Pour la troisième journée de suite, les titres des grandes multinationales technologiques américaines ont fondu mardi en Bourse, entraînant avec eux l’ensemble des Bourses nord-américaines et européennes.

Jean-François Codère Jean-François Codère
La Presse

Ce qui a monté redescend

Comme Icare qui a vu fondre ses ailes en s’approchant trop près du Soleil, les titres d’Apple (- 6,7 %), Amazon (- 4,4 %), Alphabet (- 3,6 %), Microsoft (- 5,4 %), Facebook (- 4,1 %) et Netflix (- 1,7 %), pour ne nommer qu’eux, ont tous glissé de façon significative, mardi. Entamée jeudi dernier, leur dégringolade survient au terme d’une hausse spectaculaire où ils ont tous progressé de plus de 50 %, et dans certains cas doublé, depuis le creux des marchés boursiers, au début des efforts de confinement, à la mi-mars.

Ensemble, ces six titres, tous cotés à la Bourse électronique NASDAQ, ont contribué à faire chuter l’indice de celle-ci d’un peu plus de 4 %.

Tesla frappée de plein fouet

Ces piliers du monde techno, et des marchés boursiers en général, peuvent néanmoins se consoler en se comparant à Tesla. L’entreprise d’Elon Musk a perdu environ 80 milliards de dollars américains de valeur boursière lors de la journée de mardi, au cours de laquelle son titre a reculé de 21 %.

Selon les observateurs, deux facteurs expliquent l’important recul observé mardi. Dans un premier temps, plusieurs investisseurs avaient parié sur le fait que l’entreprise serait admise, à la fin de la semaine dernière, au sein de l’indice S&P 500. Cela aurait stimulé la demande pour ses actions, les gestionnaires de fonds indiciels se voyant forcés de se tourner vers elles. Or, ce ne fut pas le cas, le comité qui détermine la composition de l’indice lui ayant mystérieusement préféré d’autres entreprises, dont la boutique en ligne Etsy. La séance de mardi était la première depuis cette décision, puisque les Bourses étaient fermées lundi.

Mais, surtout, c’est la prise par GM d’une participation de 11 % dans le rival Nikola, qui a conçu des camionnettes électriques et à hydrogène, qui a marqué le coup pour Tesla. GM s’engage à aider la jeune entreprise à développer ces camionnettes, en plus de lui donner accès à ses technologies de piles.

Les actions de Nikola (+ 40 %) et GM (+ 8 %) ont largement profité de cette annonce.

Trop haut, trop vite ?

Pour mettre en perspective la chute des derniers jours, il importe de rappeler les très importants gains enregistrés par les titres les plus touchés au cours des derniers mois. L’action de Tesla a peut-être perdu le quart de sa valeur depuis deux semaines, mais elle avait auparavant plus que quintuplé depuis le début de l’année.

Dans le cas des titres technologiques, leur progression fulgurante était notamment alimentée par la résilience qu’ils avaient démontrée face à l’effondrement de l’économie causé par la pandémie.

Certains observateurs ont aussi montré du doigt le géant japonais SoftBank, qui aurait, selon l’agence Reuters, pris de forts paris sur les titres technologiques au moyen d’options. Ces paris auraient suralimenté la demande pour ces actions.

Finalement, des indices d’une possible remontée des taux d’intérêt à long terme ont peut-être incité quelques investisseurs à retirer quelques billes du marché des actions pour les ramener dans d’autres types d’actifs.

Qu’à cela ne tienne, la bousculade des derniers jours n’est pas perçue comme le présage de jours difficiles par les analystes, mais plutôt comme un autre signe de volatilité.

« C’est un rappel que nous sommes toujours en 2020 », a indiqué à l’Associated Press le stratège en investissements Willie Delwiche, de Baird. « La quantité de ventes dans les derniers jours est un rappel que la volatilité est toujours présente. »

Pas que la technologie

Même s’ils ont été les plus touchés, les titres technologiques n’ont pas été les seuls à vivre un mauvais mardi. Les indices Dow Jones et S&P 500 ont respectivement plié de 2,25 % et 2,78 %.

Les Bourses européennes, qui avaient avancé lundi en l’absence du « guide » américain, ont suivi celui-ci vers le fond mardi.

Les marchés s’inquiétaient notamment de voir les élus américains incapables de s’entendre sur un nouveau plan de stimulus économique, ainsi que d’une relance des tensions avec la Chine.