quelque chose autour de-5 % à-6 % de croissance, à supposer que l’économie redémarre pendant l’été », a-t-il poursuivi.

Prévisions de résultats suspendues

Or nous n’avons « pas de certitude sur la durée du confinement, ni sur la pente de redémarrage, qui sera probablement lente », pas plus que sur les « inquiétudes que cela va susciter chez le consommateur », a noté M. Bégué.

Aussi « les entreprises, assez naturellement, réagissent face à cette situation en suspendant pour la plupart leurs prévisions de résultats et en n’en donnant pas de nouvelles », a-t-il encore dit.  

Quant aux prix du pétrole, ils ont poursuivi leur progression, au lendemain d’un bond historique, soutenus par l’annonce d’une réunion exceptionnelle et en urgence des membres de l’Organisation des pays exportateurs de pétrole (OPEP) et leurs alliés lundi afin de tenter de trouver une réponse commune face à la pandémie et mettre fin à la guerre des prix entre Riyad et Moscou.

Le Brent londonien a grimpé de 14 % et le WTI new-yorkais d’environ 12 %.

Jeudi, des annonces du président américain Donald Trump sur de possibles coupes de la production saoudienne et russe avaient fait flamber les cours du brut de plus de 20 % et permis aux marchés actions de finir dans le vert.

L’euro continuait lui de perdre du terrain face au dollar vendredi, pour la cinquième séance d’affilée, tandis que le marché de la dette, imperturbable, a terminé de façon stable.

Car la prudence restait de mise face à l’inexorable progression de la COVID-19, qui a désormais contaminé plus d’un million de personnes dans le monde.

L’Europe est le continent le plus touché, mais les États-Unis sont en passe de devenir le nouvel épicentre de la pandémie, avec un quart des cas enregistrés et près de 1200 personnes décédées en 24 heures, du jamais vu dans un seul pays.

« Maintenant, le marché n’est plus dépendant que d’un seul point : c’est la durée du confinement », a souligné M. Bégué.