(Paris) Une chute sans fin ? Les marchés s’écrasaient jeudi, guère rassurés par des annonces de relance de la BCE et surtout très inquiets de la réponse américaine à la pandémie de coronavirus.

Vanessa CARRONNIER avec les bureaux de l'AFP
Agence France-Presse

La panique était telle que les échanges ont été suspendus pendant quinze minutes après l’ouverture à Wall Street. Le Dow Jones n’en a pas moins plongé à la reprise de l’activité, lâchant plus de 7 % vers 9 h 55.

Même scénario à Sao Paulo : la Bourse s’est enfoncée à l’ouverture de plus de 11 %, avant que les échanges ne soient suspendus pour la troisième fois de la semaine.

Paris, Francfort, Madrid lâchaient 10 % ou plus vers 9 h 55. Les principaux indices européens ont tous dévissé de près de 30 % depuis le début d’année : un véritable krach.

Attendue au tournant, la Banque centrale européenne a annoncé jeudi qu’elle maintenait ses taux directeurs inchangés, alors que ses homologues américaine et britannique ont toutes deux opté quelques jours plus tôt pour des baisses.

Le fait que la BCE n’ait pas fait de même « en dit long sur le manque de coordination entre les États-Unis et l’Union européenne », commente dans une note Sébastien Galy de Nordea Investment.

L’institution a toutefois lancé jeudi un programme de prêts pour soutenir les PME les plus touchées par l’épidémie de coronavirus, et compte acheter 120 milliards d’euros de dette publique et privée supplémentaire d’ici la fin de l’année. Pas de quoi rassurer les investisseurs.

La réaction a été tout aussi brutale sur le marché de la dette. Les investisseurs se détournant des actifs risqués, le taux à dix ans italien remontait en flèche, tandis que son pendant allemand, le « Bund », considéré comme valeur refuge, s’enfonçait.

« Vendez, vendez, vendez »

La journée avait déjà très mal démarré sur les marchés financiers, les investisseurs redoublant d’inquiétude après la décision de Donald Trump de suspendre pour 30 jours l’entrée des Européens aux États-Unis en raison du coronavirus.

Cette suspension sera effective dès la nuit de vendredi à samedi. Seuls les citoyens américains et les résidents permanents aux États-Unis seront autorisés à rentrer pendant cette période, et le département d’État a invité dans la foulée les Américains à éviter tout voyage à l’étranger, un fait sans précédent.

L’annonce de M. Trump « a pris les investisseurs par surprise » alors que les marchés attendaient plutôt d’importantes mesures de soutien à l’économie américaine, expliquait Vincent Boy, analyste marché chez IG France.

La « descente aux enfers » des Bourses devrait continuer à court et moyen termes, selon M. Boy.

« Vendez, vendez, vendez » : l’analyste d’AxiCorp Stephen Innes résumait ainsi l’état d’esprit dans les salles de marché après l’annonce de M. Trump, car « des restrictions de voyages veulent dire encore moins d’activité économique mondiale ».

Le discours de M. Trump a aussi fait l’effet d’une douche froide en Asie, alors que les marchés financiers encaissaient par ailleurs le choc du relèvement de l’épidémie de coronavirus au stade de « pandémie » par l’OMS.

Le pétrole replonge

À Tokyo, l’indice vedette Nikkei a clôturé jeudi sur une chute de 4,41 %. Il a sombré de plus de 20 % depuis le début de l’année.

À la Bourse de Hong Kong, l’indice Hang Seng s’est replié jeudi de 3,66 %, tandis que les pertes ont été plus limitées sur les places de Chine continentale (-1,52 % à Shanghai, -2,2 % à Shenzhen).

Les cours du pétrole sont aussi violemment repartis dans le rouge, la suspension pour un mois des vols de l’Europe vers les États-Unis signifiant une baisse drastique de la consommation d’or noir, déjà en berne.

Vers 13 h 50 GMT le prix du baril de brut américain WTI lâchait 7,31 % à 30,57 dollars et celui du baril de Brent londonien 7,07 % à 33,26 dollars.