L’indice de la Bourse de croissance de Toronto a plus que doublé depuis son creux du mois de mars et est en hausse de 30 % jusqu’ici en 2020, alors que le principal indice de la Bourse de Toronto affiche un recul de 2 % depuis le 1er janvier.

Richard Dufour Richard Dufour
La Presse

Peu de gens semblent l’avoir remarqué, mais l’indice de la Bourse de croissance de Toronto se classe parmi les indices les plus performants sur la planète cette année, fait remarquer le gestionnaire de portefeuille montréalais Paul Beattie, de BT Global.

Véritable désastre depuis une dizaine d’années, la Bourse de croissance TSX est aujourd’hui un chouchou mondial, ajoute-t-il dans sa plus récente lettre financière. Elle fait aussi bien que le NASDAQ cette année.

Certains diront que la petite Bourse spéculative canadienne avait du rattrapage à faire. Même avec son impressionnante progression des derniers mois, celle-ci demeure encore très loin de son sommet de 2400 points atteint en 2011.

La principale raison qui explique la tenue de l’indice de la Bourse de croissance de Toronto cette année est sa forte pondération au secteur des matériaux (62 % de l’indice), commente Philippe Hynes, gestionnaire de portefeuille chez Tonus Capital.

« L’engouement pour l’or a un impact énorme, dit-il. Les matériaux ont plus que doublé depuis leur creux ! »

Jeff Tory se montre plutôt optimiste pour l’avenir des titres de petites capitalisations, mais son optimisme n’est pas du tout lié au succès obtenu cette année par la Bourse de croissance TSX. « Ce succès n’est qu’un effet secondaire de la poussée du prix de l’or », dit le gestionnaire de portefeuille de la firme montréalaise Gestion Pembroke.

« On est au début d’une formation de capital au Canada pour les petites compagnies de technologies propres et vertes [greentech], de technologies financières [fintech], et autres techs », ajoute-t-il.

On va vivre un nouveau cycle d’intérêt dans les petites capitalisations parce qu’on a vu depuis un an plusieurs entreprises comme Tecsys, par exemple, n’avoir aucune difficulté à aller chercher des capitaux sur les marchés.

Jeff Tory, gestionnaire de portefeuille de la firme montréalaise Gestion Pembroke

« Ce n’est pas juste un effet Robinhood », dit-il en faisant référence au populaire courtier escompteur américain. « Je vois beaucoup d’institutionnels prêts à soutenir de petites compagnies. Il y a un appétit pour élargir le marché des petites capitalisations au pays. »

Pour justifier son propos, il insiste sur la forte activité observée récemment sur le plan des émissions d’actions secondaires par les « petites » entreprises inscrites en Bourse au Canada.

« C’est du jamais-vu », dit-il.

Un début ?

Jeff Tory croit qu’on arrive possiblement au début d’une période où les petites entreprises vont produire de meilleurs rendements. « C’est difficile d’être un gestionnaire actif sur le marché canadien en 2020 si vous n’avez pas eu une exposition à Shopify et aux compagnies minières », dit-il.

Martin Lalonde remarque de son côté que les micro-capitalisations et les petites capitalisations sont encore à la traîne par rapport aux grandes capitalisations, surtout aux États-Unis.

« Environ 80 % des rendements du marché boursier américain sont attribuables à trois ou quatre titres. C’est encore les leaders des grandes capitalisations qui mènent le bal. La tendance n’est pas encore renversée », soutient le gestionnaire de portefeuille chez Rivemont.

Et c’est normal, dit-il. « Habituellement, les petites capitalisations vont bien faire au début d’un cycle haussier et les grandes capitalisations vont bien faire en fin de cycle. Au Canada, il y a un certain rattrapage qui se fait, notamment parce qu’il y a beaucoup de petites capitalisations au pays liées au secteur des ressources. Notamment des minières, et le secteur aurifère est évidemment un des plus performants cette année. »

Martin Lalonde ajoute que présentement, il y a beaucoup de liquidités dans le marché. « Il y a plus de capital que d’opportunités d’investissement. C’est bon pour toutes les catégories d’actifs, y compris les petites et très petites capitalisations. »

« Un peu de folie »

Il note aussi une résurgence du petit investisseur de détail. « Monsieur et madame Tout-le-Monde vont investir eux-mêmes de plus en plus. Les ouvertures de comptes de courtage se comptent par centaines de milliers en Amérique du Nord depuis le début de la pandémie, et ça continue. »

Une partie de ces capitaux vont vers des petites capitalisations, car c’est intéressant pour un investisseur de diversifier dans des titres plus spéculatifs, analyse Martin Lalonde.

Ça commence à ressembler à 1999. Un peu de folie. Un peu de surévaluation. Ça peut durer longtemps. Plus longtemps qu’on pense. Il faut rester humble, car si on a acheté Amazon à la fin des années 90, ça s’avère aujourd’hui un super bon achat. Il faut mettre ça en perspective.

Martin Lalonde, gestionnaire de portefeuille chez Rivemont

La rotation n’est pas encore commencée, mais ça pourrait venir bientôt, selon Philippe Hynes. « Ça fait plus de trois ans que les grandes capitalisations font mieux. Il faut retourner en 2016 pour voir les petites capitalisations faire mieux. »

Il fait remarquer que les petites capitalisations « sous-performent » par près de 20 % depuis le début de l’année aux États-Unis. « C’est énorme », dit-il en précisant que le S&P 500 est en hausse de 7 % alors que le S&P 600 des petites capitalisations est en baisse de 12 %.

Quatre petites capitalisations dans la ligne de mire de Jeff Tory

Xebec

Entreprise de Blainville inscrite sous le symbole XBC à la Bourse de croissance de Toronto. Xebec Adsorption se consacre au développement de solutions environnementales responsables et durables. « C’est intéressant. Il est question d’énergie alternative ici. C’est au goût du jour, disons », commente Jeff Tory, gestionnaire de portefeuille chez Gestion Pembroke.

Score Media and Gaming


Entreprise de Toronto inscrite sous le symbole SCR à la Bourse de croissance de Toronto. Jeff Tory apprécie particulièrement l’équipe de gestionnaires de l’entreprise en raison de sa feuille de route. « Cette entreprise s’implique dans le pari sportif aux États-Unis. Anciennement, l’entreprise détenait Sportsnet 360 [The Score Television Network] avant de la vendre à Rogers », dit Jeff Tory.

Thunderbird


Entreprise de Vancouver inscrite sous le symbole TBRD à la Bourse de croissance de Toronto. « L’entreprise a beaucoup de succès dans le moment avec la production de contenu. La demande est forte partout dans le monde », explique Jeff Tory.

Enthusiast Gaming


Entreprise ontarienne inscrite sous le symbole EGLX à Toronto. Les activités sont spécialisées dans le sport électronique (e-sport). « C’est une industrie en croissance comme vous ne pouvez pas croire », assure Jeff Tory.