L’artillerie lourde déployée par les banques centrales dans le monde entier n’a pas réussi à redonner confiance aux investisseurs, encore lundi, et les mesures annoncées risquent d’avoir peu d’effet pour résoudre la crise de la COVID-19.

Hélène Baril Hélène Baril
La Presse

« On a vu beaucoup d’annonces et les marchés ont interprété ça comme si la situation allait s’empirer », constate Steve Ambler, professeur à l’Université du Québec à Montréal et spécialiste de la politique monétaire.

C’est la preuve, selon lui, que les mesures de stimulation économique ne peuvent pas résoudre une crise de santé publique. « Je suis assez convaincu que couper les taux d’intérêt n’est pas très utile actuellement », dit-il.

Les diverses mesures annoncées par les banques centrales pour stimuler l’économie visent à encourager les entreprises à investir et les consommateurs à dépenser, explique-t-il. « Comment fait-on pour dépenser plus quand les restaurants, les stades et les cinémas sont fermés et qu’on dit aux gens de rester chez eux ? »

Cela dit, les interventions des banques centrales sont nécessaires pour assurer le fonctionnement des marchés financiers. « Avec la panique, les banques commencent à considérer leurs portefeuilles de prêts comme étant plus risqués et sont devenues plus méfiantes pour se prêter entre elles », constate le spécialiste.

En ce sens, l’intervention des banques centrales pour injecter de l’argent dans le système financier est « non seulement bénéfique, mais nécessaire », dit Steve Ambler, pour que les entreprises qui ont besoin de crédit puissent continuer à fonctionner.

Certaines tensions commençaient à apparaître sur le marché interbancaire, confirme Francis Généreux, économiste principal de Desjardins. « On a l’impression que ça ne sert à rien, mais ce n’est pas le cas », dit-il à propos des mesures d’assouplissement annoncées au cours du week-end par plusieurs banques centrales.

Les investisseurs s’attendent aussi à des mesures fiscales rapides pour aider les entreprises et les consommateurs à traverser la crise, note Josh Nye, économiste senior de la Banque Royale.

Le problème avec les mesures d’aide gouvernementale, c’est qu’elles prennent du temps à se mettre en place. On est à un point où les marchés réagiraient mieux à l’annonce d’un plafonnement des cas de coronavirus qu’à l’injection de milliards de la part des gouvernements.

« Si les gouvernements veulent avoir un impact rapide pour atténuer les effets de la crise, ils devraient investir directement dans les tests de dépistage, les cliniques et l’équipement médical », suggère Steve Ambler.

D’autres mesures à venir

Alors que la probabilité d’une récession mondiale se précise, les premières statistiques sur l’impact de la crise commencent à tomber. La Chine a ainsi fait état lundi d’une baisse de sa production industrielle de 13,5 % au début de 2020, une première en 30 ans.

Il faut s’attendre à d’autres statistiques qui attesteront de la gravité de la crise économique et à d’autres interventions des gouvernements et des banques centrales.

La Réserve fédérale américaine a encore réduit son taux directeur ce week-end, dans une fourchette de 0 à 0,25 %. « Il est difficile de voir ce qu’elle pourrait faire de plus à très court terme », estime Francis Généreux.

Au Canada, le gouverneur de la banque centrale a encore un peu de marge de manœuvre et une autre réduction de 50 points de base est imminente, selon les spécialistes. 

« Il serait très surprenant que la Banque du Canada attende sa prochaine rencontre, prévue en avril, pour réduire son taux d’un dernier 50 points de base », a écrit lundi Benjamin Reitzes, stratège de BMO Marchés des capitaux.

Le taux directeur canadien pourrait donc descendre à 0,25 %, son plus bas niveau depuis la crise financière de 2008. Stephen Poloz, comme le président de la Fed, a indiqué qu’il n’était pas prêt à envisager des taux négatifs. « On sent une certaine réticence, parce que dans les pays qui en sont là, comme en Europe, on n’a pas constaté d’effet positif sur l’économie », avance Francis Généreux.

Au cours des prochains jours, les banques centrales continueront d’utiliser d’autres moyens pour s’assurer du bon fonctionnement du marché, comme le rachat d’obligations et d’autres injections massives de liquidités connues sous le nom d’assouplissement quantitatif.

Si ça ne suffit pas, il faudra que les banques centrales se tournent vers des outils encore jamais utilisés, comme l’argent hélicoptère, qui consiste à injecter directement de l’argent dans l’économie plutôt que d’essayer d’influer sur les agents économiques.

Le danger, c’est que tout cet argent disponible ne réussisse pas à convaincre les entreprises d’investir et les consommateurs de dépenser, convient l’économiste de Desjardins. C’est ce qu’on connaît sous le nom de « trappe de liquidités », qui entraîne la stagnation de l’économie et la déflation, et dont il est difficile de se sortir.