Les craintes liées à l’impact de la crise du COVID-19 sur l’économie mondiale et le déclenchement d’une guerre de prix dans le marché pétrolier ont durement secoué les marchés boursiers de la planète, lundi. Toronto a connu sa pire journée depuis le krach de 1987. 

Martin Vallières Martin Vallières
La Presse

La chute des Bourses qui avait débuté en Asie s’est propagée à celles du golfe Persique, avant de déferler sur les marchés européens et de contaminer ensuite les Bourses nord-américaines.

À New York et à Toronto, notamment, la chute des prix d’actions était telle dès le début de la séance qu’elle a provoqué le déclenchement des interrupteurs automatiques de marché qui avaient été mis en place durant l’après-crise financière de 2008.

Après s’être redressés quelque peu en mi-séance, le Dow Jones a tout de même terminé en baisse de 7,8 %, et le S&P 500, de 7,6 %. À ces niveaux, le recul de la Bourse américaine depuis un mois s’établit maintenant à - 18 %.

Ce repli n’est plus qu’à deux points de pourcentage du niveau technique de - 20 % que les stratèges boursiers associent à la fin d’un cycle de marché haussier.

À la Bourse de Toronto, l’indice de marché S&P/TSX a clôturé en baisse de plus de 10,3 %, à son plus bas niveau en 14 mois. Cette baisse a été accentuée par la dégringolade des prix du pétrole, qui a provoqué un plongeon de 27 % du secteur de l’énergie.

Correction d’excès

« Manifestement, les craintes d’impacts économiques de la crise du coronavirus, exacerbées par une soudaine guerre de prix dans le marché pétrolier, sont les principaux vecteurs d’une correction des excès des dernières années dans les marchés financiers, tant pour les valeurs en Bourse que l’endettement record des entreprises », a commenté Martin Roberge, analyste principal des marchés nord-américains chez Canaccord Genuity, à Montréal.

Quant à l’ampleur de cette correction, M. Roberge estime qu’elle dépendra de la réévaluation du « risque de récession » parmi les investisseurs, en suivi des grosses interventions fiscales, budgétaires et monétaires qui sont attendues rapidement et de façon coordonnée de la part des gouvernements et des banques centrales des principales économies du monde.

Tant que le risque de récession est considéré encore bas parmi les investisseurs, la correction en Bourse pourrait se stabiliser autour de - 20 %. En revanche, si le risque de récession était perçu en hausse significative, la correction boursière pourrait s’accentuer jusqu’à la moyenne de - 35 % lors des fins de cycle antérieures .

Martin Roberge

D’ailleurs, sur le marché des produits dérivés à Chicago, l’indice de volatilité VIX, aussi surnommé « indice de peur » dans le jargon financier, s’est élevé jusqu’à 62 points lundi. Il s’agit de son niveau le plus élevé depuis la crise financière de 2008, alors qu’il avait atteint les 89 points.

Sur les marchés obligataires, en réaction à la panique boursière, les investisseurs se sont rués sur les titres de dette des pays réputés les plus sûrs, comme les États-Unis et l’Allemagne, ce qui a fait baisser leurs taux d’intérêt à des niveaux jamais atteints. (Le taux d’intérêt évolue en sens opposé à celui du prix des obligations.)

En fin de journée lundi, le taux d’intérêt sur les obligations américaines à 10 ans s’affichait autour de 0,5 %, après avoir chuté jusqu’à 0,31 % un peu plus tôt, ce qui était le plus bas de son histoire.

Par ailleurs, le taux d’intérêt sur les obligations américaines à 30 ans est passé sous le seuil symbolique de 1 % pour s’établir à 0,89 %, aussi un creux historique.

En Europe

Pendant ce temps, outre-Atlantique, la Bourse de Londres a encaissé lundi son pire plongeon depuis octobre 2008, alors en pleine crise financière. L’indice FTSE 100 a décroché de 7,6 %, plombé notamment par les valeurs pétrolières, bancaires et liées au tourisme.

En Europe continentale, l’indice DAX de la Bourse de Francfort (Allemagne) a dégringolé de 7,9 %, sa plus forte baisse depuis le 11 septembre 2001.

« Cela fait 30 ans que je suis à Francfort et je n’ai jamais vécu un jour comme celui-ci », a indiqué Olivier Roth, stratège des marchés financiers à la banque Oddo Seydler.

En France, l’indice CAC 40 de la Bourse de Paris a subi lundi sa pire chute sur une séance depuis près de 12 ans (- 8,9 %).

« On a fait-20 % sur l’indice CAC 40 en deux semaines et demie. C’est d’une violence absolue », a commenté Alexandre Baradez, analyste chez IG France, à l’AFP.