(New York et Toronto) La remontée spectaculaire des Bourses européennes et américaines entamée après le plongeon de mars a subi un brusque coup d’arrêt jeudi, les craintes d’une deuxième vague de COVID-19 et l’anticipation d’un long chemin vers la reprise économique agitant les marchés.

Agence France-Presse et La Presse canadienne

Wall Street a connu sa pire séance en trois mois, le Dow Jones cédant 6,90 %, le NASDAQ perdant 5,27 % et le S&P 500 tombant de 5,89 %.  

Les Bourses de Paris (-4,71 %), Francfort (-4,47 %) et Londres (-3,99 %) ont elles aussi dévissé.

L’indice composé S&P/TSX de la Bourse de Toronto a dégringolé de 650,41 points, ou 4,14 %, pour clôturer à 15 050,92 points. Mercredi, il avait abandonné 132,41 points.

Plusieurs observateurs estimaient que la remontée constatée sur les marchés depuis la fin mars s’expliquait difficilement en raison de la morosité économique. Mercredi, la Réserve fédérale des États-Unis (Fed) a estimé que la route vers la reprise au terme du pire ralentissement survenu depuis plusieurs décennies serait longue.

« La Bourse de Toronto a encaissé un dur coup, a estimé Les Stelmach, gestionnaire de portefeuille chez Franklin Templeton Canada. Mercredi n’a pas été une bonne journée non plus. »

Sur le parquet de Bay Street, c’est le secteur de l’énergie qui a affiché le déclin le plus marqué, à 9,82 %. Les poids lourds du secteur comme Canadian Natural Resources (-10,7 %), Suncor (-8,4 %) et Cenovus Energy (-10,8 %) ont connu des séances difficiles. C’est le secteur de la santé (-8,6 %) qui a affiché le deuxième recul le plus important.

Le plongeon de jeudi survient alors que les cas de COVID-19 augmentent aux États-Unis même si de plus en plus d’entreprises redémarrent leurs activités et que sont assouplies les mesures de confinement. Il y a maintenant plus de deux millions de cas à travers le pays.

« Il y a tellement d’éléments qui entrent en ligne de compte et les gens n’ont tout simplement pas une très bonne idée de ce que tout cela signifie pour l’économie », a dit M. Stelmach.

Sur le marché des devises, le dollar canadien se négociait à 73,84 cents US, en baisse par rapport à son cours moyen de 74,68 cents US de la veille.

À la Bourse des matières premières de New York, le cours du pétrole brut a perdu 3,24 $ US, à 36,36 $ US le baril, alors que celui de l’or a gagné 28,40 $ US, à 1750,30 $ US l’once. Le prix du cuivre a rendu 5 cents US, à 2,61 $ US la livre.

L’aversion au risque a profité au marché obligataire, où les rendements des dettes souveraines ont fortement baissé.  

Les prix du pétrole ont, eux, plongé de près de plus de 8 % à New York comme à Londres, trahissant l’inquiétude des investisseurs sur le dynamisme de la reprise économique mondiale et de la demande en or noir.

Les marchés ont un peu « un sentiment de gueule de bois après les annonces de la Fed d’hier » mercredi, qui a prévu de laisser les taux d’intérêt près de zéro jusqu’en 2022, a indiqué à l’AFP Andrea Tuéni, analyste chez Saxo Banque.

« À chaque fois qu’on a une réunion où on se contente de confirmer les mesures déjà en place, sans plus, il peut y avoir un sentiment de déception », a ajouté l’expert.

Surtout, les projections économiques présentées par la Fed mercredi ont saboté l’espoir d’une reprise rapide de l’économie, « ce qui a pu générer aussi un peu de déception », souligne-t-il.

La Fed prévoit notamment une baisse de 6,5 % du Produit intérieur brut cette année avant un fort rebond de 5 % en 2021 et une croissance plus modeste (3,5 %) l’année suivante.

« Compte tenu de l’arithmétique trimestrielle, l’économie ne sortira pas de son trou actuel avant 2022. Le taux d’emploi et d’inflation maximum semble hors de portée pour les deux ans et demi à venir », indique Vincent Reinhart, stratégiste chez BNY Mellon Investment Management.

La position « ni trop prudente ni trop alarmiste » de la Fed a servi également de « prétexte pour prendre ses bénéfices » après un mouvement haussier intense, souligne M. Tuéni.

Crainte sanitaire

En outre, « le risque de deuxième vague de l’épidémie inquiète ».

La hausse du nombre d’hospitalisations dans plusieurs États américains, dont le Texas et la Caroline du Nord, fait craindre une deuxième vague qui ferait encore plus de dégâts et viendrait ralentir la lente reprise économique, alors que l’emploi commence à reprendre des couleurs.

« Il est difficile de dire si cela représente une vraie augmentation du nombre de cas ou si c’est dû au fait que plus de tests de dépistage sont réalisés », questionne Karl Haeling de LBBW.

Les États-Unis, où un vaccin expérimental contre la COVID-19 de la biotech Moderna sera testé sur 30 000 volontaires à partir de juillet, ont en tout cas affirmé qu’ils ne fermeront pas de nouveau leur économie en cas de deuxième vague de l’épidémie.

Toutefois, « la correction du jour est à replacer dans un contexte qui a été extrêmement vertueux depuis plusieurs séances », nuance M. Tuéni.

La semaine dernière, les indices ont connu un « krach haussier », s’appuyant sur le déconfinement et la reprise de l’activité économique.

Malgré son plongeon de jeudi, le Dow Jones est ainsi revenu à son niveau de la fin du mois de mai et continue d’afficher une progression de plus de 35 % par rapport à son plus bas de l’année fin mars.